Le Diable au corps Raymond Radiguet (1923)
Le Diable au corps est un roman dont l’action se déroule durant la Première Guerre mondiale. Il a été écrit par Raymond Radiguet quand il avait 17 ans et est paru pour la première fois en 1923, l’année de sa mort (il était alors âgé de 20 ans).
Les personnages principaux
Le narrateur
Le narrateur est un adolescent de quinze ans qui entame une liaison passionnelle avec Marthe, une jeune femme mariée âgée de dix-huit ans. Cet amour le consume et il devient de plus en plus odieux avec son amante au fur et à mesure que leur relation avance.
Marthe
Marthe est fiancée puis mariée par convenance à un soldat absent. Elle s’éprend du narrateur et vit avec lui une histoire clandestine.
René
René est un ami du narrateur. Il lui sert principalement d’alibi auprès de ses parents pour cacher sa relation.
Jacques
Jacques est le fiancé puis l’époux de Marthe, un soldat faisant la guerre qui ne bénéficie que de rares permissions pour retrouver sa femme. Il est amoureux de Marthe et ignore sa liaison.
Le résumé de l’histoire
Ayant conscience de s’attirer les foudres de la morale, le narrateur précise que, pour lui, la guerre a
plus représenté quatre ans de vacances qu’un drame international.
Sa famille part à la rencontre d’amis, les Grangier. Leur fille, Marthe, lui déplaît d’abord beaucoup,
puis il change d’avis et cherche à la séduire. Ils commencent à se voir, même si Marthe est fiancée à
un soldat en mission.
Le narrateur ne suit pas régulièrement les cours au lycée. Il s’absente, car il aspire à une certaine
liberté. Il informe son père qu’il va donc se faire renvoyer. Cependant, le courrier ne vient pas, car il
bénéficie de bons résultats. Une lettre du proviseur finit par arriver, demandant s’il est malade et s’il
faut l’inscrire pour l’année suivante. Son père ne comprend pas, mais laisse faire, comme à son
habitude.
Le narrateur désire de plus en plus Marthe. Il l’embrasse lorsqu’elle dort sur son épaule. Elle répond
à son baiser, puis elle lui demande de s’en aller : ils ne doivent plus se voir, mais ils continuent
pourtant à se retrouver. Il la rejoint de nuit et elle le prend pour Jacques qui aurait avancé sa
permission.
Ils se cachent et entament une liaison. Les propriétaires les surveillent d’un mauvais œil. Marthe est
désormais mariée avec Jacques et le narrateur devient de plus en plus jaloux. Ils se promènent
librement dans la ville, en se prenant la main. Les personnes qui les croisent trouvent leur attitude
indécente.
René vient chez les parents du narrateur pour lui rendre visite, mais il est absent. Les parents lui
indiquent que leur fils a précisé qu’il se trouvait avec lui. Les parents savent ainsi que leur fils ment et
qu’il voit Marthe régulièrement. Le père ne dit rien et la mère est jalouse de la jeune femme chez qui
son fils passe toutes ses nuits.
René a une nouvelle amie. Il demande au narrateur de lui faire des avances pour tester sa fidélité.
Cependant, l’amie en question fait elle-même des avances au narrateur. Ils ont une aventure dont le
narrateur cache l’existence à Marthe et à René.
Jacques revient en permission. Marthe est très distante avec lui. Quand il est présent, elle revient
vivre chez ses parents et ne reste pas seule avec lui dans son appartement. Les Grangier et Jacques
ignorent encore la liaison cachée. Au départ du soldat, le narrateur oblige Marthe à répondre plus
tendrement aux lettres de son mari afin de se déculpabiliser.
Dans le village où habite Marthe, les gens lui reprochent sa conduite. Un conseiller municipal, qui
habite en dessous de chez elle, invite des notables locaux sous un prétexte fallacieux. En fait, il
convie les gens pour qu’ils perçoivent les ébats des deux amants du dessus et s’en indigner. Le
narrateur l’apprend par une indiscrétion et attend ainsi le soir avant de montrer de l’ardeur à
Marthe. Celle-ci s’en étonne et il lui explique l’idée des voisins. Ils ont dû être ridicules auprès de
leurs hôtes, puis en colère quand ils ont dû les entendre faire l’amour alors que les invités avaient
quitté les lieux. Ils en rient beaucoup.
Marthe est enceinte, elle en informe le narrateur qui est stupéfait et ne sait comment agir, mais leur
relation continue. Le scandale les guette. Elle doit partir retrouver son mari durant l’été. Le narrateur
est jaloux et essaie d’oublier cette histoire, en vain. Qui plus est, l’arrivée de l’enfant ne trompera
personne sur les dates.
Le narrateur a les clés de l’appartement de Marthe, il y invite une de ses amies suédoises et
entreprend de la séduire en prétextant que Marthe les rejoindra. Il la caresse et l’embrasse malgré
ses refus peu marqués. Une fois sa satiété arrivée, le narrateur lui précise que Marthe ne viendra pas
et lui fait comprendre qu’il est son amant.
Marthe est de retour après plusieurs semaines et ils reprennent leur liaison, comme si de rien n’était.
Le narrateur interroge Marthe pour savoir si elle a informé ses parents et Jacques de sa grossesse.
Elle lui répond qu’elle l’a fait et il constate qu’elle lui ment, car elle avait affirmé que Jacques ne
l’avait pas approchée lors de sa permission.
Les parents du narrateur trouvent une lettre de Marthe indiquant que leur fils est le père du bébé,
tandis que les parents Grangier apprennent la liaison par les voisins de Marthe. Malgré les soupçons,
ils pensent que l’enfant est de Jacques, ce qui vexe le narrateur qui devient de plus en plus cruel avec
son amante, qui, elle, lui est de plus en plus soumise.
Le narrateur veut absolument aller dormir à l’hôtel avec Marthe. Ils s’y rendent, puis il fait machine
arrière, de plus en plus perturbé. Il indique qu’à partir de ce moment-là, Marthe « comprit tout ». Elle
tombe malade et ses parents brûlent régulièrement les missives de sa liaison devant elle.
L’armistice est célébré. Pour le narrateur, l’événement évoque uniquement le retour de Jacques. Une
lettre des Grangier lui demande de se présenter chez eux, alors que Marthe n’envoie plus de
courriers. Il s’y rend et la mère de Marthe le congédie, s’excusant de l’avoir dérangé pour rien. Le
narrateur comprend alors que Marthe a été extrêmement souffrante et qu’elle va désormais mieux,
ce qui explique que ses parents aient agi de la sorte.
L’enfant est attendu pour le mois de mars et en janvier les petits frères du narrateur — ignorant la
situation — affirment que l’enfant de Marthe est né. Le narrateur croit que finalement le nouveau-né
n’est pas de lui, ce qui le décontenance. Marthe le rassure et lui confirme que le bébé est bien de lui
et qu’il est né prématuré. Le médecin de famille des Grangier effectue des démarches pour que la
mention « prématuré » n’apparaisse pas et éviter de la sorte le scandale. Les parents Grangier sont
indignés, mais deviennent complices de ce secret qu’ils veulent conserver.
Marthe écrit qu’elle a failli mourir durant l’accouchement, ce qui amuse le narrateur. Elle se fait
silencieuse durant les jours qui suivent et le narrateur suppose que Jacques est auprès d’elle. Au
retour de l’école, ses petits frères arrivent en criant que Marthe est morte. Le narrateur est pétrifié
et ses parents pleurent avec lui.
Jacques vient leur rendre visite quelques mois plus tard. Les parents du narrateur l’accueillent, tandis
que le narrateur se cache pour l’observer. Le soldat affirme que Marthe est décédée en l’appelant,
qu’il plaint l’enfant et il ajoute qu’il est désormais sa seule raison de vivre. Le narrateur apprend ainsi
l’appel de Marthe et déduit que l’enfant aura une existence raisonnable.
Le thème abordé
L’adultère et la guerre
Ce roman, écrit par Raymond Radiguet alors qu’il n’était pas encore majeur, a fait scandale pour de
nombreuses raisons. Tout d’abord, les mœurs de l’époque étaient bien plus sévères à l’égard de
l’adultère que celles d’aujourd’hui. De surcroît, la mariée était plus âgée que son amant. Cependant,
l’un des aspects du récit ayant beaucoup choqué, au-delà même de l’adultère et de la naissance d’un
enfant issu de cette liaison, est le fait que la guerre ait servi à aider cette relation. Ainsi, un soldat
absent, combattant pour son pays, a été trahi et trompé. Le roman est paru pour la première fois en
1923, seulement cinq ans après la fin de la Première Guerre mondiale, et les esprits demeuraient
encore terriblement marqués par ces années sombres. Ce contexte et le sujet du roman ont donc
considérablement accentué le parfum de scandale qui a suivi sa parution.