LOUISE LABÉ (1524/1566) – JE VIS, JE MEURS . – Extrait de « Sonnets » – 1554 Louise LABÉ , riche bourgeoise épouse d’un cordelier, on la surnomme la “belle cordelière”. Elle étudie à Lyon, port de l’infuence italienne à l’époque ( Léonard de Vinci meurt en 1519). Elle parle italien et espagnol, connaît le latin et fait partie des salons lyonnais. Elle va jusqu’à s’habiller en homme et à participer à un tournoi ce qui fait scandale . Calvin se déchaîne contre elle. Elle a des amants dont un ami à Du Bellay, Olivier de Magni. Elle bénéfcie aujourd’hui de l’édition de son oeuvre. C’est une poésie féministe et moderne, elle est la seule à parler du désir féminin. Elle n’est pas à la recherche d’une poésie scolaire mais d’une poésie lyrique pure. La poésie est un genre diffcile car artifciel ( au sens éthymologique = fait avec art ) On assiste à la naissance d’une grande poésie qui se met à l’école des poètes latins et grecs mais qui va construire un lyrisme de plus en plus sincère. Subtil mélange de fond et de forme dont il faut avoir la clé pour en faire une vraie lecture. I. RAPPORT FORME/IDÉE DIRECTRICE Sonnet en décasyllabe, irrégulier (système de rimes avec une alternance masculines/féminines non respectée). De plus le sonnet fonctionne sur plus de 4 rimes et leur schéma diffère. Idée directrice => vers 9 (vers charnière) : l’Amour est une puissance qui fait ressentir à l’âme des états extrêmes et contradictoires, soit simultanément soit successivement. Le poème est entièrement constitué d’antithèses, il fonctionne sur l’idée de variation d’une et même idée, donc il n’y a pas de progression entre le premier et le dernier vers. Ce n’est ni un raisonnement, ni un écrit. D’ailleurs, tout le poème est rédigé au présent, le travail du poète a donc consisté d’un part à trouver des formulations antithétiques et d’autre part à répartir de façon savante les couples d’opposés dans la structure pré-établie du sonnet. En observant la répartition des termes qui renvoient à une idée positive dans le domaine amoureux (« je vis ») et celle des termes qui renvoient à une idée négative (« je meurs ») on s’aperçois que les antithèses sont d’abord denses dans les quatrains (2 antithèses dans un vert), puis moins denses dans les tercets
(l’antithèse fonctionne entre 2 vers). On observe aussi que l’élément positif est tantôt en début de vers, tantôt en fn de vers. A cet égard, le 2ème quatrain offre une belle symétrie : c’est une chiasme. Le dernier vers fait que le poème s’achève sur un élément négatif mais s’agit-il d’un véritable achèvement ou d’un renoncement ? Structure logique circulaire, mais ce n’est pas un cercle vicieux car dans ce cas on observerait une progression toujours plus dans le malheur. Les antithèses sont mises en valeurs par le système des coupes => la coupe intervient entre un élément positif et un élément négatif pour marquer la coupure, ce rythme et la répétition de la même idée pourraient conduire à la monotonie, mais le poète inverse les termes positifs/négatifs et renouvelle les images (métaphores) et les formes syntaxiques : juxtaposition, coordination, utilisation du participe présent… Enfn, le poète utilise la rime pour marquer des antithèses. II. CONCEPTION DE L’AMOUR PAR LES FIGURES DE STYLE. a) Antithèses C’est la fgure centrale dans tout le sonnet, l’insistance sur cette fgure vient du fait que l’amour est ressentit comme un état contradictoire. Il fait se succéder le bonheur et le malheur (cf. tercets), mais plus paradoxalement, il fait coexister le + grand bonheur avec le + grand malheur. C’est ce qu’on voit au vers 2. + paradoxalement encore, l’idée de Labé est qu’il existe un bonheur aussi douloureux par son excès que le malheur (et peut-être un malheur qui n’est pas sans douceur). Les antithèses ne séparent pas seulement les états contraires mais les rapprochent également. Ainsi « je meurs » peut signifer du plaisir et la brûlure n’est pas que douleur mais aussi extase. (« trop molle » = trop douce). b) Hyperboles Les principales hyperboles se trouvent dans le 1er quatrain (1er vers). Elles sont renforcées par des superlatifs : « extrêmes », « grands », « trop », « maint »… Ainsi l’amour est vécu comme un état extrême, il ne connaît pas la tiédeur : soit glacé, soit brûlant => Absence d’équilibre. c) Métaphores
Le langage utilisé est métaphorique => métaphores stéréotypées (pour ne pas mentionner les comparés). On observe que le langage métaphorique est réservé aux quatrains, alors que les tercets sont facilement compréhensibles. d) Personnifcation de l’amour « Amour » apparaît comme un nom propre et il est le sujet de « mener » (action), alors que l poète (« me ») le réduit à l’état passif : l’amour est une puissance associable à une divinité. « Il mène », « Il m’en remet à mon premier malheur ». e) La place du « je » dans le texte Insistance sur le « je », absence d’un destinataire et de toute fgure d’un être aimé. Conclusion : L’amour est donc présenté comme un absolu, un état profondément instable. Le poème comporte une dimension élégiaque (plainte) mais elle ne domine pas : l’amour n’est pas le malheur mais une coexistence du bonheur et du malheur. Tout le texte est rédigé au présent car il décrit ce qui peut être éprouvé en un seul instant et également une sorte de loi de ce qu’est l’amour. Le « je » n’est pas nécessairement celui du poète, ce peut être n’importe qui ! Commentaire Ce sonnet exprime les sensations d’un amour extrême et puissant. Par quels moyens sont exprimés la confusion, le désordre mental et émotionnel? Dans l’ensemble du sonnet rechercher les effets de vocabulaire et de sonorités qui expriment ces sensations. Montrer que la forme du poème rend bien la progression des sentiments et de la passion charnelle. Premier quatrain: Quelles antithèses contient le premier vers? Montrer que la chaîne d’oppositions qui suit développe et précise le tourment de la narratrice. Quel effet est produit par le premier mot, qui d’ailleurs sera souvent repris dans cette strophe et dans les suivantes. Remarquer la césure au premier vers. Quel en est l’effet? Commenter les sonorités qui expriment la douleur et la souffrance. Deuxième quatrain: Observer les antithèses, ainsi que les sonorités de la première strophe qui se poursuivent ici. Commenter la métaphore sous- entendue au vers 8.
Premier tercet: Quel nom est donné au sentiment qui tourmente la poétesse? Pensez-vous qu’il s’agisse d’une personne déterminée ou bien de n’importe quel amant en général? Deuxième tercet: Quel est l’effet du dernier vers? Par quel mot nous ramène-t-il au premier vers du poème? Peut-on dire que ce sonnet est féministe? Noter le genre des substantifs: « vie, » « douleur, » « peine, » « bien, » « Amour, » « joie. » Le pronom « je » apparaît treize fois, en plus des pronoms et adjectifs possessifs de la première personne (me, mon, ma). C’est donc bien une lamentation, mais centrée sur elle-même. La femme souffre d’un tourment qui ne peut venir que d’un homme (ou peut-être de plusieurs?) Cours 1ère remarque : le premier et le dernier groupes de mots du poème “ je vis, malheur” C’est un sonnet donc musicalité de part la forme. Présence obsédante de la 1ère personne : treize fois le “je” ce qui implique un poème lyrique. Ce poème est une confdence de femme. Elle décrit son désir de femme et les symptômes de son état. Aucun amant = expérience singulière Instabilité, inconstance, sentiments contradictoires, les sentiments se suivent et se ressemblent ce qui donne une structure circulaire au texte. Le texte est fondé sur des contrastes : ardeur / froidure, mort / vie, molle / dure, ennui / joie, rit / larmoie Le premier quatrain décrit des états contrastés sans explications : cela montre la rapidité des symptômes. Dans le deuxième quatrain les symptômes sont expliqués et approfondis :” j’endure” exprime la passion. Les sonorités dans le 2ème quatrain : “r” : ris, larmoie, grief, endure… Des assonances en “u” : j’endure, dure , ce qui donne une certaine âpreté On a aussi des sons fricatifs “ f et v” ce qui exprime un essouffement, une fèvre. Le champ lexical de la maladie : symptômes moraux ( tourments ) symptômes physique ( fèvre ) On ne connaît pas la cause de son histoire : c’est une plainte, une révolte.
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