Le théâtre
Etymologie. Le mot « théâtre » vient du grec : « ce qui est regardé ».
Toute pièce écrite est destnée à être vue, représentée.
I/ Composantes d’une pièce écrite
A) Sa forme
a. Un texte écrit pour être dit
Les acteurs devront le dire comme s’il n’avait pas été écrit, et lui resttuer la vie, le naturel d’un dialogue de la vie réelle.
Une exigence partculière de style pour le dramaturge.
o Si langue trop litéraire, risque de sonner faux à la représentaton.
o Si trop proche de la langue parlée, risque que le dialogue ne manque de densité, de rythme (dialogue réel : « creux », « hésitaton », « répétton »)
Un style conforme
o Non à la langue que parlent les spectateurs au quotdien
o Mais à l’esprit de la pièce elle-même, à son contenu, à la catégorie sociale des personnages, à l’époque qu’elle évoque.
Ex :
Le Cid Corneille. La cour, la noblesse …
Rhinocéros Ionesco. Pette ville, employés …
Ondine Giraudoux. Merveilleux, poésie …
b. Dialogues et didascalies
Deux grandes composantes de la pièce écrite.
Ce qui sera prononcé par les acteurs : les dialogues.
Ce qui ne sera pas prononcé : les didascalies.
Indicatons scéniques. A partr du XVIIIe siècle, fgurent dans la version imprimée de la pièce écrite (≠XVIIe siècle)
Leurs destnataires : lecteurs ; ≠méters du théâtre :
o Meteur en scène
o Comédiens
o Eclairagiste
o Bruiteur, puis ingénieur du son
o Styliste et costumier(e)
Leur contenu : multples indicatons. Six grands domaines :
o La gestuelle. Entrées et sortes, déplacements, gestes.
o Les émotons exprimées. Colère, joie, tristesse (mimiques, ton)
o Le décor (dispositon de l’espace ; objets, éléments du décor)
o Les costumes (= une époque, une catégorie sociale ; rapports entre personnages)
o Les bruitages (XXe siècle : ingénierie du son)
o La lumière (temps : jour, nuit ; symbolique (Les Chaises…))
Histoire litéraire. Evoluton années 1950 (Théâtre de l’absurde, de la dérision : Ionesco, Becket ; Genet). Didascalies de plus en plus longues et minuteuses. Trois raisons :
o Pièces destnées à être lues autant qu’à être jouées. Un texte dans le texte. Car théâtre d’avant-garde…
o L’auteur ne veut pas se borner à être écrivain des pièces : il veut assumer en parte la mise en scène (cf. Ionesco)
o Evoluton de la représentaton au théâtre : importance de plus en plus grande accordée aux signes non verbaux sur scène. (progrès des technologies ; diversifcaton et spécialisaton : les méters du théâtre. Eclairage, bruitage, mouvements sur scène deviennent un véritable langage, sont signifants.
B) Le contenu de la pièce écrite : l’acton dramatque
Ce qui se passe dans une pièce, c’est l’acton, le confit, l’intrigue. Une pièce évoque toujours un afrontement, une lute, que ce soit une bataille militaire, un confit amoureux, un confit familial.
1. L’expositon
Début de la pièce.
Son but : Le spectateur peut très bien ne pas avoir lu la pièce : pour lui, tout doit être compréhensible.
L’expositon nous donne les éléments indispensables à la compréhension de l’intrigue et nous éclaire sur les personnages principaux. Elle crée aux personnages un passé immédiat qui explique l’acton qui va se jouer.
Ex : Dom Juan. Molière – Dom Juan, « grand Seigneur », « libertn » (=a. Séducteur b. Libre penseur) a trompé et quité son épouse, Done Elvire. La famille de celle-ci veut venger son honneur et le Ciel ne peut que punir Dom Juan.
Ses formes.
La ou les 1ères scène(s). Ou un monologue, ou un dialogue qui a pour but de nous informer.
o un personnage en informe un autre. Dom Juan : Sganarelle informe Dom Gusman, écuyer d’Elvire.
o Dialogue avec un(e) confdente. Phèdre : s’adrsse à sa confdente, Oenone, à laquelle elle explique son amour pour Hippolyte, qui va consttuer le sujet de la pièce.
o Parfois, un prologue. Traditon dans le théâtre antque, grec puis latn. Personnage spécifque (Prologos, la « Voix ») qui prononce alors un monologue d’intro. Plusieurs auteurs modernes ressuscitent cete ancienne conventon.
Ex. Anouilh, Antgone, 1944, réécriture de Sophocle, « Le Prologue ». « Voilà. Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antgone » etc.
2. Le déroulement de l’intrigue : trois étapes.
Durcissement progressif du confit : chaque scène, chaque acte vise à durcir peu à peu le confit annoncé par l’expositon. Il y a toujours une intensifcaton, une densifcaton qui consttuent la progression dramaturgique.
Ex. Dom Juan. Il multplie les conquêtes (séducton) et les provocatons au Ciel, préparant la double vengeance fnale : celle de la famille de Done Elvire, celle de Dieu.
Ex. Pièces des années 1950. Ionesco. Accélératon du rythme et prolifératon des objets.
Rhinocéros : les rhinocéros
Les Chaises : les chaises
Le Nouveau locataire : les meubles.
Le nœud, la crise (théâtre classique) = le paroxysme (théâtre moderne). Moment de la plus haute intensité dramatque.
Ex. Marivaux, Les fausses confdences, fn Acte II.
Dorante vient avouer son amour à la belle Araminte, Dubois, un valet qui régit l’acton par ses stratagèmes et qui la commente, dit « Voilà l’afaire dans sa crise ! »
Le dénouement, la fn, le fnal. Il vient dénouer cete crise ou, du moins, terminer la pièce. Trois formes possibles, variant selon genre et époque de la pièce.
o Fin heureuse : comédie ; tragi-comédie
o Fin tragique (mort ou malheur) : tragédie ; « farce tragique ».
Ex. Ionesco Les Chaises. Suicide des vieux et orateur quasi muet.
o Pas de dénouement de la crise (Théâtre des années 1950). La pièce alors fnit dans un « inextricable insoutenable », Ionesco Notes et contre-notes. Ex. La Cantatrice chauve.
II/ Composantes du « dialogue » de théâtre
Tout ce qui sera prononcé sur scène par les comédiens.
A) Le dialogue proprement dit.
Les échanges verbaux entre les personnages.
1. Spécifcité du dialogue théâtral.
Il a deux destnataires : le public, un autre (d’autres) comédiens.
Il a deux grandes fonctons possibles :
o Ou il véhicule un confit, un afrontement entre deux personnages, deux volontés, où chacun essaie de dominer l’autre.
Voir alors trois choses
Proporton des paroles
Force de l’argument de chacun
Qui a le dernier mot
o Ou il exprime la complicité entre deux êtres, l’harmonie, l’amour. Ex. Le dialogue amoureux sur scène est presque une métaphore de l’acte physique. Les deux personnages font l’amour par les mots.
2. Les diférents types de dialogues
a. La reparte
Le dialogue entre les personnages n’est pas forcément équilibré. Parfois, un personnage est là surtout pour « donner la réplique » à un autre, pour metre l’autre en valeur, pour relancer l’autre.
Ex. La confdente sert seulement à faire parler le héros ou l’héroïne, à donner du rythme à ce qui n’est, au fond, qu’un monologue déguisé. Oenone/ Phèdre Racine.
b. La stchomythie
Passage dialogué au rythme extrêmement rapide, haletant, où chaque réplique est très courte et s’enchaîne fortement à la suivante. Marque un moment de très forte intensité dramatque.
Ex. Corneille Le Cid. (III, scène 4, v. 985 à 991)
Sachant que tout les sépare (tragique), Chimène et Rodrigue ébauchent un chant d’amour qui à leurs yeux est un adieu.
R. Ô miracle d’amour !
Ch. Ô comble de misères !
R. Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !
Ch. Rodrigue, qui l’eût cru ?
R. Chimène, qui l’eût dit ? […]
Ch. Ah ! mortelles douleurs !
R. Ah ! regrets superfus.
c. Le polylogue
C’est n dialogue à plusieurs (poly-) = les voix de trois, quatre personnages ou plus se répondent, s’entremêlent.
Deux grands rôles. Il marque :
Ou une harmonie : « cantate » à plusieurs
Ou une cacophonie : colère, rage des uns / les autres.