LE REALISME:
I.
Introduction Le terme « réalisme » vient du latin « realis » signifiant « réel ». Au sens large, une oeuvre réaliste s’applique à représenter les hommes et le monde tels qu’ils sont et non à travers le filtre de l’intelligence ou de l’imaginaire de son auteur. Historiquement, le réalisme est un mouvement artistique, essentiellement littéraire et pictural, qui naît en 1850 et s’étend sur la seconde moitié du 19ème siècle. En réaction contre le romantisme sentimental, le réalisme s’inspire des méthodes scientifiques pour se concentrer sur l’étude et la description objective des faits et des personnages. C’est un mouvement en étroite relation avec le contexte historique et social de l’époque: les changements économiques et sociaux amenés par le second empire ont des répercussions importantes dans la société.
II.
Les repères chronologiques : Le réalisme éclôt autour des vives réactions suscitées par les toiles de Courbet (l’Après-dîner à Ornans en 1849 et l’Enterrement à Ornans en 1850). Peintres et auteurs se réunissent autour de l’artiste pour défendre ce courant artistique en devenir contre une critique virulente. La théorie du mouvement prend forme avec la publication du recueil d’articles de Champfleury (le Réalisme, 1857) d’où il écrit : « ce que je vois entre dans ma tête, descend dans ma plume, et devient ce que j’ai vu » et la création de la revue Le Réalisme en 1856 par Duranty. On a souvent opposé le romantisme au réalisme qui l’aurait éliminé ou refoulé par la lassitude des auteurs. Ils voulaient rompre avec l’idéalisation du romantisme, en retraçant les inégalités sociales de l’époque. Les précurseurs sont Stendhal avec la ‘‘littérature miroir’’ proche d’un romantisme violent et Honoré de Balzac proche d’un réalisme romantique. Mais aussi Champfleury que l’on surnommé aussi le « Défenseur du réalisme ». Le père du Naturalisme et sans conteste Emile Zola avec ses recherches sur la science avant-gardiste. Mais, contrairement au Romantisme ou au Naturalisme le Réalisme ne s’est pas constitué comme une école littéraire et même Flaubert, son supposé chef de file, Balzac ou Stendhal ne se considéraient pas comme réalistes même si on les dit initiateurs du mouvement. « A propos de mes amis, vous ajoutez « mon école » . Mais je m’abîme le tempérament à tâcher de n’avoir pas d’école! A priori, je
les repousse, toutes ». ( Flaubert, Correspondance, Lettre à George Sand, 31 décembre 1875 ) Aujourd’hui il est resté du réalisme la nécessité de « faire vrai » pour toucher les gens. C’est ce que fait l’art cinématographique. Légende: = 1820-1848, Le romantisme, mouvement visant à une libération de l’imagination et de la langue et s’opposant à la tradition classique et au rationalisme en privilégiant notamment l’expression du moi et les thèmes de la nature et de l’amour. =1848, Révolution 2eme république. = 1850-1890 Le réalisme. = 1870-1890, le naturalisme, mouvement littéraire qui prolonge le réalisme et qui s’attache à peindre la réalité en s’appuyant sur un travail minutieux de documentation. = 1870, proclamation de la 3eme république. = 1860- 1920, Le symbolisme, concept spirituel du monde qui s’oppose à la simple représentation réaliste et aux naturalistes. Les symbolistes utilisent généralement des images. = 1920 et plus, le surréalisme, courant littéraire et artistique visant à libérer la création de toute contrainte et de toute logique
III.
Les caractéristiques: Ses principes majeurs sont la reproduction la plus fidèle possible de la réalité et l’application de la méthode des sciences expérimentales et de la philosophie positiviste dans les romans (écrivain = savant). Les principaux thèmes du réalisme sont l’influence du milieu sur l’individu (selon Balzac, chaque individu implique son environnement, tandis que celui-ci explique le personnage => importance des descriptions), la présentation des mœurs d’une époque/ d’un milieu/ d’une classe (le monde ouvrier fait son entrée dans la littérature), éclairées par le contexte historique, politique et social, ainsi que l’exposition de la vie urbaine et/ou provinciale. Enfin, il présente souvent les misères sociales ou l’ascension sociale d’un individu
1820 1830 1840 1850 1860 1870 1880 1890 1900 1910 1920 1930 1940
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(Splendeurs et Misères des Courtisanes…). Il n’hésite pas à choisir des sujets non-esthétiques, voire laids (cadavres, maladies, misère…) (même si cela est inspiré du romantisme) : s’inscrivent dans leur siècle. Il prend la forme d’un roman « objectif » à la 3° personne, la seule subjectivité étant celle du personnage à travers qui on voit. Ses intrigues sont tirées de faits divers (Mme Bovary). Les auteurs ont le goût de la documentation (et des termes précis), recherchent un langage approprié à chaque personnage et à son milieu, et ont l’amour du « fait vrai ». 1. Extrait de textes: Deux extraits de textes analysés: 1er extrait:
Rosanette voulut qu’on arrêtât, pour mieux voir le défilé. Mme Arnoux pouvait reparaître. Il cria au postillon: – » Va donc ! Va donc ! En avant ! » Et la berline se lança vers les Champs-Elysées au milieu des autres voitures, calèches, briskas, wursts, tandems, tilburys, dog-carts, tapissières à rideaux de cuir où chantaient des ouvriers en goguette, demi-fortune que dirigeaient avec prudence des pères de famille eux-mêmes. Dans des victorias bourrées de monde, quelque garçon, assis sur les pieds des autres, laissait pendre en dehors ses deux jambes. De grands coupés à siège de drap promenaient des douairières qui sommeillaient; ou bien en stepper magnifique passait, emportant une chaise, simple et coquette comme l’habit noir d’un dandy. L’averse cependant redoublai. On tirait les parapluies, les parasols, les mackintosh; on se criait de loin: « Bonjour! — Ca va bien ? — Oui! –Non! — A tantôt! » et les figures se succédaient dans une vitesse d’ombres chinoises. Frédéric et Rosanette ne se parlaient pas, éprouvant une sorte d’hébétude à voir auprès d’eux continuellement, toutes ces roues tourner. Par moments, les files de voitures, trop pressées, s’arrêtaient toutes à la fois sur plusieurs lignes. Alors, on restait les uns près des autres, et l’on s’examinait. […] Puis tout se remettait en mouvement; les cochers lâchaient les rênes, abaissaient leur long fouets; les chevaux, animés, secouant leur gourmette, jetaient de l’écume autour d’eux; et les croupes et les harnais humides fumaient, dans la vapeur d’eau que le soleil couchant traversait. Passant sous l’Arc de triomphe, il allongeait à hauteur d’homme une lumière roussâtre, qui faisait étinceler les moyeux des roues, les poignées des portières, le bout des timons, les anneaux des sellettes; et, sur les deux côtés de la grande avenue, — pareille à un fleuve où ondulaient des crinières, des vêtements, des têtes humaines — les arbres tout reluisants de pluie se dressaient, comme deux murailles vertes. Le bleu du ciel, au- dessus, reparaissant à de certaines places, avait des douceurs de satin. Alors, Frédéric se rappela les jours déjà loin où il enviait l’inexprimable bonheur de se trouver dans une de ces voitures, à côté d’une de ces femmes. Il le possédait, ce bonheur-là, et n’en était pas plus joyeux.
Flaubert, l’Education sentimentale, deuxième partie, chapitre IV.
Explications: Le texte cherche à produire l’illusion référentielle. La vision parcellaire, synecdochique, suggère un monde foisonnant existant hors-texte. On a l’impression que le texte fait connaître et non pas naître la réalité. L’énumération des voitures est la «représentation» du spectacle incohérent qu’offre la société sur les Champs-Elysées. Toutes les classes sont représentées : les prolétaires (dans les «wursts» et les «tapissières»), les aristocrates (dans les «tandems» et les «grands coupés à siège de drap») et les bourgeois (dans les «victorias» et les «demi-fortunes»).