METHODOLOGIE CLINIQUE :
SEMESTRE 6
Le récit de vie
Université Rennes II Année 2008/2009
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L’approche du récit de vie comme méthodologie de recherche n’est pas nouvelle. En effet dans les années 20-30, elle était déjà utilisé à l’école de Chicago comme outils de recherche sociologique. Cette méthode n’est apparue en France que très récemment (introduite dans les années 70 par Daniel Bertaux). Elle s’est ensuite diversifiée en élargissant son champ d’intervention à de nouveaux domaines. Elle désigne globalement toutes les pratiques qui ont recours au récit de vie comme support pour explorer les parcours individuels ou l’histoire de collectifs professionnels, institutionnels ou communautaire. Ces pratiques, aux formes multiples, se réfèrent à des méthodes de formation et de recherche qui se situent dans des champs théoriques différents (sociologie, psychologie, psychosociologie, ethnologie, ou
sciences de l’éducation)1. Le principe de base du récit de vie est de partir de l’individu et de
son discours, donc de son vécu subjectif. A partir de là, on peut se demander quelles sont les particularités du récit de vie en tant que méthode de recherche et quels en sont les intérêts et limites ? En recourant au linguiste J.M. Adam (1991), rappelons tout d’abord ce qui constitue l’essentiel de la définition du récit : – Pour qu’il y ait récit, il faut qu’il y ait représentation d’au moins un événement, et ces événements doivent être rapportés ; ils sont donc doublement construits : dans la perception des événements, qui est déjà interprétation, et dans la narration. – Le récit est forcément porteur d’une chronologie : il raconte une histoire qui se déroule dans le temps. – Le récit comporte un ordre configurationnel, c’est-à-dire qu’il constitue un tout qui organise et donne sens aux événements rapportés. – Enfin, le récit se construit dans une interaction, contextualisée. Le récit de vie se fait sous la forme orale et de manière spontanée, c’est l’expérience de la vie considérée au travers d’un filtre. C’est une phase exploratoire où le sujet de recherche n’est pas tout à fait défini. Il s’agira de faire une analyse permettant de vérifier les hypothèses de départ. La narration que pourra faire le sujet de son histoire, de sa vie servira de base de travail pour répondre à la question qui a conduit la personne à venir en consultation. Cette méthode se présente comme un outil privilégié de compréhension de parcours existentiel, mais aussi comme un vecteur de changement : raconter sa vie, c’est la reconstruire, dans le présent et dans la relation avec un interlocuteur : c’est tisser des liens entre les événements vécus, discontinus, pour en faire une histoire, qui a un sens pour l’autre et pour
1 Alex Lainé, Faire de sa vie une histoire, Paris, Desclée de Brouwer, 1998.
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soi. Raconter sa vie à quelqu’un, crée une réalité inédite, présente et interactive, et cette création discursive (c’est-à-dire de parole) donne des significations nouvelles à l’expérience du narrateur. Elle lui confère une nouvelle maîtrise de son existence, un rôle d’acteur, c’est-à-dire le transforme lui-même en retour (c’est le caractère performatif du récit). Raconter sa vie renvoie en outre à ce qui se passe dans toute communication, à savoir une évaluation et une négociation du » qui je suis pour toi « , du » qui tu es pour moi » (F. Flahault, 1978). Lorsqu’il raconte sa propre histoire, le narrateur bénéficie d’une occasion privilégiée d’affirmer et de faire reconnaître une place et une identité singulière. Le récit de vie comme méthode de recherche s’appuie sur l’activité de narration comme forme d’élaboration du temps vécu et de l’histoire qui, en produisant une certaine figuration de soi, devient aussi une forme d’élaboration de soi, dans ses liens d’appartenance aux autres. Mais l’acte de raconter ne suffit pas. Dans la recherche, le récit fait l’objet de questionnement et d’analyse pour en déconstruire le sens. Il s’agit pour le narrateur d’élargir la représentation de son vécu, d’en reconstruire le sens pour mieux se situer dans une histoire dont il peut comprendre certaines entraves et parfois s’en déprendre, une histoire qu’il peut davantage faire sienne. Le récit de vie est mis en œuvre comme support permettant d’interroger plusieurs figures du sujet : un sujet défini dans une inscription sociale, familiale et généalogique, un sujet de contradictions et de conflits qui tente de s’en dégager, et enfin un narrateur pris entre réalité et fiction. Tout récit recouvre deux registres de données : des événements et des significations. Le récit de vie participe à deux réalités, l’une objective et l’autre subjective. La première renvoie à une réalité historique, à travers les événements de l’histoire vécue, la seconde à l’expression du vécu de cette histoire. Cette double dimension constitutive du discours narratif en fait un matériau sociologique particulièrement fécond pour “donner à voir à la fois un univers de sens et un univers de vie, un point de vue sur le monde et des formes concrètes d’appartenance au monde” (Schwartz et al.). En tant que mise en mots du monde social et du
monde personnel de celui qui se raconte (Demazière et Dubar, dans Schwartz et al.)2, l’intérêt
du récit de vie réside précisément dans la capacité, à travers lui, à saisir les univers sociaux qui façonnent les identités, la manière dont ils se sont construits et le sens que leur attribue le narrateur. On a, dans cette perspective, recours au discours autobiographique pour mieux
2 Olivier Schwartz, Catherine Paradeise, Didier Demazière, Claude Dubar, “Analyser les entretiens biographiques. L’exemple des récits d’insertion”, Sociologie du travail, n° 41, 1999, p. 453-479.
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comprendre ce qui détermine les appartenances et les engagements, les systèmes de valeurs et les croyances. Afin d’utiliser cette méthode, le psychologue – chercheur choisit au préalable un sujet, il y a tout d’abord prise de rendez-vous afin d’expliquer au narrateur le but de la démarche ce que le chercheur attend, sur quoi il travaille, les raisons pour lesquelles le narrateur a été choisi comme étant « significatif du phénomène X », … Il faut ensuite passer un contrat avec cette personne, pourquoi on a pensé a elle et pourquoi on souhaite faire un récit sur sa vie. Puis, le psychologue et le sujet conviendront d’un lieu d’entretien, de préférence neutre pour qu’il n’y ait pas d’élément perturbateur. Le psychologue peut s’aider de support pour l’entretien, il peut utiliser une grille d’entretien, prendre des notes et la plupart du temps le récit est enregistré avec l’accord du narrateur. Cela permet une retranscription complète de l’échange et aide à construire une ligne
de vie 3 (reprend la vie de la personne : date, évènement). Enfin il est demandé au sujet de
raconter sa vie de manière globale : sur l’enfance, la famille, sur les liens de filiations…). La consigne est généralement la suivante : « Je vais vous demander de me parler des moments ou des évènements qui permettraient de retracer l’histoire de votre vie. Pour cela vous pouvez vous aider d’une ligne de vie». Il est souvent nécessaire de recourir à plusieurs entretiens pour recueillir la vision la plus complète d’un récit de vie. Une fois l’histoire du sujet terminée, il est question pour le psychologue d’analyser, d’interpréter ce qui a été dit et ainsi de dégager les thèmes qui reviennent le plus et ainsi de formuler des hypothèses qui répondraient à la question de départ.
Prenons par exemple, un cas, celui de Mme B4, qui avait été emprisonnée pour un infanticide,
son récit de vie dégage certains thèmes tels que : les liens familiaux, les relations de couple, les enfants. Il y a donc différents inducteurs qui ont pour but d’aider la personne à se raconter. Nous remarquons que cette méthode se déroule, en principe, en trois phases: 1- Prise de contact et établissement d’un contrat qui porte sur les modalités de déroulement, de durée des entretiens et des règles. 2- Phase de recueil du récit de vie, entretiens enregistrés et retranscrit. 3- Analyse et retour sur l’énoncé. C’est le moment où l’on revient vers la personne et où l’on reprend avec elle ce qui a été dit.
3 Cf. : Exemple de ligne de vie (Mme B) en annexe. 4 Cas de récit de vie étudié par Corinne Faustin-Thérèse
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