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Auto-Hypnose L’Auto-Hypnose peut servir d’entraînement entre deux séances, pour le client, et va augmenter l’impact des rencontres avec le praticien. Puisqu’il n’y a personne pour vous guider, c’est facile, comme le disait Milton ERICKSON: « Faites confiance à votre Inconscient ! ». Que la transe hypnotique soit très légère, moyenne ou plus profonde, cela n’altère en rien l’efficacité de l’exercice. Article : « Nous faisons tous de l'(Auto-)Hypnose par l’autosuggestion ! » de Constant Winnerman Il est 17 heures et Constant attend ses invités pour 19 heures. Il se lance donc dans le ménage quasi-intégral de la maison afin de les recevoir comme il se doit. Il passe l’aspirateur dans le salon, nettoie les escaliers, les WC, etc. Et tout en faisant son ménage, Constant se dit qu’il lui serait peut-être plus simple et facile d’en faire un peu chaque jour. Puis cette pensée qui ne fait que passer dans son esprit disparaît et la journée se poursuit. Le lendemain matin, de façon tout à fait naturelle et spontanée, Constant prend 10 minutes pour nettoyer certains endroits de la maison. Sans s’en rendre compte, il s’est auto-suggéré la veille qu’il pourrait faire un peu de ménage tous les jours. Cette simple pensée qui a traversé son esprit est donc une autosuggestion qui est restée dans son Inconscient et qui a influencé ses actes et ses comportements futurs. Cette anecdote démontre que nous pratiquons tous l’Hypnose au quotidien, sans même nous en rendre compte. Et à chaque fois que nous nous projetons dans le futur, la plupart du temps de manière inconsciente, nous écrivons l’avenir, nous créons ce que nous appelons dans notre jargon un « Pont vers le Futur », une « Futurisation », une « prédiction réalisante », bref peu importe le nom qu’on lui donne, une autosuggestion qui va influencer nos décisions et actions futures. Le cours ci-dessous est issu du livre « Auto-Hypnose : Mode d’Emploi » de Constant WINNERMAN : Qu’est-ce que l’Auto-Hypnose ? Voilà la question à laquelle je vais tenter de répondre au cours des pages suivantes. L’Auto-Hypnose est la pratique de l’Hypnose sur – et par – soi-même. Pour comprendre ce qu’est l’Auto-Hypnose, il est donc nécessaire de savoir préalablement ce qu’est l’Hypnose. Alors, l’Hypnose c’est quoi ? L’Hypnose Ericksonienne L’Auto-Hypnose, telle qu’enseignée dans cet ouvrage, est dite Ericksonienne, c’est-à-dire issue des travaux de Milton Erickson. Alors que l’Hypnose Classique, aussi nommée « Hypnose Traditionnelle », pratiquée le plus souvent lors de spectacles, est dirigiste, basée sur la suggestion directe (des suggestions semblables à des ordres, par exemple : « dormez ! ») et sur la supériorité de l’hypnotiseur, l’Hypnose Ericksonienne est plus douce et respectueuse de l’écologie de la personne. Les méthodes de suggestion indirecte de l’approche Ericksonienne permettent de contourner les barrières conscientes et la résistance du sujet hypnotisé (sa logique, sa raison, son esprit critique). L’Hypnothérapeute Ericksonien utilise également la suggestion directe dans sa pratique. Exemples de suggestions en Hypnose Ericksonienne Pour vous aider à comprendre ce que sont les suggestions indirectes, en voici quelques exemples simples :
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« N’entrez pas en état hypnotique avant d’être bien installé dans ce fauteuil ». Dans cet exemple, le praticien suggère implicitement à la personne qu’elle entrera en état hypnotique lorsqu’elle sera bien installée. (Technique de la Présupposition) – « Savez-vous si cet état va s’approfondir avant ou après que j’ai de nouveau dit : détendez-vous ? » Quelque soit la réponse du sujet à ce choix illusoire, qu’il sache ou non s’il va se détendre avant ou après l’énonciation de la suggestion « détendez-vous », il reconnaît implicitement, en répondant à la question, qu’il va se détendre… (Technique du Double-Lien). – « Alors que vous entendez ma voix, et que vous ressentez le contact entre le dos et le dossier du fauteuil, cet état devient deux fois plus profond ». Le praticien énonce ici deux Truismes, c’est-à-dire deux éléments objectivement présents et qui ne peuvent pas être contestés (l’un auditif : « vous entendez ma voix », l’autre kinesthésique : « vous ressentez le contact entre le dos et le dossier du fauteuil »). Ces Truismes, qui ne peuvent être qu’acceptés par la personne, la positionnent dans un état mental d’acceptation qui favorise son adhésion à la suggestion directe qui suit « cet état devient deux fois plus profond ». La série de Truismes (nommée « Yes-Set ») est reliée à la suggestion directe par une liaison de cause à effet (alors qu’il se passe ceci, cela se produit). – « Et plus la respiration ralentit, et plus cet état s’approfondit ; et plus cet état s’approfondit, et plus la respiration ralentit ». Dans cet exemple, l’Hypnothérapeute créé une boucle (et plus plus ça fait ceci, et ça fait cela, et plus cela se produit, et plus ça fait ceci). – « N’approfondissez pas cet état tout de suite ». Que se passe t-il le plus souvent lorsque vous demandez à un enfant de ne pas faire quelque chose ? Il le fait. L’Inconscient fonctionne comme un jeune enfant, et ne comprend pas directement la « Négation » (les « ne pas » ou « ne plus »). Le sujet, ou plutôt son Inconscient, réagira principalement de deux façons à la réception de cette suggestion : soit il approfondira l’état (même si, dans un second temps, par un processus intellectuel, son conscient pourra refuser l’approfondissement, conformément à sa compréhension de la suggestion, l’effet immédiat se sera néanmoins produit). Soit la personne fera tout l’inverse de la directive donnée, et approfondira l’état hypnotique. Dans les deux cas, le praticien atteint son objectif : l’approfondissement de la transe. Milton Erickson disait que « la thérapie est un combat où votre adversaire rêve que vous gagniez, mais où il fera tout pour vous en empêcher ! ». – « Lorsque vous aurez l’impression ou la sensation d’être en Hypnose, j’aimerais que vous me le signaliez par un mouvement de tête. » En acceptant la tâche donnée, la personne accepte également et implicitement qu’elle sera en Hypnose à un moment de la séance. – « Et alors que le corps est à gauche du bras droit, et à droite du bras gauche, cet état s’approfondit. » Dans cet exemple, l’Hypnothérapeute confusionne (embrouille) et occupe le conscient de la personne, détourne son attention, pour que la suggestion directe (« cet état s’approfondit ») atteigne plus facilement son Inconscient. La définition courante de l’Hypnose Une majorité d’Hypnothérapeutes écrivent et disent que l’Hypnose est un « Etat Modifié de Conscience » (E.M.C.). Un E.M.C. est un état second, sans rapport avec le sommeil (malgré la croyance populaire), différent de l’Etat Ordinaire de Conscience (E.O.C.), l’état de conscience habituel d’une personne. L’E.M.C. est un état naturel et propre à l’être humain, que nous vivons quotidiennement, et parfois même plusieurs fois par jour, par exemple lorsque nous sommes absorbés dans un livre, un film, ou lors d’une longue conduite sur l’autoroute. Ces moments d’absorption sont autant de transes quotidiennes et naturelles, naturelles dans le sens où elles interviennent spontanément et ne sont le fruit d’aucune volonté, ni de la personne qui les vit, ni d’un intervenant extérieur. J’écris ici pour vous exposer ma vision de l’Hypnose, et je prends la responsabilité de mes écrits. Alors en toute honnêteté, de vous à moi, j’estime que cette définition répandue de l’Hypnose, est seulement partielle, incomplète, limitante, oserais-je écrire simplifiée, à défaut de simpliste. Je peux comprendre le fait qu’il faille simplifier sa
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communication auprès du grand public, vulgariser, mais cela peut-il dénaturer l’Hypnose et le vaste univers que ce mot renferme ? Je n’aime pas les raccourcis, ni la facilité, surtout lorsqu’elle est choisie par souci d’évitement de la réflexion, par paresse. L’Hypnose ne se limite pas à être un état modifié de conscience, mais elle est, comme je le dis souvent, « la Vie ». Le pouvoir de la Suggestion et de l’Auto-Suggestion Les prédictions réalisantes Anecdote Je ne suis pas surpris de constater que ma compagne n’est pas satisfaite de l’hôtel où nous nous trouvons au moment où j’écris ces lignes. Nous avons trouvé cet établissement sur Internet (attention, je ne veux surtout pas vous suggérer implicitement que tous les hôtels présents sur Internet ne sont pas satisfaisants !). Les photos de l’hôtel nous plaisaient, mais après avoir lu des commentaires négatifs d’anciens clients, ma compagne hésita à y passer nos vacances. J’ai alors fait part de mon point de vue à mon amie, à savoir que ces commentaires, quelle qu’en soit la teneur, n’étaient pas forcément le reflet de la réalité, mais plutôt de la perception subjective des anciens clients. Je lui ai ensuite dit que je souhaitais pour ma part faire ma propre expérience, mon avis personnel. Avant notre départ, ma compagne m’a fait part à plusieurs reprises de ses doutes quant à la qualité des prestations de l’hôtel où nous allions bientôt séjourner, et qu’elle ne connaissait objectivement pas encore. Peut-on supposer que mon amie se soit autosuggérée le séjour qu’elle vit en ce moment-même, qu’elle se soit conditionnée, programmée, peut-être malgré elle, à percevoir et à vivre ses vacances de cette façon ? Personnellement, j’en suis convaincu. Je crois effectivement que ma compagne, par ses projections préalables au séjour, a écrit son avenir, avant même de le vivre ! Nous pouvons raisonnablement envisager le fait que mon amie eut apprécié son séjour, si elle n’avait pas eu accès aux commentaires, pour la plupart négatifs, d’anciens clients. Et je considère que cette femme, allongée à coté de moi, sur cette plage, est donc en état d’Hypnose ! Son vécu subjectif de la situation présente, en partie influencé par ses projections passées, place ma compagne dans une réalité bien particulière, unique, oserais-je écrire hallucinée, bref, hypnotique. Peut-on considérer que mon amie eut aimé son séjour dans cet hôtel, si les commentaires préalablement lus avaient été plus positifs ? J’en suis également convaincu. A cet instant précis, je vous imagine, cher lecteur, prendre conscience, ou vous rappeler, de l’incroyable pouvoir de la suggestion. Avec vos pensées, vous pouvez faire de votre vie un paradis ou un enfer ! Dans l’anecdote exposée ici, nous pouvons donc conclure que ma compagne a été sensible aux suggestions qui lui ont été adressées, représentées par les commentaires d’anciens clients de l’hôtel, et qu’en cela, elle s’est montrée « suggestible », c’est-à-dire sensible à la suggestion. L’impact des suggestions représentées par ces commentaires Internet aura été double : Effet immédiat : hésitations et projections négatives de mon amie par rapport à son prochain voyage. Effet secondaire : vécu subjectif et négatif du séjour. Je vous encourage à développer votre esprit critique, et à faire preuve de suffisamment de discernement vis-à-vis des suggestions auxquelles vous êtes soumis au quotidien, qu’elles vous soient adressées par des personnes physiques (nous émettons tous des suggestions dans nos échanges avec les autres, et toutes nos relations sont d’influence), ou par d’autre biais, comme la publicité, consciemment ou inconsciemment, volontairement ou non, avec ou sans intérêt. L’influence est l’action qu’exerce une chose, une situation ou une personne sur quelqu’un. Si influencer une personne, c’est agir sur elle, alors toute relation est une tentative d’influence réciproque, consciemment ou inconsciemment. Par exemple, dans le cadre d’un échange, il est très probable que votre interlocuteur adopte une attitude différente à votre égard, en fonction de votre tenue vestimentaire. Peut-être que sa perception subjective de vous sera distincte, que vous soyez en costume ou en jogging. Dans ce cas, nous pouvons considérer que vous influencez la personne par l’image que vous lui renvoyez.
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Toutes les suggestions auxquelles nous sommes soumis, qu’elles soient visuelles, auditives, et même kinesthésiques, influent sur ce que nous sommes. Prendre conscience des suggestions que nous émettons et que nous recevons, et de notre suggestibilité, nous apporte davantage de contrôle sur nous-mêmes et sur notre vie. Les Hypnothérapeutes ne sont donc pas les seuls à utiliser les mécanismes de la suggestion, donc à faire de l’Hypnose ; la différence réside dans le fait qu’ils les pratiquent consciemment pour aider les personnes qui les consultent. Politiciens, commerciaux, pour convaincre, et plus généralement tous les êtres humains, utilisent, souvent inconsciemment, involontairement, le pouvoir de la suggestion. L’Hypnose de spectacle L’essentiel du pouvoir de l’hypnotiseur de spectacle lui est en fait attribué par la personne hypnotisée. Nul ne fera ce que l’hypnotiseur lui demande de faire, s’il ne le souhaite pas au fond de lui-même. Ainsi, si quelqu’un fait un striptease en réponse aux suggestions de l’hypnotiseur, ce sera parce qu’il l’acceptait, et peut-être même le désirait, inconsciemment ou non. L’hypnotiseur de spectacle n’a donc aucun véritable pouvoir hypnotique, sinon celui que vous lui attribuez ; par conséquent, si vous croyez sincèrement que cet homme fera ce qu’il veut de vous, alors tel sera le cas. Les hypnotiseurs de spectacle se contentent le plus souvent d’émettre des suggestions directes, semblables à des ordres (par exemple, « dormez ! ») : si le sujet destinataire des suggestions s’avère suffisamment suggestible, c’est-à- dire sensible aux suggestions de l’hypnotiseur, grâce au pouvoir qu’il lui attribue, alors il entrera en état hypnotique. A l’inverse, si la personne n’accorde pas cette capacité à l’hypnotiseur, alors les suggestions qu’il lui adressera n’auront aucun effet. La suggestibilité des personnes présentes lors d’un spectacle est aussi influencée par les suggestions qui entourent l’évènement : la réputation de l’hypnotiseur (connue des participants avant le spectacle), ou la simple connaissance de la nature de son activité, le cadre (le public, les caméras et le plateau de télévision…), le constat du fait que les volontaires qui nous précèdent sont bel et bien hypnotisés… Ces éléments sont autant de suggestions qui renforcent le pouvoir que nous attribuons à l’hypnotiseur, et qui amplifient notre suggestibilité. Une fois de plus, vous aurez compris que ce sont nos pensées qui façonnent notre réalité ; et c’est parce que tout est suggestion dans la vie, que je dis souvent que « l’Hypnose, c’est la Vie ! ». D’une certaine manière, l’important n’est donc pas de savoir ce qui est vrai, car en quelque sorte rien ne l’est, mais plutôt de réussir à savoir ce en quoi vous voulez croire, puis à y croire suffisamment, pour alors voir apparaître votre belle réalité, celle qui vous rend heureux. Buddha disait que nous construisons notre monde avec nos pensées. Nos croyances déterminent notre réalité, telle que nous la percevons. Les croyances dont je vous parle n’ont rien de religieux, mais sont en fait des convictions profondes, concernant la vie en général, qui façonnent notre perception subjective de la réalité. A titre d’exemple, si vous croyez fermement que le monde est peuplé de gens qui vous veulent du mal, alors vous adopterez très probablement une attitude de méfiance, et resterez sur vos gardes. Au contraire, si vous croyez que les êtres humains sont des frères qui vivent les mêmes joies et les mêmes peines, qui partagent les mêmes peurs et les mêmes rêves, alors peut-être que vous aborderez votre prochain avec confiance, sérénité, bienveillance et compréhension. Comme je m’amuse à le dire, « si je ne devais avoir qu’une seule croyance, alors j’aimerais croire que je suis assurément capable de croire en ce que je veux ! ». Pour ma part, dans ma vie, je crois que mon prochain est mon égal, et en conséquence, c’est ainsi que je le traite. Je nous place tous, sans exception, à la même hauteur. Pour citer mon proche ami et confrère Frédéric Guegan, Hypnothérapeute et Sophrologue, « nous sommes tous ignorants, mais pas des mêmes choses ! ». Nous avons tous à apprendre les uns des autres, et il nous suffit simplement pour cela de nous ouvrir à la différence. Je ne vous soutiendrai pas qu’il m’est tous les jours facile de traiter mon prochain comme mon égal, surtout lorsque je rencontre l’intolérance, mais j’essaie dans ces moments-là de garder à l’esprit que l’autre est faillible, perfectible, imparfait, tout comme moi, et comme tous les êtres humains, et qu’il a par conséquent le droit de faire des erreurs, et d’être néanmoins accueilli, même dans ses écarts.