BOJ Antoine DARDET Sophie 1°L²
EXPOSE SURREALISME
Introduction
« Ce n’est pas la crainte de la folie qui nous forcera à laisser en berne le drapeau de
l’imagination. » dit André Breton, dans son Manifeste du Surréalisme (1924). Cette citation exprime tout à fait ce qu’est la pensée surréaliste. Remettre au goût du jour l’imagination, l’inconscient, le rêve afin de changer l’art, et changer l’homme. Ce mouvement est l’un des plus singuliers quant à sa manière d’appréhender les choses. Il va au-delà du réalisme, il va chercher sa réalité dans l’inconscient et l’irrationnel afin de peut-être, mieux comprendre le monde.
I. Définition.
1) Contexte historique :
• Première Guerre mondiale
Cette guerre a atteint une intensité et une violence jamais atteintes jusqu’alors. Le bilan humain s’estime en effet à 9 000 000 de morts et 8 000 000 d’invalides. Elle a mis en jeu plus de soldats, provoqué plus de morts et causé plus de destructions matérielles que toute autre guerre antérieure. Ces quatre années marquent dans l’esprit des surréalistes ce qu’il y a de plus absurde, de plus horrible et de plus inhumain. Ils y voient la faillite du monde occidental.
• Le dadaïsme
Le dadaïsme apparut pendant la Première Guerre mondiale, inventé par Tristant Tzara et par le groupe du cabaret Voltaire. Le nom « Dada » vient, selon la version la plus courante, d’un dictionnaire ouvert au hasard. Le premier Manifeste dada (1916) affirmait que le dadaïsme était une « nouvelle réalité » refusant les contraintes idéologiques et esthétiques. Ils prônaient une approche de l’art subversive, irrévérencieuse et libératrice. Chez les dadaïstes, choquer était une manière de secouer la société pour la faire sortir du nationalisme et du matérialisme, qui avaient abouti au carnage de la Première Guerre mondiale. Mais malgré leur désir commun de dynamiser la société et le monde littéraire, le groupe Dada, composé entre autre de Tzara, Francis Picabia ou Clément Pansaers, et le groupe surréaliste, constitué d’André Breton, Louis Aragon ou Philippe Soupault, rentrent en opposition quant à l’aboutissement de leur art. En effet, Tzara ne cherche qu’à faire de « l’anti-littérature, de l’anti-musique et de l’anti-peinture ». S’en suit l’éclatement du groupe Dada.
1) Inspirations
• Guillaume Apollinaire
Celui qui fit le défenseur de peintres cubiques et avant-gardistes tels que Pablo Picasso, Marc Chagall ou George Braque est en effet considéré comme le précurseur du mouvement. Il affirme, dans la préface de son « drame surréaliste » Les Mamelles de Tiresias (1917), « Quand l’homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue qui ne ressemble pas à une jambe. Il a fait du surréalisme sans le savoir. ». Le surréalisme selon lui désigne ainsi l’invention métaphorique comme création à part entière qui n’imite pas le réel.
• Sigmund Freud
Sigmund Freud, médecin neurologiste et inventeur de la psychanalyse, occupe une place décisive dans le mouvement surréaliste. Ses travaux et recherches sur la révélation et la libération de l’inconscient (selon Freud, « l’interprétation des rêves est la voie royale qui mène à l’inconscient) , sur le rêve et sur le refoulement des désirs ont en effet beaucoup inspiré les surréalistes quant à leur manière de procéder pour écrire, peindre ou réaliser.
• Karl Marx
Karl Marx voulait « transformer le monde ». Les surréalistes aussi, par la condamnation de l’absurdité de la société moderne et de la politique, par leur profonde volonté de dynamiser cette même société et l’art mais aussi par la tentative de ré-enchanter le monde. Et ça n’est d’ailleurs pas un hasard si nombre d’entre eux rejoignirent le parti communiste – ce qui entrainera des tensions au sein du mouvement, jusqu’à la rupture entre le communisme et le surréalisme.
• Arthur Rimbaud
Rimbaud est une figure marquante pour les surréalistes, qui en ont fait l’un de leurs prédécesseurs dès le premier Manifeste du Surréalisme, en 1924 : « Rimbaud est surréaliste dans la pratique de la vie et ailleurs ». Les surréalistes, à l’image de Rimbaud, voulaient « changer la vie », et créer à partir de l’inconscient et du rêve. Mais contrairement à Rimbaud, les surréalistes persévèrent dans la voie de l’inconscient et de l’imaginaire et s’y enferment : ils donnent l’exclusivité à l’inconscient comme mode d’appréhension du réel, de création et de réception, en niant le rôle de la raison.
3) Principales idées :
André Breton définit le mouvement artistique comme un « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ». D’après l’étude d’Élisabeth Kennel-Renaud , le Manifeste du Surréalisme dégage plusieurs idées directrices :
• L’imagination, qui, d’après Breton, est restreinte et cantonnée par la morale, les mœurs de la société. Il ne faut pas « réduire l’imagination à l’esclavage » parce qu’elle rend compte « de ce qui peut être ».
• La critique du Roman Réaliste qui se limite et s’enferme dans la description et qui cultive le goût du détail.
• L’appel à l’émerveillement, car « le merveilleux est toujours beau […] il n’y a que le merveilleux qui soit beau. »
• La conviction que le rêve et la réalité ne peuvent faire qu’un : « Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, la surréalité […] c’est à sa conquête que je vais »
• L’introduction de l’écriture automatique comme nouveau mode d’expression, sans contrôle de la raison.
• La présentation d’un moyen permettant « d’obtenir, de certaines associations, la soudaineté désirable » : les collages. Exemple : Les plus belles pailles Ont le teint fané SOUS LES VERROUS
• Le cadavre-exquis qui consiste à succéder des éléments de dessin ou de texte en cachant ce qui précède pour ainsi obtenir un ensemble de morceaux disparates formant une nouvelle image ou un nouveau texte.
• L’anti-conformisme du mouvement.
II. Le surréalisme sous toutes ses formes
1) En Littérature Le premier texte surréaliste fut publié en 1919 : Champs magnétiques, ouvrage d’André Breton
et Philippe Soupaultzitoire, est un exemple d’écriture automatique. Cette technique est en effet déjà expérimenté par les deux auteurs qui laissaient libre cours à leur imaginaire, cherchant à libérer le langage de tout contrôle, écrivant le texte d’une seule traite et sans le retoucher par la suite.
En 1924, André Breton publie Le Manifeste du Surréalisme, œuvre phare pour le mouvement
car elle donne la véritable définition du mouvement et ses principales caractéristiques. Ce texte était censé être la préface d’une autre œuvre du même auteur, Poisson Soluble, recueil d’automatisme, également important dans l’histoire du mouvement. Nadja, du même André Breton, paru en 1928, est une autre forme d’écriture surréaliste dans laquelle les frontières entre les différents genres littéraires (roman, autobiographie, essai, nouvelle, etc.) sont abolies.
Mais la poésie s’est révélée être l’expression favorite du surréalisme pour véritablement
explorer le langage. Le mouvement prônait une poésie révolutionnaire, qui ne se soumettait à aucune règle et à aucun contrôle de la raison. L’acte poétique était vécu comme une prise de position sociale, politique et philosophique, et constituait l’une des trois branches de la trinité surréaliste « liberté, amour, poésie ». La poésie exprimait une nouvelle vision de l’amour dans des poèmes tels que le Libertinage de Louis Aragon (1924), dans la Liberté ou l’amour de Robert Desnos (1927) ou dans l’Amour fou d’André Breton (1937); elle était également reflet de la liberté et de la provocation dans les pamphlets scandaleux tel Un cadavre (qui fut diffusé à la mort d’Anatole France en 1924 et qui critiquait violemment l’écrivain, alors très respecté à l’époque) et dans l’acceptation et dans l’utilisation du hasard. Hasard qui régissait les poèmes en écriture automatique ou les collages produits par les surréalistes.
2) Dans la peinture Le surréalisme dans la peinture prolongea la part importante donnée à la rêverie, au
fantastique, au symbolique, à l’allégorique, au merveilleux et à l’inconscient. L’onirique, le choc visuel produit par la mise en rapport d’images ou d’objets incongrus, imaginaires ou absurdes, mais toujours agencés dans une production figurative et non abstraite, le plus souvent détaillée, sont l’un des fondements de la poétique surréaliste.
Dès 1924, Max Ernst, Jean Arp et Man Ray adhérèrent au mouvement. Ils furent rapidement
rejoints par André Masson et par Joan Mir. La première exposition surréaliste fut organisée par la galerie Pierre en 1925. Deux ouvrages, La Peinture au défi (1926) de Louis Aragon, puis Le Surréalisme et la Peinture (1928) d’André Breton, dressèrent un bilan des activités du groupe : « L’œuvre plastique, écrivit Breton, pour répondre à la nécessité de révision absolue des valeurs réelles sur laquelle aujourd’hui tous les esprits s’accordent, se référera donc à un modèle purement intérieur ou ne sera pas ».
La peinture surréaliste s’inspira du Dada et du cubisme, mais inventa également de nouvelles
techniques pour libérer l’inconscient et donner une dimension onirique à la peinture, telles que le cadavre-exquis, ou le collage. Ce dernier fut particulièrement pratiqué par Max Ernst, avec le frottage (principe consistant à laisser courir une mine de crayon sur une feuille de façon à créer des formes plus ou moins imaginaires). L’automatisme de l’écriture fut repris par André Masson, qui tenta de le retranscrire dans ses dessins, puis dans ses toiles au sable et à la colle (Bataille de poissons, 1926, Musée national d’Art moderne, Paris). Salvador Dalí, quant à lui, chercha à retranscrire ses fantasmes selon une méthode qu’il qualifia de « paranoïaque-critique », et qui se fondait sur une concrétisation systématique des images délirantes issues du rêve ou des hallucinations (Persistance de la mémoire, 1931, Museum of Modern Art, New York). René Magritte, à l’aide de sa peinture réaliste mais neutre et académique, essayait de retranscrire dans ses œuvres l’action de sa pensée sur un objet, et non de représenter l’objet. Il se glissait entre les images et leur représentation afin de détruire le fondement des choses.
Les œuvres clés du surréalisme sont La Toilette de la mariée (1940) de Max Ernst, Rêve causé
par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade une seconde avant l’éveil (1944) et La Persistance de la mémoire (1931) de Salvador Dali, La Voix des airs (1931) de René Magritte.
3) Dans le cinéma Contrairement aux peintres et écrivains, rares sont les cinéastes à s’être réclamés ouvertement
du surréalisme. De fait, malgré les tentatives de films et les nombreux scénarios écrits, notamment par Prévert (Drôle de drame, L’affaire est dans le sac) et Queneau (Monsieur Ripois, La mort en ce jardin), ce qui reste du cinéma surréaliste se résume à peu près à l’œuvre du cinéaste espagnol Luis Buñuel.
Un chien Andalou (1928) et L’Age d’or (1930), dont les scénarios ont été écrits par Salvador
Dalí, sont les films les plus représentatifs du surréalisme cinématographique. Buñuel y dénonce les tabous tant sexuels que religieux et prône la libéralisation du désir et du rêve. L’Age d’or fut interdit à sa sortie jusqu’en 1980
Conclusion
Il n’y a pas d’assentiment clair sur la fin s’il y eut une véritable fin au mouvement surréaliste.
Certains historiens de l’art disent que c’est la Seconde Guerre mondiale qui rompît le mouvement. En tout cas , le mouvement surréaliste a durablement marqué les esprits, probablement bien au-delà de ses disciples et partisants. En effet, même si le mot de surréalisme est aujourd’hui employé de manière inexacte, le souvenir de ce mouvement n’a jamais disparu, que ce soit en littérature, en peinture, en décoration, ou de manière plus générale dans le goût de l’insolite ou de la provocation.