ENCGM 2008/2009 THEORIES DES ORGANISATIONS : Herbert Simon
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1.1 La rationalité standard 1.1.1. Description En Economie, la rationalité s’entend principalement au sens individuel. L’homo oeconomicus est défni par sa préférence ou sa fonction d’utilité. Il connaît son environnement et tous les états de la nature possibles. Face à une décision, il envisage toutes les possibilités et détermine leurs conséquences et l’utilité qu’il pourra en retirer. Tout projet ou toute décision peut donc être modélisé sous la forme d’une loterie dont les branches sont pondérées par des probabilités. L’individu est supposé rationnel au sens où il est possible de justifer toutes ses actions puisque chacune de ses décisions a pour but de maximiser son utilité ou sa préférence. Un individu rationnel agira donc en toutes circonstances selon le même critère. Etant donné que l’individu est supposé posséder toute l’information nécessaire, que sa préférence est donnée et qu’il connaît parfaitement son environnement alors le problème à résoudre est un problème purement mathématique. Von Neumann et Morgenstern (1947) ont ainsi montré que sous certaines conditions, la maximisation de l’utilité de l’individu revient à maximiser l’espérance mathématique d’une fonction représentant numériquement sa
satisfaction1. Ces axiomes peuvent être résumés ainsi :
– le décideur est toujours capable de dire s’il préfère un projet A à un projet B, s’il préfère B à A ou encore s’il est indifférent entre les deux. Ses préférences sont complètes. – un petit changement dans un projet n’entraîne qu’une petite différence dans son utilité relative. – l’utilité d’un projet ne décroît pas si l’un des autres résultats est amélioré. Dans les travaux de Von Neumann et Morgenstern, les probabilités sont dites « objectives ». Savage (1954) a, lui, introduit la notion de probabilités subjectives, c’est-à-dire de probabilités propres au décideur. Toutefois, ceci n’entraîne qu’un simple renforcement des axiomes de Von Neumann et Morgenstern, sans remettre en cause la maximisation de l’espérance mathématique. Tout événement, tout projet est donc ainsi probabilisable et l’individu rationnel est un individu dont la capacité de calcul est infaillible. D’autres développements de la rationalité standard, à partir du même schéma et des mêmes hypothèses, ont été élaborés, notamment via l’introduction de la notion de temps qui n’est pas présente dans ces premières conceptions. Pour une présentation plus approfondie de la rationalité standard, le lecteur intéressé pourra se reporter à Favreau (1997). 1. 1. 2. Remises en cause Comme nous l’avons souligné dans la présentation de la rationalité standard, celle-ci suppose que le décideur est un individu calculateur, omniscient. En effet, il est supposé connaître non seulement parfaitement toutes les conséquences des différents projets qu’il envisage quelque soit l’état de la nature. Il doit également connaître ses propres préférences de manière complète, c’est-à-dire sans n’avoir jamais aucune hésitation et de plus, il doit appréhender le monde qui l’entoure de façon tout à fait complète. De plus, son côté calculateur infatigable l’entraîne à rechercher en tout l’optimisation de son utilité alors que l’observation rapide de n’importe quel individu nous laisse penser qu’atteindre un certain niveau de satisfaction est déjà acceptable pour de nombreux individus. Ce genre de remarques a donné lieu à l’élaboration de nouveaux types de rationalité que l’on peut regrouper sous le terme générique de rationalités non standards dès 1947.
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