Herbert simon et la ratonalité limitée


ENCGM 2008/2009 THEORIES DES ORGANISATIONS : Herbert Simon

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parce qu’il en décide consciemment. Il peut aussi procéder par étapes sans l’avoir décidé : parce que tel est son style personnel ou parce qu’il y est contraint par la logique de la situation». La rationalité contextuelle est une rationalité atypique dans le sens où elle regroupe plusieurs types de comportements qui aboutissent à une décision. En effet, un individu est contextuellement rationnel si les décisions qu’il prend sont liées à la maximisation de sa satisfaction, ce qui correspond en quelque sorte à la rationalité standard, mais il le fait en tenant compte du contexte dans lequel il se trouve et dans lequel se trouve son projet lorsqu’il prend sa décision : équilibre des forces en présence, pouvoir des dirigeants qui conditionnent l’acceptabilité d’un projet, compétences et forces sociales à l’oeuvre… Ces deux exemples montrent la variété des rationalités mises en évidence par Romelaer et Lambert (2001). Par ailleurs, nous verrons que ces deux types de rationalité sont présents dans les décisions prises lors de la construction du Pont de Normandie. 2. Quelle application de la rationalité dans les grands projets ? Après cette rapide présentation théorique de la rationalité ou plutôt des rationalités, nous allons nous intéresser à celles-ci dans un cadre pratique : les « grands » projets et plus particulièrement le projet « Pont de Normandie ». Rationaliser, c’est en quelque sorte expliquer les soubassements de la décision. Ceci se fait donc a posteriori. Pourtant, il existe des guides de la décision dans les grands projets, et notamment celui de l’A.F.I.T.E.P., association faisant référence dans le domaine de la gestion de projets. Il nous faut signaler le «projet » de l’A.F.I.T.E.P. consiste essentiellement à apporter un soutien normatif à la gestion des projets. Cette section consiste à étudier les recommandations de l’A.F.I.T.E.P. afn de déterminer quel type de rationalité leur est sous-jacent. 3. Le Pont de Normandie en exemples Avec un montant global des dépenses de 2.225 milliards de francs (339 millions d’euros), quatre collectivités locales garantes d’un emprunt auprès de 19 banques internationales, une soixantaine d’entreprises intervenant sur le chantier, un record du monde, conservé pendant quatre ans, du plus long pont à haubans, des premières études lancées en 1972 pour une inauguration en janvier 1995, le pont de Normandie est manifestement un grand projet. Toutefois, le pont de Normandie est un grand projet particulier. Nous nous penchons dans ce chapitre sur trois points le singularisant. – Sa construction a été initiée par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Havre (CCIH par la suite) qui en était également le maître d’ouvrage. – Bien que grand projet public, il n’a pas été directement fnancé par l’Etat mais par un emprunt garanti par les collectivités locales. – Enfn, à l’époque de sa construction, ce pont a représenté une prouesse technique en battant le record du plus grand pont à haubans du monde, alors qu’il était plutôt envisagé de construire un pont suspendu plus en vogue à l’époque. Si l’on suit la description d’un grand projet et du rôle des principaux acteurs (le décideur, le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre) faite par l’A.F.I.T.E.P., il ressort que la construction du pont de Normandie est un cas très particulier notamment du point de vue des relations entre les acteurs. Le très faible engagement de l’Etat dans ce projet, lequel s’est complètement appuyé sur la CCIH, a entraîné des prises de décision liées non pas à la rationalité de l’acteur

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