ENCGM 2008/2009 THEORIES DES ORGANISATIONS : Herbert Simon
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« L’homme administratif » de Simon est donc différent de l’homme économique ou statistique : il ne maximise pas, il n’est pas capable d’énumérer toutes les données, il n’a pas une fonction de préférence totale et stable. Le but d’une théorie de l’organisation est alors de découvrir toutes les limites pratiques à la rationalité humaine et d’essayer de les modifer pour améliorer un peu cette rationalité soit en agissant sur l’homme (entraînement, réorientation des valeurs…) soit en redessinant un environnement plus favorable. Simon note bien que la théorie de l’administration cherche à contrôler le non-rationnel, et que si le non-rationnel est peu important, l’organisation l’est aussi. Simon a aussi précisé comment l’analyse de la décision pouvait servir aux entreprises. Il distingue deux classes de décision : les décisions programmées et les décisions non programmées. Les décisions programmées (ou schéma d’exécution) sont des procédures répétitives et routinières (traitement des commandes des clients…). Les décisions non programmées concernent les problèmes, ou non structurés, ou de grande importance (un nouveau produit, un dysfonctionnement d’un schéma d’exécution…). Pour traiter ces décisions, il y a des techniques traditionnelles et des techniques nouvelles. Parmi les techniques traditionnelles pour les décisions programmées, les structures d’organisation sont des instruments de décision : ce sont elles qui donnent des motivations communes, qui défnissent informations et responsabilités, qui construisent les objectifs de chaque unité de l’organisation (qui deviennent les buts secondaires de l’organisation, ses buts principaux étant ses fns). Parmi les techniques nouvelles pour les décisions non programmées, les techniques heuristiques sont des techniques qui ne permettent pas de trouver un optimum (contrairement aux techniques de recherche opérationnelle) mais qui permettent de s’en rapprocher en améliorant la solution de départ. Ainsi bien, des programmes d’ordonnancement des activités sont des programmes heuristiques dans le sens où ils améliorent une solution manuelle ou empirique mais où ils ne donnent pas un ordonnancement minimisant les coûts ou les durées. Dans la décade 1950-1960, Simon pense qu’il y a eu une complète révolution dans les techniques de décision non programmées, aussi importante que l’a été la révolution industrielle. Cette révolution est due à l’apparition de nouvelles méthodes dépendant de la recherche opérationnelle au sens large : analyse mathématique, construction de modèle, optimisation et simulation. Ces méthodes furent d’abord utilisées pour les opérations complètement programmées (par exemple : gestion de l’ordonnancement des ateliers). Mais avec la tendance qui existe dans toute organisation, à remplacer les décisions non programmées par les décisions programmées, de plus en plus d’éléments de jugement ont été incorporés dans les procédures programmées (par exemple : gestion des stocks). Ces méthodes ont donc réduit le nombre de décisions non programmées.