ENCGM 2008/2009 THEORIES DES ORGANISATIONS : Herbert Simon
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Chapitre 2 : La rationalité dans le comportement administratif
Dans la mesure où il est rationnel et conscient de ses conditions objectives, le choix implique la sélection d’une alternative parmi plusieurs autres. Les alternatives ont des conséquences différentes, et une analyse de la décision dans ses aspects objectifs concernera avant tout ces conséquences variables du choix. Bien que l’importance accordée aux conséquences donne à ce chapitre une coloration nettement rationaliste, il ne faut pas interpréter cette attention portée aux aspects rationnels du comportement humain comme l’affrmation que les êtres humains se comportent toujours, ou généralement, de façon rationnelle. Les développements modernes de la psychologie et de la sociologie ont défnitivement rectifé ce contresens qui s’était insinué dans la théorie politique utilitariste et dans une grande partie de la théorie économique classique. Puisqu’une bonne administration est un comportement adapté avec réalisme à ses fns de même qu’une bonne entreprise est un comportement économique calculé avec précision pour réaliser un proft, une théorie des décisions administratives doit nécessairement aborder les aspects rationnels du choix. MOYENS ET FINS : Comme nous l’avons déjà noté, fait et valeur sont liés aux moyens et aux fns. Dans le processus de décision, on choisit les alternatives censées fournir les moyens adéquats d’atteindre les fns désirées. Cependant, les fns elles-mêmes sont souvent simplement instrumentales par rapport à des objectifs plus fondamentaux. Nous sommes donc conduits à concevoir une série, ou une hiérarchie, de fn. La rationalité intervient dans la construction de chaines moyens-fns de cette nature. La hiérarchie des fns : Les relations moyens-fns contribuent même au niveau physiologique à intégrer le comportement. A ce niveau, les tensions musculaires sont coordonnées pour (comme un moyen de) réaliser des cartes physiologiques simples – marcher, toucher et saisir un objet, diriger les yeux vers un objet. Chez l’adulte, ces mouvements élémentaires sont largement inconscients et automatiques ; mais l’enfant doit les apprendre au prix de grandes diffcultés, et bien que cet apprentissage ne se situe pas au niveau de la réfexion, il n’est pas différent de celui d’un adulte confronté à une situation moyens-fns. Mais faire un pas, saisir un objet, sont généralement des moyens au service d’une fn plus générale. La façon la plus claire de déterminer quelles fns sont visées en elles-mêmes, et lesquelles sont recherchées parce qu’elles sont un moyen utile de parvenir à des fns plus lointaines, est de placer le sujet dans des situations où il doit choisir entre des fns contradictoires.