Le ballet des heures Les heures sont des fleurs l’une après l’autre écloses Dans l’éternel hymen de la nuit et du jour ; Il faut donc les cueillir comme on cueille les roses Et ne les donner qu’à l’amour. Ainsi que de l’éclair, rien ne reste de l’heure, Qu’au néant destructeur le temps vient de donner ; Dans son rapide vol embrassez la meilleure, Toujours celle qui va sonner. Et retenez-la bien au gré de votre envie, Comme le seul instant que votre âme rêva ; Comme si le bonheur de la plus longue vie Était dans l’heure qui s’en va. Vous trouverez toujours, depuis l’heure première Jusqu’à l’heure de nuit qui parle douze fois, Les vignes, sur les monts, inondés de lumière, Les myrtes à l’ombre des bois. Aimez, buvez, le reste est plein de choses vaines ; Le vin, ce sang nouveau, sur la lèvre versé, Rajeunit l’autre sang qui vieillit dans vos veines Et donne l’oubli du passé. Que l’heure de l’amour d’une autre soit suivie, Savourez le regard qui vient de la beauté ; Être seul, c’est la mort ! Être deux, c’est la vie ! L’amour c’est l’immortalité ! Gérard de Nerval, Poésies diverses,1851
Gérard de Nerval, de son vrai nom Gérard
Labrunie, est né en 1808 à Paris. Il ne connut pas sa mère, morte 2 ans après sa naissance. Il fut un grand poète français. Il fit ses études à Paris, où il se liât d’amitié avec Théophile Gautier. En 1834, désespéré par l’amour qu’il porte à l‘actrice Jenny Colon qui n’est pas réciproque, il se met à voyager en Allemagne puis en Autriche. Après 6 mois en hôpital psychiatrique, il reprend ses voyages : Egypte, Liban, Rhodes, Syrie, Turquie. En 1852, il publie plusieurs œuvres comme L’artiste, La bohème galante, Lorely, Les nuits
d’octobres. Avant de mourir, il écrivit les principaux
épisodes de sa vie dans Sylvie, Les Chimères, Aurélia et Pandora. Il sera retrouvé pendu dans une ruelle parisienne, le 25 janvier 1855.