J’ai pas pleuré d’ida grinspan et bertrand poirot-delpech


Dans les camps, des centaines de gens ont écrit. Les témoins parlent de ce qu’ils ont vécu, cette parole est capitale. La machine de mort était pensée, organisée pour ne laisser aucune trace des atrocités perpétrées. C’est aussi cela qui a fait naître chez les déportés le besoin irrépressible de témoigner et une profonde souffrance quand ils n’étaient pas écouté. Comme l’a dit Simone Veil, « au début nous avons parlé, même beaucoup parlé, mais personne ne nous entendait. Ceux qui entendaient étaient-ils à même de comprendre ? »

Des livres ont été publiés. Les premiers rescapés qui se mirent à écrire le faisaient pour eux, pour leurs proches. En cela, la Shoah n’est pas qu’un simple cours d’histoire. C’est une leçon d’humanité. Les survivants ont dû trouver une raison de vivre afin de résister à cet enfer.

L’Histoire, Elle, instaure une distance ; l’historien n’a pas vécu le passé qu’il décrit, il n’y a pas de lien affectif et personnel. Mais surtout il doit prendre du recul, déceler le vrai du faux. Il doit utiliser toutes les sources, toutes les traces possibles de la réalité et les croiser et les confronter pour tenter de reconstituer le déroulement des faits. Il doit ensuite placer les faits dans leur contexte Mais, il y a une collaboration étroite entre les deux approches du passé: entre «témoins» et historiens et les deux se complètent. Dans ce livre Ida, à travers son témoignage, n’apporte pas seulement le fruit de son expérience et de son émotion mais elle révèle le fonctionnement de l’entreprise d’extermination et l’organisation dramatique de déshumanisation. Elle parle de ce qu’il a vécu et cette parole est capitale. En effet, les nouvelles générations doivent rencontrer celles qui ont vécu personnellement ces traumatismes. Le temps travaille contre le souvenir car bientôt, il n’y aura plus de rescapés de la Shoah pour témoigner.

C’est pourquoi, elle a ressenti la nécessité d’écrire noir sur blanc ce qu’elle avait vécu, «sous peine qu’il n’en reste que des traces périssables»

La parole du témoin est, avec le récit authentifié de l’histoire, le rempart de la vérité et de la raison contre le mensonge organisé. C’est aussi en réaction contre le négationnisme que cet ouvrage a été écrit: c’est comme si on tuait ses parents pour la 2ème fois.

Témoigner, surtout face aux plus jeunes, c’est aussi pour que Tout ça ne recommence pas, c’est se souvenir d’innocents qui sont morts pour l’unique raison d’être né juif, c’est aussi montrer ce que des hommes sont capables de faire à d’autres hommes, seulement parce qu’ils sont nés. Les témoins sont généralement attachés à ce que leur mémoire porte un message de fraternité, et que leur expérience de mort soit pour les générations actuelles une espérance de vie.

«Notre plus grande tristesse, à nous rescapés, c’est qu’Auschwitz et ses millions de victimes n’aient pas servi de leçon, de vaccin à l’humanité. On croyait ferme qu’après la Shoah aucun génocide ne serait plus possible, envisagé. Déception totale !»

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