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globale, comprenant tour le sens de l’existence humaine sous ses facettes à la fois naturelles et à la fois culturelles ? La notion de nature humaine engage le sens de l’existence humaine et la valeur de sa place dans l’ordre naturel. Distinguer nature et culture ne revient-il pas à survaloriser la place de l’homme ? N’est-on pas alors victime d’un ethnocentrisme à grande échelle ? Ce qui pose problèmes dans la distinction de deux couches, c’est le caractère inconnaissable des différents états. En effet, on ne peut connaître ce qu’est l’homme dénué de tout apport culturel. L’observation des enfants sauvages est insuffisante puisque ces enfants ont toujours eu un contact plus ou moins long avec d’autres humains. De plus, on a souvent considéré que ces enfants avaient été abandonnés à cause de dégénérescence mentale. L’observation faisant défaut, l’homme a été contraint de s’inventer un état de nature hypothétique. C’est le projet de Rousseau dans le second discours. Il expose lui-même le caractère lacunaire et hypothétique d’un tel état « qui n’a peut-être jamais existé, qui n’existe pas et qui n’existera jamais ». Son modèle a une valeur opératoire, il sert de moyen de comparaison pour étudier la société telle qu’elle est devenue. Chez Rousseau la construction est méthodique et n’est pas extravagante. D’autres au contraire, se sont laissé aller à ce que Canguilhem nomme dans Le Normal et le Pathologique, « l’illusion de rétroaction ». Cela consiste à construire un âge d’or symétriquement opposé à l’état actuel des choses pour dénoncer les travers de la civilisation. L’état de nature est inconnaissable, bien plus, il est une construction culturelle servant de comparaison pour déterminer ce qui est culturel en nous. Mais force est de constater que cette entreprise est plus ou moins toujours confrontée à l’échec. Pour paraphraser, Merleau-Ponty, tout est à la fois culturel et naturel en l’homme. Des comportements si simples comme le fait de se nourrir sont éminemment culturels et varient d’une société à l’autre. L’homme n’est donc pas une statue de Glaucus dont il suffirait d’éliminer les couches de dépôt pour retrouver l’aspect originel. Dès lors l’appellation « seconde nature » n’est pas justifiée puisque la nature de l’homme est d’être à la fois naturel et culturel. On a souvent nié que l’homme puisse avoir une nature puisque sa nature est d’être libre. Plus qu’une nature, l’homme aurait une histoire. Mais ne faut-il pas voir plus loin et replacer l’homme dans son milieu naturel pour apprécier vraiment la réalité de sa nature ? Un tel point de vue peut être appuyé par les découvertes de l’anthropologie moderne. Edgar Morin, dans Le paradigme perdu : le culture, conteste la rupture entre nature et culture au nom de la complexité de l’homme. Pour lui, le culturel se développe dans la nature et le naturel se développe dans la culture. Moscovici dans La Société contre nature va plus loin et affirme que l’humanité commence avant l’homme. Il dresse une sociogenèse hypothétique partant d’une catastrophe naturelle. Avec l’extension de la savane qui suivit, les hommes ont du s’adapter à de nouvelles formes de subsistance en même temps que leur corps se transformait. Ainsi, un groupe de mâles surnuméraires exclus du groupe par les mâles reproducteurs s’adonnèrent à la chasse. Le processus de cynégétisation accompagne une révolution fondamentale dans le rapport de l’homme à son espace, qui lui est désormais soumis. L’homme ne se contente plus de s’adapter, il adapte l’espace. Ces innovations, toutes le fruit des mâles surnuméraires, creusent un fossé entre chasseurs et cueilleurs qui se joignent au fossé hommes – femmes. Ces bouleversements ont lieu dans la nature. Mais l’homme advient réellement quand il redouble ces distinctions naturelles de règles choisies. L’homme choisit la prohibition de l’inceste pour entériner la domination des mâles sur les femmes. Les révulsions sexuelles pour les proches, ainsi que l’objectivation des femmes n’en sont que la conséquence et par la cause. La société, regroupement d’individualités structurée par des liens de dépendance et obéissant au même schéma