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existe avant l’homme, mais c’est lui qui la règle. L’humanité existe avant l’homme chez les primates. Moscovici se propose donc de faire une histoire naturelle de la culture plutôt que l’inverse. Il y a selon lui plusieurs états de l’humanité. La distinction n’est donc plus fondée dans la nature même de l’homme. On en déduit alors que la fonction principale d’une telle distinction et l’affirmation selon laquelle la seconde nature de l’homme est la culture n’à d’autre but que de survaloriser l’homme dans la nature et de lui assigner une place de choix. * * * Se demander si la culture est une seconde nature, c’est d’emblée sous-entendre qu’une distinction est possible entre deux états : un état naturel et un état culturel, crée, ajouté par l’homme lui-même. Ce qui sous-entend aussi que ces deux états seraient connaissables séparément et c’est ce qui pose vraiment problème. Cette distinction nous empêche d’abord de dire que la culture est effectivement une nature. Etant essentiellement négation du donné naturel extérieur et du donné intérieur, la culture ne peut être une nature dans ces deux sens. Mais une exigence logique, celle de l’émergence de la culture au milieu du donné originel peut conduire à remettre en cause ce point. La culture semble alors bien naturelle, dans le sens où elle émerge d’une disposition innée. Il y a continuité. La culture est bien une nature, elle nous apparaît spontanément, nous vivons dans un monde d’emblée culturel et construit. Mais bien plus, il est possible de parler de seconde nature parce que la culture tend elle-même à retrouver une stabilité qui est celle de la nature. La culture est une seconde nature parce que l’homme la fait telle. Il est à la recherche d’un ordre stable et récurrent qu’il imagine être celui d’un état de nature fantasmé. A ce niveau, la rupture n’est plus pertinente: la nature apparaît comme un donné non construit tandis que la culture est elle aussi un donné mais construit et approprié comme un seconde nature. La distinction entre nature et culture est remise en question, ce qui interroge la notion même de nature humaine. Puisque les deux états semblent inconnaissables séparément il faut renoncer à l’idée de concevoir une nature humaine originelle dénuée de toute culture. Un glissement de sens est possible, la nature devient alors synonyme d’essence et ceci nous autorise à voir dans la culture la nature de l’homme. L’idée de nature est une idée culturelle. La distinction et l’idée même de nature sont des inventions humaines à valeur opératoire qui nous font oublier que la nature humaine, l’essence de l’homme n’est pas une superposition de deux couches, mais une intrication d’éléments à la fois naturels et culturels, indissolublement liés. Au delà d’une analyse stérile qui entérinerait la nature de l’homme dans une non-nature due à sa liberté fondamentale, ne faut-il pas plutôt voir en lui l’expression originale d’une culture animale ? En effet, dans Les Origines animales de la culture, Dominique Lestel affirme que les animaux ont tous une culture que nous ne percevons pas puisque nous n’avons pas les mêmes schémas d’analyse. Chaque espèce a une culture différente, sans que la culture humaine soit spécifique ? Ne faut-il pas alors envisager un nouvel humanisme qui pendrait en compte cette vérité trop souvent ignorée ?