La princesse de clèves de mme de la fayette le renoncement au duc

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La princesse de Clèves de Mme de la Fayette Le renoncement au duc

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Texte :

Hé ! croyez-vous le pouvoir, madame ? s’écria M. de Nemours. Pensez-vous que vos résolutions tiennent contre un homme qui vous adore et qui est assez heureux pour vous plaire ? Il est plus difficile que vous ne pensez, madame, de résister à ce qui nous plaît et à ce qui nous aime. Vous l’avez fait par une vertu austère, qui n’a presque point d’exemple ; mais cette vertu ne s’oppose plus à vos sentiments et j’espère que vous les suivrez malgré vous. – Je sais bien qu’il n’y a rien de plus difficile que ce que j’entreprends, répliqua Mme de Clèves ; je me défie de mes forces au milieu de mes raisons. Ce que je crois devoir à la mémoire de M. de Clèves serait faible s’il n’était soutenu par l’intérêt de mon repos ; et les raisons de mon repos ont besoin d’être soutenues de celles de mon devoir. Mais, quoique je me défie de moi-même, je crois que je ne vaincrai jamais mes scrupules et je n’espère pas aussi de surmonter l’inclination que j’ai pour vous. Elle me rendra malheureuse et je me priverai de votre vue, quelque violence qu’il m’en coûte. Je vous conjure, par tout le pouvoir que j’ai sur vous, de ne chercher aucune occasion de me voir. Je suis dans un état qui me fait des crimes de tout ce qui pourrait être permis dans un autre temps, et la seule bienséance interdit tout commerce entre nous. » M. de Nemours se jeta à ses pieds, et s’abandonna à tous les divers mouvements dont il était agité. Il lui fit voir, et par ses paroles, et par ses pleurs, la plus vive et la plus tendre passion dont un coeur ait jamais été touché. Celui de Mme de Clèves n’était pas insensible et, regardant ce prince avec des yeux un peu grossis par les larmes : – Pourquoi faut-il, s’écria-t-elle, que je vous puisse accuser de la mort de M. de Clèves ? Que n’ai-je commencé à vous connaître depuis que je suis libre, ou pourquoi ne vous ai-je pas connu devant que d’être engagée ? Pourquoi la destinée nous sépare-t-elle par un obstacle si invincible ? – Il n’y a point d’obstacle, madame, reprit M. de Nemours. Vous seule vous opposez à mon bonheur ; vous seule vous imposez une loi que la vertu et la raison ne vous sauraient imposer. – Il est vrai, répliqua-t-elle, que je sacrifie beaucoup à un devoir qui ne subsiste que dans mon imagination. Attendez ce que le temps pourra faire. M. de Clèves ne fait encore que d’expirer, et cet objet funeste est trop proche pour me laisser des vues claires et distinctes. Ayez cependant le plaisir de vous être fait aimer d’une personne qui n’aurait rien aimé, si elle ne vous avait jamais vu ; croyez que les sentiments que j’ai pour vous seront éternels et qu’ils subsisteront également, quoi que je fasse. Adieu, lui dit-elle ; voici une conversation qui me fait honte : rendez-en compte à M. le Vidame ; j’y consens, et je vous en prie. » Elle sortit en disant ces paroles, sans que M. de Nemours pût la retenir.

Éléments d’introduction et contexte :

La Princesse de Clèves :

parut anonymement mais attribué à Mme de La Fayette en 1780


probablement un travail d’écriture commun avec Mme de Sévigné et Laroche Foucaud – considéré comme 1er roman moderne de l’histoire – résumé : L’intrigue se déroule au 16e siècle à la cour d’Henry II (fils de François I°) et raconte l’histoire d’amour malheureuse et impossible entre Mme de Clèves, mariée sans amour au Prince de Clèves, éperdument amoureux d’elle et le Duc de Nemours, un magnifique jeune noble promis à un bel avenir. Tout au long du roman, l’auteur décrit avec finesse les étapes du sentiment amoureux chez les trois personnages, ses effets sur leur comportement et la lutte de la princesse pour ne pas trahir les préceptes maternels et la promesse faite à sa mère sur son lit de mort de ne jamais succomber à ce coupable amour.

Le renoncement au duc : – L’extrait que je vais étudier se situe juste après la mort du Prince de Clèves, décédé de jalousie et de chagrin mais non sans avoir accablé sa femme de reproches. Le Vidame de Chartre, oncle de la jeune femme, a organisé une ultime entrevue entre les deux amoureux.

Les procédés rhétoriques et leur interprétation :

Procédés Interprétations

CL amour « adore », « aime », « sentiment », « inclination », « passion », « aimer », « aimé », « sentiments », « commerce »

Domine tout le texte et concerne aussi bien l’homme que la femme  amour réciproque et intense

Périphrases : « ce qui nous plaît et ce qui nous aime », « un homme qui vous adore et qui est assez heureux pour vous plaire »

Suggèrent habilement la réciprocité de leurs sentiments puisque la première proposition = le Duc et la seconde = la Princesse + « vous adore » = l’amour passionné du Duc et « vous plaire » = l’écho amoureux de la Princesse. Tous deux partagent donc leur inclination

Hyperbole « la plus vive et la plus tendre passion dont un cœur ait jamais été touché »

Résume toute la profondeur et la sincérité de ses sentiments pour la Princesse. Il semble incarner l’amour absolu, tout entier dévoué à l’objet de sa flamme

Hyperbole « qui vous adore » + verbe de parole « s’écria »

le Duc n’hésite pas à témoigner d’une forte intensité dans sa façon de s’exprimer car il sent qu’il vit la dernière entrevue avec la Princesse et ne met aucun voile à ses sentiments.

Questions rhétoriques : « croyez-vous le pouvoir, madame ? », « pensez-vous que… ? »

Il voudrait l’amener à réfléchir à ses dispositions car il croit qu’elle ne se rend pas bien compte de la difficulté de celles-ci.

Anaphore « vous seule »

Pour lui faire prendre conscience de l’absurdité de sa conduite. Personne en effet ne lui impose quoi que ce soit, elle se l’impose toute seule. C’est pourquoi il associe son pronom à des verbes de contrainte, proches dans leur prononciation (paronomase pour mieux marquer son esprit) : « vous opposez » ou « vous imposez »

Gestes théâtraux : « se jeta à Indique sa soumission absolue, souligne qu’il


ses pieds » abandonne tout à cette femme

Périphrases : « ce qui nous plaît et ce qui nous aime », « un homme qui vous adore et qui est assez heureux pour vous plaire »

Ils s’aiment, quoi de plus légitime que de vivre leur amour ?

Connecteur logique d’opposition « mais » + personnification : « cette vertu ne s’oppose plus à vos sentiments »

Le Prince mort, elle est désormais une femme libre, donc la vertu ne peut être entachée d’une histoire avec le Duc. Il le lui rappelle dans l’affirmation plus : « il n’y a plus d’obstacle »…en vain

Interjection initiale : « Hé » Traduit une agitation mêlée de surprise, il ne se contrôle plus

Métaphore hyperbolique : « s’abandonna à tous les divers mouvements dont il était agité »

Traduit son trouble qui devient de plus en fort. Son corps parle à sa place, dans une agitation désespérée.

Parallélisme : « par ses paroles et par ses pleurs »

Suggère que toutes les barrières, même celles de pudeur, sont tombées face à la douleur de perdre celle qu’il aime.

Supplication « je vous conjure », « je vous en prie » + impératif : « attendez ce que le temps pourra faire »

Elle a pris sa décision et celle-ci est irrévocable, mais elle veut atténuer la douleur du duc en lui laissant un mince espoir.

Récurrence du terme « devoir » + terme « bienséance »

Elle n’a pas le choix, elle doit rester fidèle à la mémoire de son époux et à la promesse faite à sa mère. Elle a tout d’une héroïne tragique qui obéit à des forces supérieures qui la dépassent et qu’elle ne maîtrise pas. Elle insiste aussi sur la nécessité intérieure de cette décision : « l’intérêt de mon repos » et lui fait croire qu’une relation avec lui causera sa perte par les personnifications : « elle me rendra malheureuse » et « une conversation qui me fait honte »

Dernier mot de Mme de Clèves « adieu »

Met un terme à son argumentation avec des accents fermes et résolus pour montrer au Duc que sa décision est irrévocable

Hyperbole au futur : « les sentiments que j’ai pour vous seront éternels »

Montre explicitement la réalité et l’intensité de ses sentiments

CL résistance : « tiennent », « résister », « surmonter » associé à l’hyperbole : « il n’y a rien de plus difficile que ce que j’entreprends »

Met en valeur toute la difficulté de sa décision, qui va à l’encontre de ses envies et de ses désirs. Il y a une contradiction presque absurde entre ce qu’elle ressent et ce qu’elle décide

CL sacrifice : « me priverai », « sacrifie », « m’en coûte »

Elle se contraint et elle n’hésite d’ailleurs pas à avouer qu’elle y perd énormément. Il y a une contradiction presque absurde entre ce qu’elle ressent et ce qu’elle décide.

Questions rhétoriques de lamentation : « que n’ai-je commencé à vous connaître depuis que je suis libre ? »

Souligne qu’une rencontre entre une veuve et un homme serait acceptée par la société alors que là, tout le monde connaît leur attirance et pourrait penser qu’ils y ont succombé bien


avant la mort du Prince de Clèves, ce qui jetterait l’opprobre sur la Princesse et sa famille

« ou pourquoi ne vous ai-je pas connu devant que d’être engagée ? »

Rappelle le côté tragique de leur amour car ils se sont rencontrés très peu de temps après que Melle de Chartes soit devenue Mme de Clèves !

« pourquoi la destinée nous sépare-t-elle par un obstacle si invincible ? »

L’allégorie là encore revêt un côté tragique

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