Les stances du Cid de Corneille (1637) Acte I scène VI
Introduction:
Cid: tragicomédie Avant Le Cid, Corneille n’avait écrit que des comédies baroques Ex: L’illusion Comique-1636 ¬ Cid tournant dans sa carrière et lui vaut notoriété dans toute l’Europe. Tragicomédie: Tragédie qui se finit bien mais pas de mélange des genres La tragicomédie est une caractéristique de l’époque Baroque mais n’existe pas à l’antiquité et à la renaissance ni à l’époque classique
Sujet de la pièce: sujet traditionnel de comédie pastorale (= comédie qui met en scène des bergers et des bergères)
Genre pastoral se rencontre au théâtre et dans les romans ( pastoral: jeune homme et jeune femme qui s’aiment mais sans l’accord des parents. Un jeune homme se sent obligé de tuer le père de sa fiancé pour défendre l’honneur de son père)
Le théâtre Cornélien exploite les situations de dilemme Acte I scène VI est le seul monologue de Rodrigue dans la pièce.
Stances: abandon des rimes®dimension lyrique Point commun avec Hamlet( 1600-1601) Influence de Shakespeare
I le monologue délibératif
1°/ L’interruption de la pièce
Action en suspens Cette suspension est caractérisée par l interruption de l’alexandrin « stances » vient du latin « stans » qui signifie se tenir debout immobile®monologue
V 295 « je demeure immobile »
L’alexandrin est un vers noble, tragique, épique. Rodrigue cesse de parler en alexandrin ®faille dans le héros qui a la noblesse des sentiments
Les vers sont désormais en octosyllabes . Oscillation du héros entre: -son devoir tragique(alexandrin) -amour du héros courtois
V 347 « et tout honteux d’avoir tant balancé » La balance penche du côté héroïque puisqu’à la fin des stances on repasse à l’alexandrin
2°/ Structure symbolique des stances
Vers libre= utilisation de 2 ou 3 types de vers en passant de l’un l’autre sans règles particulières Ce type de vers se retrouve dans les Fables de La fontaine
Corneille lui ne passe pas d’un vers à l’autre quand il le veut donc pas vers libre
Scène 6®6 strophes de 10 vers ® 6e vers de chaque strophe a 6 syllabes ®10e vers a 10 syllabes La scène est organisée autour de deux chiffres: le 6 et le 10
Le chiffre 6®création du monde: l’héxaméron®chiffre qui fait passer du virtuel au réel Au départ c’est un ordre virtuel, à la fin il s’est décidé Le chiffre 10®décalogue: les dix commandements, obéissance à la loi. Le 6e est: « tu ne tueras point » Et le 5e est « tu honoreras père et mère » Rodrigue dois obéir à son père et à la femme qu’il aime
V 342 « je dois tout à mon père avant d’obéir à ma maîtresse » Vers en 8, 12, 6, 10 syllabes, il y a une répartition harmonieuse des 4 vers différents 6 et 10 sont la somme des chiffres premiers: 1+2+3=6 et 1+2+3+4=10 Le décasyllabe n’a jamais la césure au milieu mais coupe en 4+6 -organisation des strophes non aléatoires
3°/Structure des rimes et évolution psychologique de Rodrigue
Corneille utilise les trois structures de rimes possibles:-embrassée -suivie -croisées Variété métrique et du système de rimes Toutes les strophes se terminent par la rime « peine-Chimène » Rime constante à la fin de chaque strophe souligne évolution psychologique de R. 1e strophe®points exclamations affront de son père 2e strophe®points interrogations : conflit intérieur celui de + personne V 301 « Que je sens de rudes combats » 3e strophe®plus de ? Mais interrogatives son honneur/possessif « ma peine » celle de R. passage au possessif révélateur R. ne peut être fils d’un homme déshonoré/ Honneur Chimène est atteint Scène coupé en deux: 3 strophes où R. s’interroge et 3 strophes où affirmatives
« il vaut mieux courir au trépas » R. préfère suicide; écho à la première strophe « cède au coup qui me tue » Dans 1e strophe: coup subit passivement; 4e strophe mort est sa décision 5e strophe, R. se reprend, 4 exclamatives®R. s’indigne devant décisions prises à la strophe précédente « N’écoutons plus ce pensé suborneur Qui ne sert qu’à ma peine »®se révolte contre idée du suicide (suborneur= qui détourne du droit chemin) 5e strophe: C. considérée perdue « Ne soyons plus en peine »
Début: constatation éplorée Fin: affirmation Plus de « le » avec « le » le père de C. est une personne; sans il désigne une fonction Au début, Don Gomès et C. sont liés Fin: D. G. n’est pas le père de C. mais l’offenseur
II Le dilemme Cornélien
1°/ La souffrance de Rodrigue
Corneille peint les hommes tels qu ils devraient être ®métamorphose de Rodrigue en héros: pour cela Rodrigue doit surmonter sa souffrance Rodrigue n’est pas un homme vil ni médiocre. En effet, jamais R. ne pense à s’enfuir. R. doit se battre contre l’homme le + redouté militairement alors que lui-même n’a jamais participé à un combat donc forte probabilité de mourir R. ne sera un héros que lorsqu’il fera un sacrifice ®souffrance est exprimée dès le premier vers « percé jusqu’au fond du coeur » Le cœur est l’organe vital càd atteint au + profond de sa vie, ne peut plus vivre Du point de vue symbolique: cœur=amour ®atteint dans son amour Ce qui lui arrive ne peux avoir pour conséquence que la perte de son amour
Lorsque Don Diègue va voir son fils, il lui demande: « Rodrigue a tu du cœur? Comment peux tu douter de ce courage toi qui est
Mon père? » ®atteint dans son honneur D’u/ne a/ttein/te im/pré/vue,// aus/si bien/ que/ mortelle, Mi/sé/ra/ble/ ven/geur/ d’u/ne/ jus/te/ que/relle Est/ mal/heu/reux obj/et //d’u/ne/ in/jus/te/ ri/sueur/ Je/ de/meu/re im/mo/bile //, et/ mon/ â/ma a/bat/tue Cè/de au/ coup/ qui/ le/ tue/
1- 3/3/3/3 2-3/3/3/3 3-4/2/3/3 4-3/3/3/3 5-3/3
Conservation du rythme en 3®donne impression de monotonie, traduit absence de mvt Sonorités: mots riment ensemble: rime intérieur ( vengeur/demeure/rigueur/cœur/offenseur)
R. est d’abord sonné par la demande de son père puis vient la souffrance® présence d’occlusives Ex: « Et mon âme abattue cède au coup qui me tue »
2°/ L ’ expression du dilemme
Alternative avec deux choix mauvais l’un comme l’autre Référence à l’âne de Buridan: L’âne est à une même distance de l’eau que du foin et il a autant soif que faim il n’a donc pas de raison de choisir l’un plus que l’autre
« Misérable vengeur d’une juste querelle, Et malheureux objet d’une injuste rigueur. » Objet: désigne une personne dans langue classique; vengeur et objet désigne donc tous les deux R. Le vengeur est actif ¹objet est passif R. est à la fois le vengeur et la victime de la vengeance Héotontimorouménos(= bourreau de soit même) Antithèse juste/injuste Juste: motif de la vengeance; son père a raison de vouloir sauver son honneur Injuste: victime de la vengeance càd R. V 299-300 « En cet affront mon père est l’offensé, Et l’offenseur le père de Chimène » Offenseur/offensé mon/de Chimène et père/père Chiasme qui renforce les liens entre les termes Souligne l’antithèse offenseur/offensé Affront renvoie à l’idée de devoir qui se trouve en symétrique de Chimène qui renvoie à l’amour Affront=devoir Chimène=amour
« Si/ près/ de/ voir// mon/ feu/ ré/com/pen/sé Ô /dieu//, l’é/tran/ge/ peine! En /cet/ af/front // mon/ pèr/e est/ l’of/fen/sé Et/ l’of/fen/seur// le/ pè/re de/ Chi/mè/ne! » Nouveau rythme: 4/2/4 ou 2/4 Antithèses sont les expressions du dilemme Peuvent s’appuyer sur le parallélisme « Contre mon propre honneur mon amour s’intéresse » mon/mon honneur/amour « venger un père Perdre une maîtresse » père/perdre
Deux mots se ressemblent: paronyme
« L’un m’anime le cœur amour L’autre retient mon bras » instrument du devoir L’un/l’autre anime/retient cœur/bras « ou de, ou de » souligne les deux formes de l’alternative
« Cher et cruel espoir d’une âme généreuse » généreux: noblesse de caractère; être digne de son père
« M’est tu donné pour venger mon honneur? ®anaphore M’est tu donné pour perdre ma Chimène ? »
« Que je meurs au combat « Faut il laisser un affront impuni? Ou que je meurs de tristesse » Faut il punir le père de Chimène? » Abondance d’antithèse ¯ Anaphore+parallélisme+chiasme « J’attire en me vengeant sa haine et sa colère; J’attire ses mépris en ne me vengeant pas » anaphore et chiasme
« Je dois à ma maîtresse aussi bien qu’à mon père » v 322 « Je dois tout à mon père avant qu’à ma maîtresse » v 342 anaphore + antithèse souligné par
chiasme
®dans 4e strophe, R. fait son choix et décide d’aller au suicide; il va aller au duel et se laisser tuer En réalité cette décision favorise la maîtresse. ®dans 6e strophe, R. choisit son père plutôt que Chimène Chiasme à distance exprime renversement de R. « Et tout honteux d’avoir tant balancé » ®R. se reproche ses hésitations continuelles tout au long du texte
Accumulation d’antithèse et autres figures de styles associées®caractéristique du style baroque
Oxymore: « aimable tyrannie » ®prend un sens si l’un des deux termes est au sens figuré; ici tyrannie
3°/Le dédoublement métonymique
3e strophe, R. s’adresse à son épée®personnification Il dégaine son épée et strophe 4 évoque le suicide Amour paternelle/amour pour Chimène®déchirement En dégainant épée, il sort vengeance de lui et la regarde en face; il choisit l’amour ®il extériorise dans l’épée une partie de lui-même fer®remplace l’arme par son métal®métonymie « allons, mon bras » « allons, mon âme »®synecdoques(on remplace le tout par la partie) Incarnent déchirement de R. « bras »®veut se battre:instrument de la vengeance « âme »®expression des sentiments: amour L’âme retient le bras: donc amour retient la vengeance Dans 6e strophe, prise de la décision conciliant amour et devoir
4°/ Duel et psychomachie
Psychomachie: type de texte au Moyen Âge qui oppose dans un combat deux allégories; l’une d’une vice; l’autre de la vertu. Au départ, le vice a le dessus, puis la vertu triomphe. Psychomachie entre guerre et amour prépare duel entre conte et R. « Contre mon propre honneur mon amour s’intéresse » 1e strophe 1e vers renvoie au duel, puis métaphore filée de la mort au combat/duel 2e strophe « de rudes combats » strophe contenant le + d’antithèses®duel intérieur, choc de valeur Structure symétrique: Scène 6: Hors scène Duel intérieur « Percé à mort » mort du comte « rudes combats » rude combat Jeu de miroir: point baroque
III Le triomphe de la raison