POÈME « FEMME SAUVAGE »
Son moi avait accepté ce marché provenant de l’occident, pour nourrir ses besoins de sécurité et d’argent. Elle avait donc pour obtenir cette vie, sacrifié la profondeur de sa vie sauvage, au profit de cette vie responsable et bien sage. Mais à un moment donné, tout s’est orchestré contre son projet. Elle s’est retrouvée par je ne sais quel biais et quelle force décuplée, poussée dans le dos jusqu’au bord d’une falaise escarpée, où la seule issue était de tomber. Elle sentit que cette descente dans cette terre obscure et menaçante allait pourtant être ressourçante ; et ce contre toute attente. Et, elle savait inconsciemment que c’était un chemin que toutes les femmes sur cette planète avaient dû un jour emprunter, pour se connaître et se trouver. Cette plongée dans le monde du dessous était donc son salut tant attendu. C’était son initiation pour sortir de la sécurité de sa raison, pour retrouver ses passions et sa propre inspiration. Elle avait fait un marché de duperies avec elle-même. Et, elle en éprouvait donc un vague dilemme. Elle avait échangé sa vie porteuse d’une connaissance profonde, contre une existence factice dans le brouhaha du monde. Elle avait abandonné ses griffes, sa truffe, ses sens, sa vie sauvage et créative, contre la promesse de richesses furtives. Elle avait abandonné ses territoires de passion pour ressembler à une somnambule et un pion. Elle ne ressentait même plus qu’elle dormait ; et qu’elle était à côté de ses racines et de ses pieds. Elle avait laissé sa vie instinctuelle et naturelle, contre la promesse occidentale de sécurité et d’or, qui ne lui amenait pourtant que du chagrin et des remords. Son pauvre moi avait en fait, cherché une issue facile à sa vie futile ; ce qui ne lui avait donné aucun style.
– Au Nom du Corps- N°3- P 25-