PARCOURS DE VIE
J’ai suivi l’étoile. J’ai cheminé à la fois sur le Camino et dans ma propre matière. J’ai été ce pèlerin, tel le mercure, qui apprend à désapprendre pour se connaître. Et surtout, surtout, là-bas, tout au bout de la terre, à trois jours de marche de Santiago, alors que le soleil s’écroule dans la mer, alors que la lettre que j’avais écrite à mon père, je lui ai pardonné son geste. Je me suis aussi pardonnée. J’ai ouvert ma coquille pour recevoir la lumière. Je suis en réduction de peine. De perpétuité, je suis sortie de ma propre prison au bout de 18 ans. La vie est chouette parce que, lors de mon dernier tronçon, j’ai fait la connaissance de trois jeunes filles espagnoles, trois filles uniques comme moi. Elles m’ont appelé « maman Isa » pendant deux semaines. J’étais à l’origine partie pour cela. J’avais encore de l’amour maternel à donner à un second enfant. Je me suis créé ces brûlures internes, non visibles aux yeux des autres pour qu’enfin je comprenne qu’il faut traverser ses émotions, en parler, écouter ses besoins émotionnels et faire des demandes. J’ai vécu sur la table de soin de l’alchimiste, la lame du couteau planté dans mon dos. Ce couteau avec lequel mon père sans prémonition m’avait symboliquement blessée grièvement. La seconde action qui m’a libérée, c’est ce voyage à pied vers Compostelle. 5 ans au rythme d’une à deux fois par an de marche. Je suis partie de mon nouveau chez moi Toulouse, j’ai franchi les Pyrénées à pied comme d’autres l’ont fait avant moi. J’ai suivi ensuite la route de l’océan. J’ai fait des rencontres humaines extraordinaires, j’ai vu des merveilles de la nature. J’ai traversé symboliquement ma terre noire intérieure, « l’Œuvre au noir », première œuvre de l’alchimie.
– Au Nom du Corps – N°50 – Page 23 –