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rémunéré par une entreprise. Ces appellations ne conviennent pas du tout à ce qu’il fait. Car il ne conseille pas, il questionne et fait surgir chez ses interlocuteurs, les questions pertinentes pour agir. Il ne forme pas, il transmet quelques outils de compréhension et de liberté permettant de ne pas subir les situations. Il n’entraîne pas, il accompagne dirigeants et managers dans la découverte, la formulation, l’affinement de leurs préoccupations et projets professionnels. Il ne supervise pas, il provoque une démultiplication des points de vue qui ouvre le champ des possibles et fait prendre de la hauteur ». La méthodologie d’Eugénie Vegleris est simple : « Mes seuls moyens sont le dialogue et la référence aux penseurs de tous les temps. Je reste convaincue que la philosophie a son efficacité propre et que c’est l’affaiblir que de la mélanger à ce qui n’est pas elle. Je crois que l’engouement pour ce que les
entreprises nomment outils est une façon de détourner de l’acte de penser. »1
Eugénie Vegleris explique donc aux participants les règles du dialogue philosophique qui permet, à l’aide d’un cadre, l’épanouissement de la liberté et de la pensée (clarifier, définir, expliquer, confronter, …). Cela donne un matériel riche qui permet aux participants de conceptualiser, partager, apprendre à penser et à devenir autonome et responsable. A partir de là un travail peut être fait au niveau des relations avec les
collègues. « (…) regarder en face c’est commencer à ne plus subir »2.
Cette approche ramène donc chaque participant à lui-même, ses représentations et son rapport aux autres. E. Vegleris parle d’une efficacité philosophique qui prend source dans l’éveil et le développement de la pensée « qui advient dans l’échange qui ne redoute pas la confrontation parce qu’il cherche la compréhension qui fait avancer ». Cette efficacité se retrouve aussi chez Bernard Benattar qui, à travers des ateliers ou des médiations philosophiques, permet des échanges et des dialogues entres collègues qui n’ont pas forcément les mêmes métiers, les mêmes valeurs et références. Cela apporte cohésion, compréhension, relie, redonne du sens, permet « au dire de tant de
participants, de retrouver le plaisir des idées et d’apprendre à penser ensemble… »3.
Quel intérêt ont ces pratiques pour l’entreprise ? Il est clair qu’il ne faut pas vouloir répondre à cette question en termes de ROI (return on investment) si cher aux managers actuels. Ce n’est jamais une augmentation directe de la productivité ou de la rentabilité qui doit être visée par une approche philosophique, ce n’est pas l’objectif premier. Il s’agit plutôt de redonner du sens, de la responsabilité, des valeurs, à des travailleurs ou employés qui sont démotivés par les conditions de travail. L’objectif du philosophe en entreprise n’est pas le profit, mais l’humain, nous dit François
Housset4, professeur de philosophie et formateur. Il s’agit pour lui de redonner sens au
travail : « Travailler, c’est exister – même à l’usine. Si et seulement si le travail est créateur (utile) : il s’agit de faire quelque chose de soi, et du monde. Mais cela n’est hélas vrai que du travail productif, du travail où j’organise, j’élabore, je contemple le résultat de mon labeur : cela n’est vrai que pour le travail accompli avec conscience.
1 Vegleris Eugénie. Op.cit. 2 Vegleris Eugénie. Op.cit. 3 Benattar Bernard. Op.cit. 4 Housset François. Socrate au travail !? Diotime avril 2009 N°40