Philosophie et management


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Le travail est sain parce que le travailleur sait qu’il est utile : il tire une véritable joie de ses efforts, il travaille consciencieusement, il aime son travail donc le fait bien, et inversement : c’est parce qu’il le fait bien qu’il aime son travail. Or on ne demande pas toujours au travailleur de « bien faire », mais seulement d’agir d’une façon très cadrée, souvent coercitive. Il arrive fréquemment que le travail consciencieux, fait avec un véritable souci de perfection, soit dévalorisé. Alors le travailleur est démobilisé, la dépression le guette. Normal : il n’est plus dans un cadre sain. « On bosse comme des malades » dit-il. Et ici le philosophe est aussi utile que le médecin, parce que le travail a perdu son sens. Le travailleur, considéré comme une ressource humaine, n’existe plus en tant qu’humain. « On travaille pour quoi ? » La question revient à chaque fois. Pour une accumulation pure d’une richesse virtuelle ? L’objectif visé par l’entreprise n’a souvent aucun sens pour l’employé, qui peut considérer ses supérieurs comme des malades mentaux. Le travail sain c’est l’effort utile, la contribution à l’amélioration d’un monde commun. Rien à voir avec les « valeurs » en cours dans le management (…) ». Donc l’apport de la philosophie pour l’entreprise se fait à différents niveaux. Tout d’abord, de manière indirecte : si un manager adopte une attitude et une pratique philosophique, il sera capable de prendre du recul, de se remettre en question, de diriger et développer ses collaborateurs de manière plus humaine. Sa communication sera basée sur le respect. Il sera aussi capable de donner du sens au travail collectif et aux valeurs de l’entreprise qui ne sont souvent que des posters vides de sens pendus aux murs des couloirs et des cafétérias. Enfin, il saura adopter une certaine sérénité face aux difficultés et aux stress de sa fonction. Par ailleurs, tous les collaborateurs de l’entreprise peuvent bénéficier de l’approche du dialogue en apprenant à devenir « soi-même », assumer ses responsabilités et sa motivation, retrouver du sens et communiquer de manière plus authentique. L’approche philosophique peut générer dans une entreprise des valeurs collectives dynamiques et une communication respectueuse. Cela peut sembler bien utopique face aux impératifs de sociétés commerciales soumises aux pressions du marché et de la concurrence. Néanmoins, un employé qui, à travers son travail, trouve du sens, un certain bien-être et des possibilités de réalisation personnelle sera certainement plus utile à l’entreprise qu’un travailleur démotivé qui vient

au travail en traînant les pieds. Reprenons à nouveau F. Housset1 :

Quand un travailleur philosophe, il ne cherche pas à être nécessairement performant : son premier projet est de bien vivre. Mais à long terme, l’entreprise est gagnante : il est plus intéressant de disposer de travailleurs vivants, et même vifs. Un travailleur mort ne rapporte rien. Ajoutons que la question est perverse : se demander ce que rapporte un philosophe, c’est aussi pertinent que de se demander si de bonnes conditions de travail sont rentables : certains montrent que l’ergonomie fait gagner en efficacité, d’autres prétendent que le confort coûte tandis que la souffrance est productive. Une bonne entreprise n’est pas celle qui offre de bonnes conditions de travail parce que ça rapporte, mais parce que c’est humain. La question de l’apport de la philosophie nous ramène donc à des questions d’éthique, à la finalité des entreprises et leurs rôles dans la société. Il s’agit là d’un autre débat.

1 Housset François. Op. cit.

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