Philosophie et management


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Et nous avons vu l’intérêt actuel pour vouloir développer le « savoir être » et l’autonomie des collaborateurs. Or, il se fait que les outils pour y arriver peuvent être les mêmes et cela peut sembler non crédible pour les participants. Ce qui doit changer ce n’est donc pas vraiment les outils, car il en existe beaucoup qui peuvent être très utiles, mais il faut impérativement changer les finalités. Cela passe aussi par l’attitude de celui qui utilise les outils. En effet, si nous prenons, par exemple,

un modèle de personnalité basé sur les travaux de Jung1, ce modèle peut être utilisé

pour développer des valeurs humaines et favoriser les relations dans un sens profitable à l’ensemble des individus et à l’entreprise ou au contraire servir d’outil de manipulation si celui qui l’utilise cherche à tromper les autres ou à satisfaire ses propres envies. Nous en revenons donc à l’éthique. Il est essentiel, à notre avis, que l’utilisation de la philosophie en entreprise balise correctement les finalités et les limites du processus. Les deux approches que nous avons vues ci-dessus (l’approche du dialogue et l’approche conceptuelle) ont un rôle à jouer. La première peut permettre à tous les participants de retrouver le sens du dialogue et la capacité que chacun peut avoir à mieux se connaître et trouver son autonomie relationnelle tout en respectant et comprenant mieux ses collègues. L’autre approche, plus théorique et conceptuelle, destinée aux cadres doit donner les stratégies des entreprises de demain. Il est évident que les axes stratégiques doivent changer ! La crise oblige maintenant les entreprises et les gouvernants à penser en termes de durable, d’humain, de long terme, de générations futures… Ce changement de cap est annoncé par des campagnes comme celle d’Al Gore et le film An Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange) de David

Guggenheim2 ou encore plus récemment le film Home de Yann Arthus-Bertrand.

C’est un nouveau discours prometteur qui se traduira ou non dans une nouvelle économie post-capitaliste dont quelques économistes osent déjà parler depuis quelques années déjà. Christian Arnsperger (professeur à l’Université Catholique de Louvain) nous parle de la profonde mutation idéologique et spirituelle nécessaire pour amener

l’économie vers des finalités humaines et not for profit3. C’est dans ce cadre qu’une

éducation et une formation philosophique seront indispensables et pas seulement dans les entreprises. Conclusion L’entrée de la philosophie dans les entreprises est donc clairement l’illustration d’un changement de mentalité. Ce changement est accéléré et mis en avant par la situation de crise économique actuelle, qui justement se fait sentir dans les entreprises. A côté de cela, nous constatons aussi dans la société humaine, un retour des valeurs humaines, de la philosophie et de l’imaginaire comme outils pour se relier à ces valeurs ancestrales. Différentes facettes de la société humaine convergent donc vers ce retour de l’Humain. Restons donc attentifs aux finalités et participons de cet élan prometteur.

1 Modèle Insights Discovery que nous utilisons personnellement comme outil de connaissance de soi et des autres. 2 Présenté au Festival du film de Sundance et au Festival de Cannes 2006, montre les effets dramatiques du réchauffement climatique. Al Gore, http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Al_Gore&oldid=42869116 (Page consultée le juillet 13, 2009). 3 Arnsperger C. Critique de l’existence capitaliste. Pour une éthique existentielle de l’économie. Cerf, Paris 2005. (Coll. La nuit surveillée) 209p. Et éthique de l’existence post -capitaliste à paraître en 9/2009. Interview dans « L’entreprise et l’Homme » 1/2009)

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