Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 13
Si l’on veut rester sous la barre des 2 °C d’augmentation de température d’ici 2100, il faut que nos émissions se limitent en cumul à 660 Gteq CO2 d’ici 2050. Cela implique que nous devrions laisser sous terre 80 % des ressources fossiles encore non exploitées. Qui peut le croire ? 22
Au rythme actuel, alors qu’elles augmentent globalement de plus de 3 %/an, nous aurons émis ces 660 Gt avant 2035. Dans le système technico-économique actuel, la plupart des experts estiment que l’équation est impossible. Il faut donc se préparer à un réchauffement (et les perturbations qui vont avec) très probablement supérieur à 3 °C avant la fin du siècle … ce qui signifie une grande partie de terres devenues inhabitables et des migrations massives de population.
En 2018, globalement avec 28 % des émissions mondiales de CO2 dues à la combustion d’énergie pour la production d’électricité, celle-ci est le premier secteur émetteur (14 Gt eq CO2 pour 24 000 TWh), car encore à 75 % produite par des énergies fossiles carbonées : 50 % à partir de charbon, 25% de gaz et de pétrole ; et seulement 25 % à partir de renouvelables. Viennent ensuite l’agriculture (20%), l’industrie (19 %) et les transports autonomes (14 %, dont 6% pour les autos, 4% pour les camions, 2% pour les avions, et 2% pour les bateaux). En Chine, la production d’électricité et l’industrie ont une part très supérieure à la moyenne mondiale. Quant au secteur des transports, il contribue plus que la moyenne aux émissions dans l’Union européenne (26 %) et surtout aux États- Unis où l’automobile est reine (34 %).
Les recommandations du GIEC
Le GIEC a publié la conclusion suivante :
quel que soit le niveau et quelle que soit la date auxquels on souhaite stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère il faudra un jour que l’humanité redescende ses émissions à 11 Gteq CO2 par an.
11 Gteq CO2 correspond à ce que la biosphère (principalement les océans) sait absorber en une année (on parle de capacité de recyclage).
Nous sommes 7,3 milliards d’habitants, il faut donc revenir à 1 500 kg eq CO2 par habitant et par an, pas plus ! 23
Ce niveau de 25% des émissions de 2010 (44 Gt eq CO2) n’est pas négociable : tant que nous n’y redescendons pas, les concentrations en CO2 dans l’atmosphère continuent d’augmenter.
Plusieurs pistes s’offrent à nous et à nos décideurs, dans l’ordre décroissant de leurs effets:
la sobriété énergétique
l’efficacité énergétique
les énergies renouvelables
22 La décennie 2001-2010 a été plus chaude de 0,21°C que la décennie 1991-2000 et se situe 0,48°C au-dessus de la moyenne 1961- 1990. Les augmentations prévues à l’horizon d’un siècle varient entre 1,5 et 6°C pour la température moyenne de l’air au niveau du sol; dans l’hypothèse haute où nous émettrions des quantités sans cesse croissantes de gaz à effet de serre pendant ce siècle, ce serait 7°C et 3 m d’augmentation du niveau des océans lorsque le maximum sera atteint après quelques siècles. Même en cas de suppression totale des émissions en 2050, les concentrations en GES – et donc les forçages radiatifs – ne décroîtront que très lentement. Il en résulte que le maximum des températures n’est atteint que bien après que le maximum de concentration en gaz le soit, et les valeurs atteintes en 2100 pour les divers scénarios d’évolution ne représentent que 50 à 90% du maximum absolu à venir ultérieurement.
23 Si nous nous basons sur une population de 9 milliards d’individus en 2050, cela signifie que nous aurons alors le droit d’émettre non plus 1 500 kg mais 1 200 kg eq CO2 par hab et par an, ou encore 16% de ce qu’un Français émet aujourd’hui. Mais ceci ne signifie pas l’arrêt total et absolu de la consommation de gaz ou de pétrole. Simplement, il faut en consommer 6 fois moins.