Quelle électricité en france pour 2035 ar v6 © alain ricaud nov-d


Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 105

Conclusion

Considérant qu’il fallait commencer par se libérer de la dépendance du chauffage au fioul ou électrique, on a décidé d’isoler. Mais là où la mobilisation générale aurait dû être décrétée, la belle transition énergétique a connu un revers cuisant : la Fédération Française du Bâtiment estime à 1% /an en moyenne de 2015 à 2021 le taux d’augmentation des activités de rénovation énergétique des logements anciens. Il fallait rénover pendant 10 ans l’équivalent de 500 000 logements par an en divisant par 4 leur consommation de chauffage à 50 kWh/m².an. On en est au mieux à 350 000 par an, malgré une campagne téléphonique forcenée auprès des propriétaires. Sans méconnaître la précarité énergétique qui frappe certains foyers modestes, il est clair que nous disposons encore de trop d’énergie pas assez chère ! Ce sont donc davantage les méfaits sur le climat que la sobriété qui sonnent la fin de la partie ! Ceci ne peut qu’encourager les partisans du nucléaire peu émetteur de GES à reprendre du service via un nouveau programme.

Certes, en 50 ans le nucléaire civil a accompli les objectifs qui lui étaient fixés : produire du plutonium en quantité pour les applications militaires …, rendre la France plus indépendante de l’OPEC dont les prix du pétrole avaient explosé en 1973, produire une électricité pas chère grâce à un parc nucléaire standardisé. Mais le grand vent de l’Etat providence a tourné. Depuis quelques années, le nucléaire montre ses limites, tant par sa dangerosité en cas d’accident, par l’accumulation de déchets dont on ne sait pas quoi faire, que plus récemment par une perte de savoir-faire et des coûts de production qui ne sont plus compétitifs. Si l’on prend en compte les avantages et les inconvénients des trois scenarii présentés dans cette étude, le scenario A (arrêt des centrales passé 42 ans et non renouvellement du parc), emporte largement notre adhésion car lui reviennent : une consommation intérieure qui baisse de 2,5%/an soit -32% entre 2020 et 2035, ce qui est la meilleure démarche en termes d’efficacité et de sobriété ; le coût d’investissement le plus faible 269 milliards d’euro répartis sur 15 ans dont 106 milliards seulement pour arrêter le parc existant dans de saines conditions ; le cumul de déchets à retraiter le plus faible avec 107 000 m3 et la plus forte production ENR grâce à l’utilisation extensive de la biomasse en appoint si possible dans des centrales à cogénération.

La monoculture énergétique à la française a stérilisé la recherche et bloqué le développement des énergies alternatives depuis qu’elles existent. Notre Etat colbertiste a du mal à concevoir que la problématique de l’énergie se diversifie et échappe au pouvoir central. EDF, ex-bras armé de l’Etat, qui a été farouchement opposé au Photovoltaïque jusqu’en 1995, a compris depuis, que le solaire, non seulement était une industrie du futur, mais qu’il pouvait générer de vrais profits.102 . Nous entrons donc dans un monde où l’énergie se produira sur le lieu de sa consommation avec une grande diversité d’approches. La révolution informatique de bureau nous a montré le chemin; à nous de répondre présents dans cette révolution pour redonner confiance aux générations futures …

En 40 ans, le solaire photovoltaïque a fait les trois-quarts du chemin entre ses débuts modestes et son débouché vers la production d’électricité en complément des sources classiques. Avec le développement enthousiaste des systèmes domestiques connectés au réseau, il franchit cette étape symbolique avec un dynamisme remarquable dans certains pays. En France, le solaire a d’abord besoin de sortir de la confidentialité dans lequel il est longtemps resté enfermé et des préjugés

102 Le 19 Sept 2017, dans un séminaire réservé à la presse, Antoine Cahuzac, patron d’EDF Energies Nouvelles, mit en pièces la ligne officielle, affirmant que l’éolien et le photovoltaïque sont aujourd’hui en Europe aussi compétitifs que le parc nucléaire français ! Face à cette réalité chiffrée, le patron du nouveau nucléaire, Xavier Ursat fut contraint d’avouer qu’EDF n’avait plus l’ambition de faire du nucléaire l’énergie la moins chère du marché, mais seulement moins chère et surtout plus propre que les énergies carbonées.

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