Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 106
négatifs dont il est victime. Il y a donc une urgente nécessité de promotion (auprès des décideurs et du grand public), d’éducation (des nouvelles générations d’ingénieurs et techniciens) et de formation (des bureaux d’études, des architectes et des installateurs). Nous appelons de nos voeux le retour d’un dé ploiement du photovoltaïque marqué par un développement prioritaire rapporté au bâti, en intégration chaque fois que c’est possible, une tarification fortement différenciée entre centrales en plein champ (tarif aligné sur les coûts de production) et intégration au bâti (tarif aligné sur le prix de distribution ou compteur réversible), un stockage différencié entre STEP saisonnières, hebdomadaires et horaires doublé à partir de 2033 d’un stockage électro chimique par quartier au niveau des transformateurs basse tension, si possible à la charge des opérateurs.
Le secteur de l’énergie éolienne en France a pris tardivement de l’importance : en 2018, avec près de 8 000 éoliennes terrestres sur 1 380 parcs, soit plus de 1,5 gigawatt raccordés dans l’année et 15 GW de puissance installée, il couvrait 6 % de la consommation électrique française. La France est ainsi au 4e rang européen pour la production d’électricité éolienne (loin derrière l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni) et au 7e rang mondial. Ce sont les Hauts-de-France et le Grand Est qui produisent le plus. Il faut hélas actuellement six à huit ans pour concrétiser un nouveau projet éolien en France, le double de la moyenne européenne. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) engage le pays à atteindre 35 GW d’éolien terrestre en 2028. Nous avons tenu compte de ces objectifs même s’ils risquent de rester lettre morte si les blocages citoyens et administratifs perdurent.
Quant à l’éolien offshore qui tient toujours les promesses d’une ENR requérant le minimum de stockage, grâce à la force et la constance des vents du grand large, nous avons vu que depuis 15 ans c’est hélas en France un véritable désastre industriel et une gabegie financière. Nous avons néanmoins suivi la PPE en envisageant 5 GW d’éolien offshore à l’horizon 2028 et 10 GW en 2035.
Nous avons vu que le stockage par STEP a en France un potentiel limité à 15 GW. Dès qu’il sera atteint par EDF ou tout autre opérateur qui en aurait saisi l’intérêt (dans tous nos scenarii, vers 2033), il faudra envisager la mise en oeuvre de stockage électrochimique par batteries, tant statique chez les particuliers ou par quartier, que mobile par l’utilisation éventuelle du surplus des batteries automobiles qui transportent l’énergie solaire du bureau à la maison, en attendant la mise en œuvre du « power to gaz to power » qui devrait pouvoir devenir une réalité industrielle au-delà de 2035.
Enfin, il nous reste à élaborer un nouveau récit positif et mobilisateur qui vienne se substituer au récit d’après guerre du confort matériel, de la croissance et de l’individualisme qui habite encore toutes nos politiques. Avec une véritable attirance pour tout ce qui caractérise le nouveau paradigme par rapport à l’ancien : moins de biens, de voitures, de vols en avion, de pollution, moins de béton, de goudron, de plastic, de machines, de produits encombrants et inutiles, d’énergies gâchées, de produits jetés, de course contre le temps, de calculs de rentabilité, de comportements égoïstes … Plus de sens, d’objectifs intelligents, de vie collective, d’initiatives et de responsabilités, particulièrement pour les salariés dans les entreprises … Plus de temps, plus de liens affectifs dans nos familles, d’amitié dans notre entourage, et de solidarité avec ceux qui sont aux périphéries. Ce récit est déjà en construction. A nous tous de le faire connaître en le vivant au quotidien.
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