Quelle électricité en france pour 2035 ar v6 © alain ricaud nov-d


Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 15

en considération les enjeux historiques entre nations (colonisation, extractivisme) pour affirmer en retour le droit au développement, a été peu à peu remis en que stion par l’émergence des BRICs et la puissance de la Chine. Les Etats développés se sont engouffrés dans cette brèche pour relativiser leur responsabilité. Les enjeux relatifs à la vulnérabilité des territoires (petits pays insulaires, territoires enclavés..) ou des populations (Asie, Amérique latine, Afrique..) sont sous- estimés. Aujourd’hui la solidarité multilatérale prend essentiellement la forme d’un abondement du Fonds vert (100 milliards de dollars en 2020) destiné à l’adaptation au changement clima tique. C’est peu, beaucoup trop peu face à la complexité des désordres, aux inégalités de destins, aux insécurités économiques et sociales que génère la nouvelle situation climatique.

Espoir

L’espoir existe pourtant que le processus des COP se relance. On peut compter sur les pays les plus menacés, dont la survie est déjà en jeu et qui pourraient convaincre l’Europe de reprendre l’initiative et de revenir un allié actif. Surtout, les COP sont un espace hybride dans lequel les citoyens ont droit de cité, même si la décision leur échappe encore. Elles sont progressivement devenues un lieu de discussion ouvert aux ONG, et à l’ensemble des composantes de la société (peuples indigènes, organisations féministes, migrants, think tanks, syndicats, citoyens engagés..). Cette relative porosité entre les citoyens, la société civile et les parties prenantes était déjà illustrée par le préambule de l’accord de Paris. Celui -ci affirmait en effet que « les parties prenantes devraient respecter les obligations concernant le s droits de l’homme, le droit à la santé, les droits des peuples autochtones, des communautés locales, des migrants, des enfants, des personnes handicapées et des personnes en situation vulnérables et le droit au développement ainsi que l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et l’équité entre les générations ». L’universalité était ainsi associée très clairement à la reconnaissance de la diversité des situations et des personnes. Et la question climatique ouvrait sur celle des droits humains.

Un « défi existentiel »

L’Accord de Paris n’en tirait pas de conséquences opérationnelles. Mais continûment depuis, et surtout à compter de la COP24 à Katowice avec l’alerte de Greta Thunberg puis les mobilisations dans le monde, la question de la place à donn er aux interactions entre négociations climatiques et droits de l’homme a pris de l’importance. En juin 2019 Philip Alston, rapporteur du Haut Comité des droits de l’homme des Nations Unies pointait le risque d’un « apartheid climatique » affirmant que « les droits menacés n’étaient pas les seuls droit à la vie, à l’eau, à la santé et à un logement décent mais aussi la démocratie et l’Etat de droit et de nombreux droits civils et politiques ». La réalité de plus en plus perceptible du changement climatique transforme celui-ci en « défi existentiel » selon les termes d’Esther Loiseleur, membre du réseau français des étudiants pour le développement durable, rappelant que dès 2005 les Inuits avaient ainsi mené un combat juridique à l’époque sans issue pour le droit au froid. L’économie et la culture locale des Inuits dépendant du froid et de la glace, le réchauffement planétaire constituait en effet une négation de leurs droits sanitaires, culturels, sociaux.

Plus encore, les désordres que le dérèglement climat ique crée déjà, et qui vont s’amplifier, pourraient servir de prétexte à la remise en cause des droits démocratiques. Il est temps d’en prendre conscience et d’agir. Ce n’est qu’en donnant aux droits humains une vraie place dans ces négociations et en réac tivant la justice climatique qu’on permettra à nos démocraties de survivre.

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