Quelle électricité en france pour 2035 ar v6 © alain ricaud nov-d


Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 5

Introduction

L’utilisation massive des énergies fossiles et fissiles, même si elle a envahi tout le champ de l’activité des hommes d’aujourd’hui, reste un épiphénomène à l’échelle de l’histoire humaine; elle apparaît à travers deux petits pics, l’un au cours du 19è siècle avec le charbon et la découverte des machines à vapeur, l’autre au 20è siècle avec le pétrole pour les moteurs, le gaz pour le chauffage le charbon et le nucléaire pour l’électricité. Par leur faible coût, leur grande disponibilité, et la poussée démographie qui les accompagne, elles auront été la cause de la modification profonde de l’empreinte des humains sur la planète en une période très courte de 150 ans 2. L’argument des limites de leur disponibilité dans le temps (le fameux Pic de Hubert 3) ayant trouvé quelque accommodement avec la découverte des sources non-conventionnelles 4, c’est la révélation concrète des méfaits redoutables sur le climat de l’usage des fossiles carbonées qui vient sonner la fin de la partie.

Pendant cette courte période, les techniques employées pour transformer l’énergie thermique en énergie plus noble (mécanique ou électrique), ont utilisé le vieux principe du piston-bielle-manivelle (machine à vapeur ou moteur à explosion) ou la turbine. Avec l’avènement de la production directe d’électricité (solaire, éolien, hydraulien) initiée dès les années 80, ce début de XXIème siècle connaît une véritable révolution technique et sociétale sous-estimée par nos décideurs.

Pour se placer dans le contexte du gaspillage énergétique actuel, nous commençons par un rapide survol des productions et des consommations d’énergie en France par source et par application, avec une insistance particulière sur leurs rendements d’utilisation, mentionnant chaque fois leurs taux d’émissions de GES (gaz à effet de serre). Nous regardons ensuite comment s’est déroulée la transition énergétique depuis 2001 sous les incitations des directives de l’Union Européenne et l’avalanche des lois nationales d’orientation, décrets, arrêtés et autres circulaires, souvent obsolètes avant même d’entrer en vigueur…

La part de l’électricité comme vecteur d’énergie ne cessant d’augmenter partout dans le monde et plus particulièrement en France, c’est ce secteur qui fait l’objet principal de ce document. Même si chez nous, sa production n’est que très peu émettrice de gaz à effet de serre (GES), ce n’est pas le cas dans le reste du monde. Notre propos est de réfléchir à la façon de la consommer avec sobriété et de la produire tant en termes de durabilité, de sécurité que d’efficacité. Mais il faut qu’elle advienne bien avant que nous ayons épuisé toutes nos ressources fossiles dont le taux d’extraction prohibitif 5 est la cause principale de la saturation des capacités d’absorption des GES par la biosphère.

2 Voir Claude LORIUS, Laurent CARPENTIER, Voyage dans l’Anthropocène, Arles, Actes Sud, 2011. Voir aussi le film « L’anthropocène, l’époque humaine », Canada (2018) réalisé par Jennifer Baichwal et Nicholas de Pencier.

3 En 1956, King Hubbert, géologue à la société Shell publia un article peu remarqué « Nuclear energy and the fossil fuels »: il y affirmait que la production pétrolière des USA allait croître jusqu’à 1970, puis décliner inexorablement ensuite, ce qui s’est vérifié. Le pic de Hubert se définit comme le maximum-maximorum de la production de pétrole : il est obtenu lorsqu’environ la moitié de la réserve est extraite. Le pic mondial des ressources conventionnelles est passé en 2007-2008.

4 Les réserves prouvées de pétrole sont aujourd’hui généralement estimées à 1 000 milliards de barils. Les réserves ultimes (passées, présentes et futures) récupérables, tenant compte des sources non conventionnelles sont estimées à 2 300 milliards de barils par l’USGS (United States Geological Survey). On a donc consommé 1 300 milliards de barils en 150 ans et il nous en reste pour 30 ans.

5 Sachant que la combustion d’une tonne de pétrole émet 3,45 teq CO2 de gaz à effets de serre (GES) dans l’atmosphère, et qu’un baril contient 138 kg de pétrole, le cumul des émissions de gaz à effets de serre de nature anthropique juste lié au pétrole est de 620 milliards teq CO2. Si ce pétrole avait été consommé de façon modérée et constante sur toute la période, la planète qui ne peut « absorber » que 11 milliards teq CO2 par an, aurait pu encaisser ces émissions sans perturbation majeure. Le fait inquiétant, c’est que la consommation de

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