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Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 24

Faible coût du combustible :

D’après la cour des comptes, le coût du combustible (l’uranium) et du traitement de ses déchets ne représenterait que 16 % du coût de production total, l’uranium naturel n’entrant que pour une faible part (5 à 7%) 33. Ce faible pourcentage a permis de dire que le coût de production du nucléaire est insensible aux fluctuations des cours internationaux de l’uranium. Le coût de l’importation d’uranium ne représenterait pour la France qu’entre 0,5 et 1 Md euro environ par an, contre 60 Md euro pour l’importation annuelle d’énergies fossiles. Mais au début des années 2000, le prix du kg d’uranium est quand même passé de 20 à 300 dollars !… et ses cours pourraient encore augmenter.

Standardisation :

Marcel Boiteux, patron d’EDF de 1967 à 1987, principal protagoniste de la mise en oeuvre du programme nucléaire français aimait dire : « bâti autour de quelques idées clé : massivité (57 réacteurs bâtis en moins de 20 ans), standardisation (identiques et répartis en paliers de puissance homogène), rapidité (rythme exceptionnel de 6 tranches par an), homogénéité du trépied formé par l’ASN, EDF et ses fournisseurs industriels : COGEMA pour le combustible, FRAMATOME pour les chaudières, ALSTHOM pour les machines tournantes » ; ce fut un véritable plan Marshall. Le contre-exemple actuel de Flamanville – et son miroir finlandais, tout aussi désastreux, à Olkiluoto – rappelle que, pour en maîtriser les coûts, les réacteurs nucléaires doivent être construits en série avec une connaissance intime du tissu industriel national (comme Michel Hug, le directeur de l’équipement de l’époque, avait su l’imposer). C’est l’un des facteurs majeurs du succès du programme électronucléaire français des années 1970-1980, que l’on retrouve dans le programme nucléaire chinois contemporain34.

Faiblesses

Au plan fondamental:

Un réacteur nucléaire n’est rien d’autre qu’une grosse bouilloire produisant de la vapeur d’eau et dont le rendement de Carnot n’est que de 34 % sans compter les pertes en ligne. Toutes ses filières (graphite-gaz, eau bouillante, eau pressurisée…) sont donc dérivées des principes de la machine à vapeur du XVIIIe siècle. À l’époque où ils ont été conçus, nous étions encore dans le rêve prométhéen de l’énergie illimitée (on disait d’un gramme d’uranium qu’il représentait plusieurs dizaines de kg de pétrole, et ça nous faisait rêver). Compte tenu de sa dangerosité, on n’a pas osé augmenter ce faible rendement par de la cogénération (en y associant des réseaux de chaleur pour chauffer nos villes). En outre, il n’était alors pas question de lutte contre l’effet de serre, puisque celui-ci n’était pas encore reconnu comme un danger. En quarante ans, l’homme a montré que d’autres sources d’énergie que celles issues du feu (carboné ou nucléaire) pouvaient être « dé-carbonées » et mises en place dans un temps relativement court : la fabrication d’électricité en direct par des renouvelables comme la grande hydraulique, puis l’éolien, le solaire photovoltaïque et l’hydrolien, ont toutes au moins cette vertu, et des vertus plus belles encore sur le plan sociétal pour le solaire décentralisé.

33 Source : audit Cour des Comptes Jan 2012

34 La China General Nuclear Power Corporation n’a construit que deux EPR, mis en service en 2018 et 2019 – les seuls au monde à ce jour. Mais neuf réacteurs ont été activés en Chine sur la même période, et six autres sont en construction.

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