Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 26
Au plan du secret et de la communication:
Les années 70 ont été marquées par une chape de plomb sur le sujet du nucléaire civil tant ses acteurs étaient liés à la grande épopée gaullienne du nucléaire militaire39. Quand la CFDT a sorti son fameux ouvrage (extrêmement bien documenté puisqu’écrit par les acteurs des centrales) comme le dit Bernard Laponche avec humour, on les a sommés de se taire en leur disant que « tout ceci doit rester entre nous, n’être communiqué, ni aux journalistes, ni aux politiques, ni… aux bonnes sœurs ». Cependant, à l’époque, régnait encore sur le sujet, une hiérarchie de la compétence, et nos centrales ont été conçues et opérées par des entreprises nationalisées qui avaient le souci de la sécurité avant celui de la rentabilité. Avec les années 80, le nucléaire qui ne nous posait pas trop de problèmes, s’est peu à peu banalisé auprès du grand public et des organismes indépendants ont vu le jour (CRIRAD), donnant naissance à des sources d’informations de plus en plus transparentes (IRSN, ASN…). En même temps qu’avait lieu cette évolution positive, nos représentants politiques n’ont fait aucun effort pour comprendre les implications sociétales du choix du nucléaire, et celui-ci leur apparaît maintenant comme une source d’énergie irremplaçable, au mieux comme un mal nécessaire pour les plus avertis d’entre eux.
Au plan de l’indépendance énergétique:
Le nucléaire dépend d’une ressource l’Uranium naturel dont l’horizon d’utilisation est d’une centaine d’années. Les ressources d’uranium se trouvent toutes à l’étranger, en grande partie au Niger, qui depuis peu, n’est plus le jardin de la France où on pouvait y imposer nos conditions. En outre, peu de nos décideurs savent que l’indépendance énergétique de la France comptée en énergie finale n’était encore en 2018 que de 14 % (5,1 % bois énergie ; 2,1 % agro-carburants ; 3,7 % hydraulique ; 3,1 % éolien et solaire), et non pas de 50 % comme certains politiques, suivis sans validation par les journalistes, le répètent depuis 30 ans !
Au plan du traitement des déchets sur le long terme:
Le maintien du nucléaire ne va pas sans une augmentation importante du cumul des déchets. Chaque réacteur contient quelque 500 kg d’Uranium , et produit en moyenne 220 m3 de déchets par an40 soit 14 000 m3 fin 2018. Entre les piscines de désactivation d’EDF (une par réacteur) et celles de stockage d’AREVA ce sont environ 14 000 tonnes de combustible en attente de retraitement. La Hague dispose aussi de 26 000 tonnes issues du retraitement. Outre le fait que le centre de retraitement de La Hague est devenu la poubelle du monde, malgré la loi Bataille de 1993, nous avons toujours un problème de localisation de nos déchets à longue durée de vie (le site de Bure dans la Marne est en train de devenir une zone à défendre). D’après l’ANDRA, plus de 1,6 millions m3 de déchets radioactifs s’accumulent sur le territoire français, dont 59 % sont directement issus des centrales nucléaires et des activités de l’industrie électronucléaire, et le stock de déchets atteindra 4,8 millions m3 après 50 années d’exploitation des 58 réacteurs actuels.
39 La stratégie de la dissuasion a été maintenue alors que des voix crédibles s’élèvent pour dire qu’elle ne correspond plus au contexte géo- politique actuel. Lire à ce sujet le livre de Paul QUILÈS, ancien ministre de la Défense, et le général Bernard NORLAIN, Nucléaire, un mensonge français. Sans compter la très forte déclaration du pape François à Nagasaki le 24 Novembre 2019.
40 Source ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs). Indépendante depuis 1991, l’ANDRA dispose de trois grands centres de stockage : La Hague (Manche), Soulaine-Dhuys et Morvilliers (Aube).