Quelle électricité en france pour 2035 ar v6 © alain ricaud nov-d


Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 27

Au plan de la propriété des centrales :

Il faut souligner ici le fait que la course à la compétitivité ainsi que le fait de privilégier le critère rentabilité a conduit l’opérateur EDF à mettre en place beaucoup de sous-traitance mal payée dans les parties les plus critiques des réacteurs. Ceci ne peut qu’augmenter les risques liés au facteur humain (cf. les protestations d’ouvriers sous-traitants syndiqués à la CGT, syndicat qu’on ne peut pas accuser d’être anti-nucléaire). Dans la folie de la dérégulation et des amitiés présidentielles, nous avons jusqu’à présent échappé à la vente de notre parc nucléaire à Bouygues ou à Vinci, mais jusqu’à quand ? Imaginons ce que deviendrait le rapport coût/sécurité dans un tel scénario.

Au plan des coûts:

Le coût officiel annoncé par EDF est imperturbablement le même depuis 15 ans : entre 35 et 45 €/MWh à partir des centrales existantes. Il s’agit d’un coût direct pour l’opérateur. À notre connaissance, ce coût n’inclut pas le coût de la gestion longue des déchets et du démantèlement – car inconnu en grande partie 41. En outre, en cas d’accident, ce ne sont pas les assurances mais l’État qui prend en charge le coût sanitaire et social 42. À cause des sécurités supplémentaires que devront incorporer les nouvelles générations, le coût direct ne peut qu’augmenter (il est désormais estimé par la commission du Sénat à 84 €/MWh)43, en même temps que le coût des renouvelables ne peut que diminuer (en France, le solaire photovoltaïque en plein champs est déjà à moins de 60 €/MWh et l’éolien terrestre à 45 €/MWh).

Au plan de notre activité économique:

Fer de lance des potentielles exportations à la française, les centrales nucléaires ne peuvent être construites que dans les pays ayant à la fois la culture technologique et la stabilité politique. De plus les pouvoirs politiques des pays exportateurs, signataires du Traité de Non Prolifération Nucléaire, estiment que ces pays ne doivent avoir aucune tentation de développer des armes nucléaires. Il y a 435 réacteurs en service aujourd’hui dans le monde produisant moins de 2 % de l’énergie finale mondiale. Les plus optimistes prévoyaient encore en mars 2011 au moins 250 réacteurs supplémentaires à construire dans les 20 prochaines années dont 35 nouvelles centrales (100 réacteurs) rien qu’en Chine. La catastrophe de Fukushima a singulièrement obscurci l’horizon d’EDF pour qui l’ambition internationale est ébranlée, aussi bien d’ailleurs que pour AREVA dont on a récemment découvert les pertes pharaoniques qui bien sûr devront une fois de plus être compensées via EDF par l’État, c’est-à-dire le contribuable.

41 Les comptes d’Areva et d’EDF comprennent des provisions pour financer le démantèlement (provisions déconstruction), le retraitement et les déchets (aval du cycle), et la provision pour derniers cœurs (combustible dans le réacteur au moment de l’arrêt). Mais les montants et les actifs dédiés correspondants sont très discutables, puisque celui de la centrale de Brénilis en Bretagne par exemple, a été multiplié par quatre en dix ans.

42 Un coût global estimé par l’IRSN à 120 milliards d’euros (fourchette de 50 à 430 milliards d’euros, soit entre 2 % et 21 % du PIB français).

43 Sachant que la commission parlementaire a également pointé « un certain nombre d’incertitudes » et a souligné sa « préoccupation » quant à l’évolution de la filière.

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