Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 29
Les régions d’Auvergne-Rhône-Alpes, du Grand Est et du Centre Val-de-Loire produisent à elles seules plus de 60% de notre électricité d’origine nucléaire. Comme le montre le Tableau 2, les réacteurs sont répartis sur 19 sites, tous exploités par EDF. Il est à noter qu’un réacteur d’une puissance de 900 MW fournit annuellement 5 800 GWh. Cette production permet de distribuer de l’électricité à près de 800 000 foyers pour leur consommation.
Risques techniques
Au chapitre des risques techniques, depuis 2011, le monde n’a heureusement pas connu de nouvelle catastrophe de l’ampleur de celle de Fukushima. Toutefois, loin de répondre à sa promesse de fournir massivement l’électricité décarbonée dont le monde a besoin, à part quelques pays (Chine, Russie, Corée), le nucléaire est en déclin. En France, il est en crise profonde : entre aventures ruineuses à l’étranger (Amérique du Sud, British Electricity, Hinkley Point…), faillite de fait des acteurs industriels, perte durable de compétitivité, problèmes majeurs de qualité et découverte de falsifications graves, la sûreté des installations nucléaires vieillissantes n’a peut-être jamais été autant sujette à caution.
D’après Thierry Gadault et Hugues Demeude45 qui ont mené une enquête détaillée sur chacune de nos centrales, la situation de 10 de nos 19 centrales nucléaires est préoccupante. De nombreux réacteurs ont mal vieilli (Gravelines, Bugey, Tricastin), soit au niveau de la cuve, soit au niveau de l’enceinte. 48 réacteurs sur 58 auront atteint en 2028 le seuil critique des 40 ans de fonctionnement. L’autorisation de mise en service des réacteurs est renouvelée tous les dix ans par l’ASN après une visite approfondie. La quatrième visite décennale a commencé au Tricastin (4 réacteurs) et se poursuivra au Bugey (4 réacteurs), et ensuite à Fessenheim (2 réacteurs).
Durée de vie et renouvellement
La barrière des 40 ans est une limite physique fixée par FRAMATOME lors de la construction du parc. En effet la durée de vie d’un réacteur est intimement liée au vieillissement de l’acier des cuves. Celui-ci a tendance à fluer sous l’effet du flux neutronique et des rayonnements ionisants. La température de casse de l’acier (la transition dite ductile-fragile) est normalement de -20°C. Au cours des 10 premières années d’exploitation, la température de casse va passer de -20°C à +30°C, et au cours des 30 années suivantes elle atteindra + 60°C. Ce qui impose de préchauffer les cuves au-delà de cette température lors d’un redémarrage à l’issue d’un arrêt de tranche.
Dans le cadre de la transition écologique, l’État prévoit de ne fermer que 14 réacteurs nucléaires d’ici 2035. D’après leur ancienneté, il s’agirait des réacteurs des centrales de Fessenheim, Le Bugey, Tricastin et Gravelines. Ce qui signifie que les 45 réacteurs restants auront un âge moyen de 45 ans à cette époque, les plus anciens (Dampierre, Le Blayais, Saint Laurent ayant alors plus de 50 ans) et il n’en restera que 7 qui auront moins de 40 ans. Financièrement exsangue, incapable d’investir dans de nouveaux outils de production, EDF manœuvre pour imposer le prolongement de ses centrales au-delà du raisonnable. Une étude réalisée en interne en 2014 prétend que 14 réacteurs sur 34 peuvent aller jusqu’à 50 ans sans dépasser le niveau limite de fluence déterminé par Framatome.
45 Nucléaire, danger immédiat, et ça se passera près de chez vous, Flammarion Enquête, Fev 2018