Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 32
En revanche, pour la construction de nouveaux réacteurs, le taux d’actualisation correspond aux modes et capacités de financement ainsi qu’à la politique d’investissement de l’entreprise. Les va leurs varient suivant les entreprises et sont plutôt de l’ordre de 8%. Compte tenu de l’importance des capitaux nécessaires pour construire un réacteur nucléaire, ce taux joue un rôle clé dans l’économie du nucléaire.
En France, le coût de production du kWh (0,064 €) ne représente que 40% du prix final TTC payé par le particulier pour ce kWh (0,165 €) . Le reste correspond aux frais des réseaux de transport et de distribution pour 35% et aux taxes pour 25%.
Coût du grand carénage
Ce qu’EDF dénomme le grand carénage n’est en réalité que la maintenance et la mise aux normes de sécurité des centrales existantes. Le coût envisagé est en moyenne de l’ordre de 1 Md€ par réacteur, soit près de 60 Md€ pour l’ensemble du parc. On en est donc à 116 Md€ pour l’ensemble du parc sans compter le coût du démantèlement des centrales arrivées en limite d’âge.47
En cas d’attaque terroriste, l’épaisseur actuelle du mur des piscines de refroidissement des combustibles irradiés (30 cm) n’empêcherait pas une bombe de creuser un trou de plusieurs mètres, vidant les piscines de leur contenu radio-actif. Selon Yves Marignac 48, le renforcement des piscines du parc en exploitation coûterait 1 Md€ par piscine, un montant astronomique qu’EDF ne peut même pas envisager.
Chiffre d’affaire, endettement d’EDF et capacités de financement
En 2018, le groupe EDF faisait un CA de 69 Md € et avait un endettement du même ordre (63 Md €). Et l’on vient de voir qu’il faut trouver 116 milliards € dans le court terme et encore le même montant sur le plus long terme. Bien que les taux d’emprunt soient aujourd’hui extrêmement favorables, qui va prêter de tels montants à une entreprise dont l’endettement est de l’ordre de son CA, et dont la capacité d’autofinancement se réduit en même temps que ses marges ?
Parce que le complexe nucléaire français est aujourd’hui en quasi-faillite – notamment en raison de la mauvaise gestion par l’Etat actionnaire des deux principales entreprises publique (EDF et AREVA), et parce que nous avons trop attendu pour lancer un programme de stockages pour assister les énergies renouvelables dans leur variabilité, le piège est en train de se refermer .
L’EPR de Flamanville
D’une puissance nominale de 1 650 MW, l’EPR a été conçu dans les années 90 par FRAMATOME (devenu AREVA49) et Siemens. Les attentats du 11 sept 2001 ont été pris en compte lors de la construction du bâtiment réacteur et celui de la piscine : le bâtiment bénéficie d’une coque anti- avion et les sécurités sont partout renforcées. L’innovation de sûreté la plus emblématique et l’ajout dans le cœur du réacteur d’un « cendrier à corium ». Ce dispositif est supposé garantir qu’en cas de fusion des éléments combustibles, la masse des éléments en fusion, le corium, reste dans l’enceinte
47 Ce montant est très discuté car, à part aux USA, très peu de réacteurs nucléaires de type REP ont été démantelés dans le monde
48 Directeur du cabinet Wise Paris et co-auteur du rapport de Greenpeace.
49 En Sept 2001, COGEMA et FRAMATOME fusionnent pour donner naissance à AREVA, une entreprise à 87% contrôlée par l’Etat, dont Anne Lauvergeon devient présidente du directoire, qui se rendra tristement célèbre avec l’affaire URAMIN.