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Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 6

Nous sommes donc dans une course contre la montre jusqu’en 2050 avec plusieurs solutions qui s’offrent à nous. Après 20 années perdues en procrastination, notre gouvernement réfléchit enfin à la stratégie énergétique du pays qu’il n’aurait jamais dû abandonner : elle va du prolongement de notre parc nucléaire vieillissant (EDF), à son renouvellement (JM Jancovici), et à l’utilisation systématique des énergies renouvelables pour la production d’électricité (négaWatt).

Mais les sources auxquelles on pense en premier – éolien, solaire photovoltaïque et hydraulique – ont le défaut majeur d’être variables, du moins pour la première, la seconde étant aussi variable mais plus prévisible, et la troisième nécessitant des aménagements nouveaux non programmés. Avec un parc probable de 20 GW d’éolien et de 10 GW de PV à fin 2020, la France pourrait produire 54 TWh d’électricité no uvelle renouvelable dès l’an prochain – plus que la production actuelle des centrales thermiques de pointe, et proche de la production de la grande hydraulique, soit 11 % de notre consommation d’électricité. L’absorption par le réseau de leur variabilité est encore possible à ce stade, mais ne disposant que d’un parc de 5 GWc de stockage gravitaire par STEP 6, dans l’hypothèse où il faut environ 1 GWc de stockage pour 10 GWc de sources variables, se pose sur ce point la nécessaire extension progressive de ce parc à une capacité de 15 GWc dans les Alpes et dans les Pyrénées dans un délai de 15 ans.

Contrairement aux centrales nucléaires qui assurent « la base », les sources dites « de pointe » sont utilisées pour faire face aux pics de consommation (voir les diagrammes en temps réel sur le site de RTE). Ce sont pour la « mi-base » les barrages hydroélectriques et pour « les pointes » les centrales thermiques (à gaz principalement), et les STEP (lacs à 2 niveaux), rapides au démarrage, donc très réactives en cas de besoin. À partir de 2005, la production thermique s’est sensiblement réduite pour n’être plus alimentée que par du gaz en 2020. La production hydroélectrique quant à elle, a peu varié depuis 1973 (60 TWh). Jusqu’à présent la hausse française de la demande en électricité a principalement été dictée par un nucléaire surabondant (de 1990 à 2005), mais depuis 15 ans en constante décroissance notamment pour des raisons de sécurité et de maintenance. Le déploiement accéléré des ENR (depuis 2005 en forte croissance) qui n’ont malheureusement pas le privilège d’être « pilotables », étant néanmoins inéluctable, il nous faut trouver des moyens de délestage, de gestion des réseaux et de stockage efficace et non carboné.

Connaissant la durée de vie théorique de nos centrales nucléaires, leurs fragilités spécifiques, les coûts de leur mise à niveau ou du prolongement de leur durée de vie, on tâche d’évaluer pour la France, à travers trois scenarii contrastés, vers quel bouquet de production électrique il est encore possible de s’ orienter pour 2035. Dans ce but, nous montrons les effets considérables que pourraient avoir la sobriété et l’efficacité si elles étaient considérées comme prioritaires par l’Etat et les collectivités. Puis, nous analysons la situation du parc nucléaire français et son évolution éventuelle ; nous dévoilons les percées du solaire photovoltaïque et de l’éolien, les avantages du délestage et des réseaux intelligents, ainsi que les potentiels du stockage de l’électricité par voie gravitaire et électrochimique. En fonction des avantages et des nuisances des techniques retenues, des capacités nouvelles à installer, des investissements requis, des coûts de production et délais prévisionnels, on esquisse la structure du bouquet qui pourrait constituer la production optimale d’électricité en France entre 2020 et 2035.

pétrole est désormais à 36 milliards de barils/an et qu’elle ne cesse d’augmenter. C’est 17 milliards teq CO2 que nous rejetons maintenant chaque année dans l’atmosphère, juste par la combustion du pétrole.

6 Stockage par transfert d’énergie potentielle entre deux lacs d’altitude différente.

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