Quelle électricité en france pour 2035 ar v6 © alain ricaud nov-d


Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 34

Tableau 6: Coût total prévisionnel d e l’EPR incluant réparation cuve, déchets et démantèlement (€/MWh)

L’ampleur et la récurrence de ce comportement dérogatoire à certaines règles de sûreté se traduisent en fait dans l’exploitation des pièces équipant tous les autres réacteurs en fonctionnement. Quand l’ASN rend public en mai 2016 l’existence d’irrégularités au Creusot, l’autorité parle alors de 50 pièces concernées. Un mois plus tard, elle évoque 80 cas répartis dans 12 centrales sur 19 et touchant 21 réacteurs sur 58. En Sept 2017, à la demande de l’ASN, quand EDF fait le point sur l’ensemble des dossiers de fabrication de Creusot Forge, le nombre de cas passe à 600 irrégularités concernant 309 composants ! Une question s’impose alors : la fameuse culture de sûreté dont ne cesse de se gargariser l’industrie nucléaire française cacherait-elle une culture de la fraude et de la dissimulation ?

Voyons ce qu’en disent deux éditoriaux de tendances opposées, parus dans Le Monde du 24 Novembre 2019: l’un parle d’un secteur dans l’impasse, d e déroute financière et de compétitivité dégradée, l’autre se lamente de l’a bandon probable de la filière française en nous rappelant l’épopée glorieuse des pères fondateurs de notre programme nucléaire unique au monde …

Nucléaire français : un secteur dans l’impasse 55

Le rapport de Jean-Martin Folz sur la construction de l’EPR de Flamanville, remis le 28 octobre, est sans appel pour la filière électronucléaire française. La catastrophe financière n’en finit plus de s’aggraver. Le projet accuse à ce jour dix ans de retard et 9 milliards d’euros de dépassement budgétaire. Il a en partie contribué à engloutir Areva, fleuron de l’industrie nucléaire française, déclaré en faillite en 2016, qui n’a dû son salut qu’à un renflouement sur fonds publics de 4,5 milliards d’euros. Il pèse maintenant sur les comptes d’EDF, nouveau maître d’œuvre depuis le naufrage d’Areva, qui n’espère plus pouvoir raccorder le réacteur au réseau avant 2022. Flamanville vient nous rappeler les problèmes structurels de la filière. Les chantiers des centrales contemporaines, co mportant plusieurs réacteurs de très forte puissance (1 650 MW dans le cas de l’EPR), sont pharaoniques. Le durcissement des règles de sécurité, notamment depuis l’accident de Fukushima, en 2011, a conduit à dupliquer la plupart des dispositifs essentiels au fonctionnement du réacteur et à doubler l’enceinte de confinement. Ce renforcement salutaire de la résilience du réacteur a provoqué une augmentation massive de sa complexité, et donc des coûts. L’existence d’un tel programme permet d’accumuler les savo ir faire, chez le maître d’œuvre comme chez les sous-traitants. C’est cette perte de compétences que le rapport Folz souligne le plus sévèrement. Elle découle directement de vingt années de quasi-arrêt dans la construction de nouvelles centrales : deux mises en chantier entre 1985 et 2006, contre 54 sur la décennie précédente.

Une compétitivité dégradée

(…) A ce titre, le projet de construction de six EPR peut surprendre. Construire par paires devrait certes limiter les risques de voir une unique pièce défectueuse interrompre longtemps le chantier. Mais la construction de trois paires sur vingt ans semble insuffisante pour obtenir les gains d’échelle nécessaires à la restauration des

55 Aurélien Saussay, Le Monde 24 Novembre 2019

Coût total passé /an Réparation cuve

Déchets

longue durée

Démantèleme

nt futur Coût total /an Prix de vente Marge

Coût TTC particulier

€/MWh €/MWh €/MWh €/MWh €/MWh €/MWh €/MWh €/kWh

605 000 000 1 000 000 000 1 600 000 000 1 600 000 000 689 000 000 726 313 500

55,81 1,84 2,95 2,95 63,56 67,00 3,44 0,165

88% 2,9% 4,6% 4,6% 100% 5,1% 246%

100%

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