Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 36
Les énergies renouvelables
Après la maîtrise de l’énergie par la sobriété et l’efficacité, le développement des énergies renouvelables représente la seconde marge de manoeuvre importante vis à vis des problèmes d’épuisement des sources fossiles, de réchauffement d’atmosphère, et des risques nucléaires.
Le potentiel
L’irradiation solaire annuelle sur l’ensemble de la planète au niveau de la mer (754 million de TWh) représente plus de 5 000 fois l’énergie que nous consommions en 2010 (environ 12 Gtep ou 139 000 TWh). Sur le long terme – environ 50 ans – le potentiel extractible des différentes sources d’énergie renouvelable pourrait couvrir la consommation mondiale actuelle – qui pourrait rester constante et même diminuer si nous options tous pour l’efficacité et la sobriété.
Quand on examine de près les scénarii prospectifs on constate que les principales contributions attendues sont la biomasse, l’hydraulique, l’éolien et le solaire, toutes énergies décentralisées, qui par définition vont nécessiter une reconfiguration du réseau de transport et de distribution. On rappelle ci-dessous ce qu’en pensait André Merlin 57 à propos des éoliennes en 2004 …
Les limites du réseau français en 2004 …
L’électricité ne se stockant pas, RTE, le gestionnaire de réseau est tenu de prévoir à l’avance la disponibilité des moyens de production et de réseau qui lui permettent d’exploiter convenablement le système électrique tout en ayant suffisamment de réserve pour faire face à des indisponibilités fortuites. Afin de préparer l’avenir, RTE est chargé par la loi d’établir un bilan prévisionnel de l’offre et de la demande d’électricité décentralisée qui participe à l’élaboration de la programmation pluriannuelle des investissements de production. Dans ce cadre, il a été retenu comme hypothèse que le développement des énergies renouvelables en France se ferait majoritairement par l’installation d’un parc éolien, qu’il soit terrestre ou offshore. Au cours du débat sur l’énergie de 2003, le SER 58 avait proposé que les puissances à installer en France d’ici 2010 soient de 14 000 MW pour l’éolien, 1 000 pour la biomasse, 1 000 pour la micro-hydroélectricité, 150 pour le photovoltaïque et 150 pour la géothermie. Un arrêté du 7 Mars 2003 relatif à la Programmation Pluriannuelle des Investissements de Production d’Electricité a statué sur les valeurs suivantes : 2 000-6 000 MW pour l’éolien + 500-1 500 offshore, 200-400 pour la biomasse, 200-1 000 pour la micro-hydroélectricité, et 1-50 pour le photovoltaïque et 10-60 pour la géothermie !… Pour RTE, trois éléments déterminants sont à caractériser dans ce contexte : le volume global du parc qui sera installé à divers horizons temporels, sa localisation géographique, et ses caractéristiques de production.
La problématique pour le gestionnaire de réseau de transport est double. Il doit à tout instant : s’assurer qu’il y a égalité entre production et consommation ; s’assurer que la puissance produite arrive chez les clients consommateurs sans dépasser la capacité des ouvrages du réseau (lignes et transformateurs). Ce problème se complexifie très vite par la prise en compte des aléas affectant les éléments du réseau ou les centrales de production, les niveaux de consommation, et par l’exigence de maîtrise de la sûreté du fonctionnement du système électrique – maintien de la tension, de la fréquence et de la stabilité des unités de production. Se rajoute à cela la nécessité d’entretien du réseau qui se traduit régulièrement par la mise hors
57 « Electricité et énergies renouvelables: jusqu’où le réseau électrique actuel peut-il gérer des sources décentralisées ? » André Merlin (62), directeur de Réseau de transport d’électricité (RTE) dans « La Jaune et La Rouge », Aout-Sept 2004.
58 Syndicat des Energies Renouvelables