Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 37
tension de certains de ses éléments, ce qui peut le rendre plus vulnérable. Enfin, ce type de problème se gère simultanément dans chacun des pays européens, qui sont interdépendants par le biais des lignes d’interconnexion.
On a assisté en 2002 à une focalisation des demandes sur les zones à fort potentiel éolien (côtes de la Manche, mer du Nord et régions méditerranéennes pour l’essentiel). Puis, face aux difficultés d’obtention des autorisations, les projets se sont déplacés vers des zones moins ventées mais encore attrayantes au vu de la structure du tarif d’achat. Malgré cette variation importante des hypothèses, la capacité installable sans impact sur le réseau de transport est de 6 000 à 7 000 MW dans les deux cas. L’exercice a montré une partition de la France en deux régions différentes très typées : d’un côté le Nord et l’Ouest où il y a peu de production sur les réseaux haute tension, et, de l’autre côté, le Sud et le Sud-Est où la capacité du réseau est faible et où la production hydraulique est en concurrence avec l’éolien. Par conséquent, l’installation des premiers milliers de MW éoliens ne nécessite pas un renforcement du réseau de transport, sous réserve que les projets se développent plutôt dans la moitié nord de la France.
… et l’avis de RTE en 2019 :
Mardi 17 septembre 2019, RTE a présenté son projet d’évolution du réseau électrique à l’horizon 2035, appelé « Schéma Décennal de Développement du Réseau ».
« Faute d’avoir pris les décisions qui s’imposaient en 2014 pour accompagner la baisse du nucléaire dans le mix électrique, l’objectif de 50% ne pourra être atteint qu’entre 2030 et 2035, ce qui veut dire qu’il n’y a plus de temps à perdre si on veu t y arriver. »
Le projet proposé par RTE constitue une étape essentielle dans la mise en œuvre des orientations fixées par le Gouvernement en matière de transition énergétique. Il permettra de rénover le réseau et de l’adapter aux orientations de la future Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et à l’évolution des mix énergétiques des pays voisins, tout en s’appuyant au maximum sur les lignes existantes. Ce plan a été établi à l’issue d’une large concertation, dans un souci de minimisation de l’empreinte du réseau électrique sur l’environnement et d’optimisation de son coût.
Ce projet identifie cinq volets industriels permettant d’atteindre les objectifs de transformation du mix électrique tout en maintenant la qualité du service actuelle :
Le réseau, dont la moyenne d’âge atteint aujourd’hui 50 ans, devra entamer un cycle de rénovation important : la priorité est donnée à la qualité de service des « réseaux du quotidien » ;
Les réseaux seront adaptés dans un premier temps au niveau local en raccordant les nouvelles installations et en optimisant davantage les lignes e xistantes via l’utilisation d’automates et le couplage avec les technologies du numérique. Dans un second temps, le réseau sera consolidé sur quatre axes-clés : trois axes Nord-Sud (réseau de la façade atlantique, Centre-Massif central et Rhône-Bourgogne) et un axe Ouest-Est (Manche-Normandie-Paris) ;
La numérisation du réseau sera accélérée afin d’augmenter la flexibilité d’exploitation du système électrique ;
Les capacités d’échange avec les pays voisins seront doublées sur 15 ans en suivant un programme réaliste et séquencé, en ordonnançant les projets qui présentent de l’intérêt pour la collectivité;
Un réseau électrique en mer sera déployé pour raccorder l’éolien en mer au rythme d’1GW/an nécessaire pour atteindre les nouveaux objectifs fixés par le gouvernement français.
Les investissements associés sont estimés à 33 milliards d’€ sur 15 ans, soit environ 2 milliards d’€ par an dans la prochain e décennie contre 1,3 milliard d’€ aujourd’hui. Ce montant se situe dans la fourchette basse des montants prév us dans les pays voisins.
Les nouveaux besoins ont été établis au plus juste en intégrant les possibilités de flexibilité des énergies renouvelables. Ces optimisations ont permis de réduire les coûts de 10 milliards d’€ par rapport aux précédentes estimati ons. Le coût du réseau de transport restera globalement stable, de l’ordre de 10 % des coûts du système électrique.
Du point de vue écologique, le projet d’adaptation du réseau permettra de réduire les émissions de CO 2 du système électrique européen de l’o rdre de 5 à 10 Mt par an (un montant équivalent des émissions des centrales au charbon françaises). Sur le plan du cadre de vie, RTE propose la mise en souterrain des nouvelles lignes 63- 90kV et l’utilisation des lignes électriques existantes associée à la mise en souterrain pour les nouvelles lignes 225-400kV. Cette nouvelle politique permettra, en complément des actions de mise en souterrain engagées sur les lignes existantes, de diminuer l’empreinte visuelle de ces infrastructures de 5%.