Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 39
Une abondante littérature a surgi au début des années 80 pour répondre vite au soudain engouement pour « le solaire » suscité par la peur panique du renchérissement des énergies fossiles. Il en est résulté une profusion d’articles, revues et ouvrages qui tenait plus de la sensibilisation du plus grand nombre que de la formation spécialisée de professionnels.
Au plan politique, jusqu’à la fin des années 80, les forces de changement venaient de réactions négatives aux deux chocs pétroliers. A partir de 1995, le changement est poussé par la nécessité positive de stabilisation du climat de la planète, et des dangers du nucléaire. Depuis 2005, il est tiré financièrement par les opportunités alléchantes d’investissements dans des systèmes de production d’énergie plus performants, plus propres et plus efficaces.
Au plan économique, jusqu’en 1997, la technologie modulaire du photovoltaïque pouvait laisser croire à son développement spontané par la conquête progressive de niches de marchés dans les pays développés, à travers des applications professionnelles (bornes téléphoniques d’appels d’urgence, télédétection, alarme, balisage, relais télécom., etc…). Les profits réalisés sur les premières niches permettant de développer au fur et à mesure, des niches plus vastes. En d’autres termes, à la différence des technologies lourdes et centralisées comme le nucléaire (EPR) ou comme la fusion thermonucléaire (ITER), l’industrie photovoltaïque n’aurait pas eu besoin de l’argent public et de l’Etat pour se développer… A suivre ce raisonnement, avec des taux de croissance « naturels » de 15 % par an, il aurait fallu encore attendre 2015 pour que la production mondiale annuelle atteigne 1 000 MW/an. Autrement dit, la conversion photovoltaïque de l’énergie solaire serait restée un gadget, ou au mieux l’énergie pour les sites isolés quand on n’a vraiment pas le choix !…
Cette vision hélas, était encore celle des décideurs en France en 2005. Or le monde a bougé vite et fort: des actions politiques d’envergure nous sont venues d’abord du Japon, puis de l’Allemagne, et de l’Union Européenne. A partir de l’an 2000 la diffusion massive de cette filière s’est faite par la réglementation (tarification, aides à l’investissement, certificats verts), et à partir de 2005 l’accélération de la baisse des coûts de production est venue principalement des volumes de vente, grâce à des méthodes de standardisation et des investissements massifs (stratégie volume – prix).
Avec le grand vent du libéralisme, tous les efforts de recherche supportés 40 ans par les citoyens européens, américains et japonais ont finalement abouti à ce que l’industrie du photovoltaïque soit transférée en Chine. Grâce à des investissements colossaux financés par l’Etat, la montée en puissance de la Chine, mais aussi de l’Asie du Sud Est en général, a été très rapide (2005-2010), laissant peu de chances aux industriels européens et américains. L’analyse des productions de modules et cellules PV, de leurs évolutions, de leur répartition géographique, le rôle des différentes technologies (Silicium cristallin et couches minces), les capacités installées, les prévisions de marché… toutes les données amènent aux conclusions suivantes :
L’Asie est désormais l’atelier de monde : Chine, Asie du Sud Est, Japon concentrent 44 des 48 plus grosses usines de production, avec des investissements sans rapport avec les capacités européennes, voire même américaines59.
Les installations mondiales cumulées (500 GWc produisant 550 TWh à fin 2018) montrent que le photovoltaïque est bien sorti de son ghetto de source d’énergie pour sites isolés.
La parité réseau est atteinte en de nombreux pays et va changer profondément le paradigme énergétique jusqu’ici en vigueur, basé sur la centralisation des sources énergétiques.
59 Pour donner une idée de la bonne santé du photovoltaïque en Chine, en 2017, les Chinois JinkoSolar, Trina Solar et JA Solar forment le Top 3, avec des volumes respectifs de 9,7 GW, 9,1 GW et 7,5 GW.