Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 52
l’éolien offshore avec 80% de la capacité mondiale. Malgré un ralentissement du développement de l’éolien en Europe et des conditions météorologiques moins avantageuses qu’en 2017, la production éolienne a augmenté. « Cette croissance a plus particulièrement été tirée par l’éolien offshore, note le Baromètre. La part de l’éolien offshore dans le total de la production d’électricité éolienne gagne en importance et passe de 14 % en 2017 à 15 % en 2018 ».
Coût de l’éolien terrestre
Le coût de l’énergie produite à terre est très dépendant de la disponibilité du vent et du taux d’actualisation68. Selon l’ADEME, le coût moyen de production de l’électricité éolienne terrestre en France était estimé en 2016 entre 54 €/MWh (avec un taux d’actualisation de 3%) et 108 € (avec un taux d’actualisation de 8%) pour des machines standards et respectivement entre 50 € et 94 € pour des éoliennes de nouvelles générations. A titre de comparaison, on rappelle que la Cour des Comptes avait évalué le coût moyen de production révisé de la filière nucléaire française à 64 €/MWh en 2014. Autre point de comparaison, le tarif de vente de l’électricité du futur EPR franco-chinois en construction à Hinkley Point en Angleterre, se situe autour de 118 € /MWh.
Les freins pour le développement à grande échelle des éoliennes sont la faisabilité technique d’intégrer dans les réseaux une part non négligeable d’énergie dont la production est hautement variable et l’acceptation sociale de la construction de structures métalliques très visibles dans des sites (régions côtières, lignes de crêtes, plateaux) ayant souvent une vocation touristique.
L’éolien en France
La taille et la position géographique de la France lui donnent le deuxième potentiel éolien européen après celui de la Grande-Bretagne. Le potentiel exploitable à terre est fortement réduit par diverses contraintes gouvernementales, en particulier par l’obligation d’éviter les zones d’exclusion imposées par le ministère des Armées pour les radars ou l’entraînement aérien à très basse altitude, ainsi que les zones écologiquement protégées, les périmètres historiques, et l’obligation de construire à plus de cinq cents mètres des habitations. Ainsi en Bretagne, où l’habitat est dispersé, seul 4 % du territoire est éligible à l’éolien.
Les premiers contrats d’achat concernant l’éolien en France n’apparaissent qu’au début des années 1990, il faut attendre 1996 pour qu’un premier programme d’appels d’offres, baptisé « Éole 2005 », soit lancé sous la présidence de Jacques Chirac69. L’énergie éolienne a pris progressivement de l’importance : en 2018, avec près de 8 000 machines terrestres sur 1 380 parcs (6 éoliennes /parc), soit plus de 1,5 GW raccordés dans l’année et 16 GW de puissance installée cumulée, la production des éoliennes a atteint 28 TWh , en progression de 15 % par rapport à 2017. Elle couvrait 5,1 % de la consommation électrique française, contre 4,4 % en 2017 70. La France est ainsi fin 2018 au 4e rang européen pour la production d’électricité éolienne (loin derrière l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni) et au 7e rang mondial. Ce sont les Hauts-de-France et le Grand Est qui produisent le plus. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) engage le pays à atteindre 34 GW en 2028.
68 Le taux d’actualisation réel t est défini comme le coût moyen pondéré réel du capital (dette et fonds propres). La valeur réelle t est reliée à la valeur nominale tn (avant correction de l’effet de l’inflation de taux constant i) par la relation : t= -1+(1+tn)/(1+i)
69 Bernard Chabot a grandement contribué au déploiement de l’éolien terrestre en France avec ses propositions de tarification d’achat de l’électricité produite sur de longues périodes, permettant ainsi aux pionniers de se lancer dans l’aventure en toute sécurité (méthode TEC).
70 Augmentation qui s’explique non seulement par la croissance du parc mais aussi par des conditions météorologiques particulièrement favorables.