Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 8
Structure et évolution de notre consommation énergétique
En France, nous consommions en 2010, 252 Mtep 8, soit 4 tep 9 / hab.an d’énergie primaire 10, ou 47 MWh/an.hab. (ou bien encore : 5,5 kW permanents par tête), réparti comme suit: pétrole 33%, gaz 17%, charbon 4%, nucléaire 39%11, hydraulique 6%, ENR 12 1%. C’est comme si nous avions à notre disposition individuelle et permanente la puissance de 7 chevaux costauds ou 70 « esclaves » … et ceci est peu comparé aux USA où ils ont plus de 12 CV 13, soit plus de 120 « esclaves » par habitant !
En 2018, alors que la population avait augmenté de 5% passant de 62 à 65 M hab, cette consommation diminuait de 3 % à 244 Mtep, soit une réduction de près de 8 % par tête, réparti comme suit : pétrole 32 %, gaz 15 %, charbon 3 %, nucléaire 39 %, hydraulique 6 %, ENR 5 %. La première bonne nouvelle, c’est que la consommation diminue en valeur absolue ; la deuxième bonne nouvelle est que la part des ENR a été multipliée par 5, sauf que 88 % de l’énergie primaire est encore importée (voir Figure 1) … l’indépendance énergétique de la France stagnant en réalité à 14 % 14!
En 2010, l a consommation d’énergie finale s’élevait à 15 7 Mtep soit 94 Mtep de pertes (37 %) à la production (principalement dans le rendement des centrales électriques) et au transport. Le secteur résidentiel et tertiaire est le premier secteur consommateur d’énergie finale en France avec 68 Mtep (43 %), et 25 % des émissions de gaz à effet de serre lui sont dûs.
On estimait la consommation d’énergie utile à seulement 10 8 Mtep (avec un rendement énergétique global de 43 %), soit une perte totale de 145 Mtep, essentiellement sous forme de chaleur perdue, un énorme gaspillage qui peut être considérablement réduit par ce que l’on appelle l’efficacité énergétique 15! Ca nous faisait encore 28 « esclaves » effectifs par personne, nuit et jour ! Qu’en aurait dit mon grand-père qui ramassait le crottin de cheval pour le mettre dans la chaudière ?
8 non compris les usages non-énergétiques.
9 1tep (tonne équivalent pétrole) = 1,3 tec (eq charbon) = 2.3 teb (eq bois) = 11 680 kWh = 42 GJ, équivaut à la consommation énergétique annuelle d’un français pour ses activités domestiques.
10 L’énergie primaire est l’énergie de base pour produire l’énergie finale (65% de pertes pour l’électricité sans compter le transport). L’énergie finale est celle que l’on paye au compteur ou à la pompe. L’énergie utile est l’énergie juste nécessaire pour faire fonctionner une application sans perte.
11 L’énergie nucléaire est ici comptée à tort en fraction d’énergie primaire.
12 Nous considérons comme énergies nouvelles renouvelables (ENR), le bio-gaz, les bio-carburants (ethanol et diester), la géothermie, le géosolaire, le solaire thermique, le solaire photovoltaïque, l’éolien, le petit hydrolien et l’énergie des vagues.
13 1 CV= 736 W
14 Jusqu’en 2001, la France était le seul pays au monde à comptabiliser les pertes des centrales électriques, de sorte que lorsqu’on comparait nos statistiques avec celles des autres pays, les comparaisons n’étaient possibles que pour les consommations d’électricité (énergie finale), pas pour les productions (énergie primaire). Cette équivalence statistique, avait pour résultat d’augmenter la part de l’électricité dans l’utilisation de l’énergie primaire de la France (47% alors qu’elle n’est en réalité que de 19%) et d’augmenter la part du nucléaire (39% au lieu de 14%), ce qui permettait à nos ministres successifs de l’industrie de dire que la France était un pays énergétiquement indépendant à 50% !… Depuis que la France a changé le « coefficient de conversion », pour s’aligner sur les autres pays… et si l’on tient compte du fait que l’uranium est totalement importé, la fameuse indépendance énergétique n’est plus que de 14 % en 2018 (5,1 % bois énergie ; 2,1 % agro-carburants ; 3,7 % hydraulique ; 3,1 % éolien et solaire).
15 Ex. l’éclairage à incandescence a un rendement global : 34%*90%*5% = 1,5% ! Avec des LED, il passe à 12 %.