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Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 55

la possibilité d’investissement participatif des habitants ou des collectivités locales aux projets de production d’énergie renouvelable (sur le modèle allemand) est prévue par l’article 27.

La période d’adaptation prévue par la France a dû être abandonnée : le système « vente sur le marché plus complément de rémunération » est appliqué depuis le 1er janvier 2017, ainsi que le passage obligatoire par des appels d’offres. Les producteurs ne vendent plus leur électricité à EDF à un tarif garanti (82 €/MWh), mais ils la cèdent sur le marché de gros de l’électricité et bénéficient d’un complément de rémunération. De plus, le bénéfice du guichet ouvert (obligation d’achat) est réservé aux parcs de moins de sept éoliennes. Les autres doivent passer par des appels d’offres, comme c’est déjà le cas dans le solaire. Pour les parcs de moins de 7 turbines, le niveau du soutien est réduit : le gouvernement a fixé un plafond de 72 €/MWh sur vingt ans au lieu de 82 €/MWh sur quinze ans. Les parcs sont soumis au régime du complément de rémunération, avec un tarif de 72 €/MWh plus une prime de gestion de 2,8 €/MWh ; à partir de 2017, les parcs de moins de six turbines et 3 MW par machine bénéficient du complément de rémunération en « guichet ouvert » et ceux au-dessus de six turbines sont soumis aux appels d’offres (six sessions de 500 MW sur deux ans).

En avril 2015, pour la première fois en France, un parc éolien a commencé à vendre son électricité sur le marché spot. Ce parc de quelques mégawatts, situé dans la Somme, est âgé de plus de 15 ans et ne bénéficie donc plus du tarif d’achat. Ses propriétaires estiment qu’il peut continuer à produire pendant dix ans. Le marché spot permet de vendre l’électricité produite à un prix moyen de 40 €/MWh, assurant une rentabilité suffisante pour continuer d’exploiter un parc amorti. Le nombre de parcs éoliens arrivant au terme de l’obligation d’achat va croître rapidement.

Rénovation des parcs et démantèlement

La question du démantèlement des installations à la fin de leur durée de vie est prévue par l’article L 553-3 du Code de l’environnement, qui rend l’exploitant d’une éolienne responsable de son démantèlement et de la remise en état du site à la fin de l’exploitation. Les premiers parcs éoliens en France ont été raccordés en 2001, et le véritable essor de l’éolien s’est produit en 2005 ; les premiers contrats de vente de leur électricité à prix garanti avaient une durée de 15 ans, et leur durée de vie technique est d’au moins 20 ans ; les premiers chantiers de rénovation ont commencé en 2017, et le marché du démantèlement décollera surtout à partir de 2020. La filière éolienne est en discussion avec l’administration sur les règles qui seront appliquées à ces installations : les renouvellements de parcs avec des éoliennes beaucoup plus grandes, seront traités comme les nouveaux parcs, avec les mêmes contraintes. Le secteur discute aussi des conditions d’extension de durée de vie des parcs désormais soumis à de nouvelles contraintes environnementales.

Activité industrielle et emploi

95 % des éoliennes installées en France proviennent de fabricants étrangers. En 2017, le Danois Vestas a remporté 34 % du marché éolien français, devant l’Allemand Enercon (28 %). Les turbiniers allemands présents sur le marché français (Enercon, Senvion, Siemens Gamesa, Nordex…) ont capté au total 62 % du marché français. Les rares fabricants français, tels que Poma, Eolys ou Okwind, sont des PME présentes sur les éoliennes de petite taille. Certains turbiniers étrangers ont par ailleurs des activités de fabrication de composants en France, comme Enercon avec WEC Mâts Béton, ou GE avec la fabrication de pales. Le chiffre d’affaires de la filière atteignait 4 516 M€ en 2016 (60 % dans l’exploitation-maintenance).

Selon l’association patronale France Énergie Éolienne, la filière éolienne dénombrait 18 400 emplois directs et indirects en 2018, soit 6 % de plus qu’en 2017. Les emplois de la filière se répartissaient en: 26 % en études et développement ; 24 % fabrication de composants ; 30 % ingénierie et construction; et 20 % exploitation et maintenance. Elle espère créer près de 30 000 emplois supplémentaires d’ici 2030.

Parmi les anciens et nouveaux fabricants français d’aérogénérateurs, on peut mentionner :

le vétéran Vergnet, centré surtout sur les éoliennes de petite ou moyenne puissance, en particulier ses éoliennes haubanées rabattables en cas de cyclones, particulièrement adaptées au climat des Antilles ou de l’Océan Indien. Vergnet, a été placé en redressement judiciaire le 30 août 2017 par le tribunal de commerce d’Orléans ; son actionnaire principal est la banque publique Bpifrance (42 %).

Alstom a pris pied dans la filière en rachetant en 2007 l’espagnol Ecotècnia, rebaptisé Alstom Wind, et l’a développé en construisant des usines à Pithiviers, à Amarillo au Texas et à Camaçari près de Salvador (Bahia) au Brésil ; Alstom Wind a remporté en 2013 un contrat pour 414 MW au Canada de 450 M€ pour équiper l’un des plus importants champs éoliens terrestres au monde. Le rachat des actifs énergies d’Alstom par General Electric en 2014 pose le problème du devenir de la branche éolienne d’Alstom et des 100 M€ d’investissements prévus dans les usines qu’il doit construire à Cherbourg (mâts) et Saint-Nazaire (nacelles) pour les parcs offshores. En

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