Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 57
Intégration au réseau électrique
Fin 2018, sur 15 GW éoliens installés, 1 024 MW sont raccordés au réseau de transport (RTE) et 14 084 MW aux réseaux de distribution (Enedis, ELD et EDF-SEI pour la Corse) ; l’éventuelle mise en service des parcs éoliens en mer au début des années 2020 augmenterait fortement (de 3 000 MW) la part raccordée au réseau de transport. L’intégration au réseau des éoliennes implique en amont, des renforcements du réseau de distribution et parfois, encore plus en amont, des renforcements du réseau de transport ; RTE élabore donc des Schémas Régionaux de Raccordement au Réseau des énergies renouvelables (S3REnR) en partant des objectifs fixés par les Schémas régionaux Climat-Air-Environnement (SRCAE), en concertation avec les régions et les gestionnaires des réseaux de distribution ; le total des objectifs 2020 des SRCAE pour l’éolien terrestre atteint 29 GW, largement supérieur à l’objectif national de 19 GW ; pour les 12 régions ayant déposé leur S3REnR, le cumul des objectifs 2020 atteint 23 GW (éolien + photovoltaïque), dont 11 GW déjà installés ou en file d’attente ; RTE a donc réservé 12 GW pour les EnR, dont 5 GW de réseau existant (marges de capacité suffisantes), 2,2 GW de renforcement non exclusivement dédiés au raccordement des EnR et 4, 8 GW dédiés aux EnR ; le financement de ces travaux d’ici 2020 est estimé à 1 200 M€, dont 150 M€ seront à la charge des producteurs.
La production d’électricité éolienne en France pose plusieurs problèmes
L’énergie éolienne est non seulement variable, mais aussi intermittente, car les éoliennes commencent généralement à fonctionner lorsque le vent atteint 5 m/s (18 km/h) et s’arrêtent lorsque la vitesse des vents atteint 25 m/s (90 km/h), afin d’éviter la dégradation du matériel. La grande variabilité de la production éolienne (un facteur > 100 entre les productions éoliennes minimale et maximale en France métropolitaine en 2016) entraîne, pour garantir une capacité de production donnée, soit de construire des capacités de production alternatives (thermiques ou autres), soit de stockage (STEP ou autres) d’une puissance importante, actuellement en discussion. Le foisonnement géographique permet de réduire le risque de jours sans production car la France dispose de plusieurs zones géographiques indépendantes en termes de vent ; selon RTE, grâce à ce foisonnement la puissance garantie du parc éolien est estimée à 5 % de sa puissance installée.
Les délais d’instruction par les services administratifs sont longs. L’empilement des réglementations multiplie les motifs de recours par les opposants dans près d’un projet sur trois ; le délai entre le dépôt d’un projet et sa mise en service serait en France de six à huit ans, contre deux ans et demi en moyenne en Allemagne.
La quasi-totalité des éoliennes installées en France sont d’origine étrangère, avec 87 % pour les cinq principaux constructeurs : les allemands Enercon, Senvion et Nordex, le danois Vestas et l’espagnol Gamesa ; Alstom ne représente que 2 %, Areva 1 % et Vergnet 0,7 %; en outre les branches éoliennes d’Alstom et d’Areva sont passées sous contrôle étranger et Vergnet est en redressement judiciaire.
Les parcs éoliens en mer se révèlent beaucoup plus coûteux que les parcs terrestres : selon la CRE, l’électricité produite par ces parcs marins français sera vendue à un tarif moyen garanti de 200 €/MWh ; le gouvernement a renégocié ce tarif en 2018, obtenant un rabais de 30 % ; en comparaison, le danois DONG Energy a emporté en juillet 2016 l’appel d’offres sur les champs de Borssele (700 MW) aux Pays- Bas en proposant un prix de 73 €/MWh produit hors raccordement, soit moins de 100 €/MWh de coût complet ;
Il faudrait plus de 3 000 éoliennes terrestres de 2 MW pour remplacer la centrale nucléaire de Fessenheim ou 1 900 éoliennes plus modernes de 3 MW, ou 500 éoliennes offshore, plus puissantes (6 MW) et d’un facteur de charge plus élevé (40 % contre 21 %). Mais l’argument du nombre de mâts blancs affublés de grandes pales tournantes plantés au milieu des champs est à comparer aux vilains pylônes noirs des lignes 400 000 volts qui transportent l’énergie concentrée de la fission nucléaire, défigurant les paysages et auxquelles nous nous sommes habitués.