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Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 58

L’éolien offshore

Profitant de vents puissants et quasi permanents, une énergie renouvelable fonctionnant près de la moitié du temps, voire quasiment à 100 % les mois d’hiver, c’est le modèle qui se profile de l’éolien offshore en Europe du nord, où les projets continuent de se développer, avec plus de 17 gigawatts (GW) de capacités installées fin 2017 et une progression d’environ 1,5 GW par an. La Grande-Bretagne fait toujours la course en tête devant l’Allemagne. Ces deux pays possèdent plus de 70 % des installations. Les coûts poursuivent également leur chute en Europe: de 180 €/ MWh en 2010 à 100 € en 2015, et autour de 60 € en 2019. Au point que des projets sont même lancés sans subventions, avec une électricité qui sera vendue au prix de marché, comme le parc Hollandse Kust Zuid, en mer du Nord, attribué au suédois Vattenfall en 2018.

L’offshore représenterait donc le véritable avenir de l’éolien en Europe. L’aventure a commencé en 2003 lorsque Enron Wind a installé un prototype offshore de 3,6 MW à Albacete dans le Sud de l’Espagne. A la même époque, une éolienne géante de 4,5 MW avec un rotor de 112 m a été installée en 2003 en Allemagne par ENERCON. Jusqu’à présent, la France est restée totalement à l’écart de ce mouvement pour une raison simple : aucun des six projets (3 GW au total), dont les premiers ont été lancés en 200372, n’est sorti de mer. Compte tenu de ces échecs répétés, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ne fait pas grand cas de l’éolien en mer. Elle ne prévoit que 5 GW installés en 2028, contre zéro actuellement mais 3,5 GW en projet, ce qui est largement insuffisant pour le maintien d’une filière française.

Projets offshore, une gabegie financière

Selon Engie, les projets offshore français « sont des projets financièrement assez juteux, avec des tarifs d’achat de l’électricité vendue autour de 200 €/MWh accordés alors que le coût des turbines et de la dette était bien plus élevé qu’aujourd’hui ».

L’État a accordé à six projets offshore, totalisant 3 GW, plus de 30 milliards d’euros de subventions sur une période de vingt ans73, alors que ce montant aurait permis de construire 20 GW de solaire photovoltaïque. Les tarifs de ces premiers projets français varient entre 180 et 200 €/MWh ! Alors qu’ailleurs en Europe des appels d’offres pour des projets d’éolien offshore ont été gagnés en 2017 à des prix variant entre 50 et 80 €/MWh. L’Etat préconise aux industriels de construire leurs projets avec des machines de nouvelle génération, plus performantes que celles prévues au départ, tout en revoyant sensiblement à la baisse le niveau des subventions accordées à ces projets, comme la Belgique l’a fait fin 2017, gagnant près de 4 milliards d’euros en réduisant de 40 % les tarifs accordés initialement.

Les projets français d’éoliens en mer 74

Le premier projet français de parc offshore à avoir remporté un appel d’offres en 2005 prévoyait l’implantation au large de Veulettes-sur-Mer (Seine-Maritime) de 21 éoliennes (puissance totale : 105 MW) ; après neuf ans de procédure, le projet purgé de tout recours en 2014, juge le tarif d’achat (135 €/MWh) accordé insuffisant; le président de la Région Haute-

72 sept acteurs de l’éolien avaient répondu à l’appel d’offres offshore initial de 2003; il s’agissait d’Enertrag, Total avec Shell, La Compagnie du Vent avec Shell, Eole Res, EDF Energies Nouvelles et Recherche et développement Eolien.

73 Selon une estimation plus précise de la CRE, la subvention publique accordée à ces premiers parcs est même estimée à 42 milliards d’euros sur la durée de vie totale des contrats.

74 Les parties du texte en petits caractères peuvent être sautées en première lecture ; elles sont issues d’une étude informée et détaillée dans Wikipedia.

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