Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 60
gouvernement a donc lancé une réflexion pour s’assurer que la rentabilité des projets n’était pas excessive (!) La Commission européenne, qui examine les subventions au titre des aides d’État, pourrait servir de levier…
En mars 2018, le gouvernement a déposé au Sénat un amendement qui fixe le cadre d’une renégociation, voire d’une annulation des six projets de parcs de Saint-Nazaire, Courseulles-sur-Mer, Fécamp, Saint-Brieuc, du Tréport et de Noirmoutier ; selon l’exposé des motifs de l’amendement, « le tarif accordé à ces installations est très élevé et ne correspond plus aux prix actuels de l’éolien en mer, entraînant des rémunérations excessives pour les candidats retenus » ; la renégociation a pour objectif une baisse de ce tarif ; « si la renégociation n’était pas possible, une des options pourrait être de mettre fin à ces projets et de relancer une nouvelle procédure dans les meilleurs délais afin de pleinement profiter des améliorations technologiques ». Evidemment, les fournisseurs des équipements s’élèvent contre ce projet, faisant valoir qu’on ne peut pas demander aux lauréats des premiers appels d’offres de s’aligner sur les tarifs pratiqués dans les pays européens où la filière est mature. Leurs fournisseurs (à l’époque Alstom et Areva) avaient promis de créer un total de 1 700 emplois directs pour la fabrication des éoliennes ; certaines des usines promises ont déjà démarré et pourraient avoir du mal sans les marchés des parcs français.
Le 20 juin 2018, un accord a été conclu sur la renégociation des contrats des parcs éoliens attribués en 2012 et 2014 à EDF, Engie et Iberdrola. Cet accord permet « une baisse de 40 % de la subvention publique et un ajustement de 30 % des tarifs » de rachat de l’électricité. Le coût pour l’État de ces projets sur 20 ans est désormais prévu à 25 milliards d’euros contre 40 milliards initialement. En contrepartie, le coût de raccordement des parcs éoliens sera pris en charge par RTE ; ce coût est d’environ 200 millions d’euros d’investissement par parc, soit 10 % du coût global de chaque projet ; il sera donc intégré à la facture d’électricité des consommateurs ; ceci ramène le gain sur les subventions de 40 % à 33 %. Iberdrola a été autorisé à remplacer les éoliennes Areva de 5 MW par des éoliennes Siemens de 8 MW.
Démarrage des chantiers
En septembre 2019, EDF a démarré le chantier de son parc éolien en mer de Saint-Nazaire, près de sept ans après avoir remporté l’appel d’offres, prévoyant la mise en service des premières éoliennes au large des côtes françaises en 2022. EDF prévoit de lancer ensuite les chantiers sur le site de Fécamp puis sur celui de Courseulles-sur-Mer, dont les recours juridiques ont été définitivement rejetés ces derniers mois : le bouclage financier de ces deux projets remportés par EDF en 2012 est prévu respectivement pour le premier semestre 2020 et pour fin 2020. Iberdrola et Engie sont encore bloqués par des recours sur leurs appels d’offres remportés respectivement en 2012 et 2014. La décision finale d’investissement sera prise une fois les recours définitivement rejetés, possiblement en 2020 pour une mise en service en 2023.
Éoliennes flottantes
VertiWind, un consortium piloté par EDF pour installer des éoliennes flottantes au large de Fos-sur-Mer, a obtenu en décembre 2012 une subvention de 39 millions d’euros de la Commission européenne. Baptisé « Provence Grand Large », le projet sélectionné par Bruxelles comprend 13 machines, afin d’atteindre le seuil des 25 mégawatts exigé pour participer. L’éolienne flottante choisie par EDF pour le projet VertiWind a été développée par l’entreprise Nénuphar cofondée par Charles Smadja et Frédéric Silvert. La fabrication devait commencer en 2016, pour un raccordement des éoliennes au réseau en 2017 ; la plupart des pièces étant fabriquées en France. En juillet 2014, un arrêté du préfet des Bouches-du- Rhône autorise l’aménagement et l’exploitation du site, à 5 km au large de Port-Saint-Louis-du-Rhône. Ce site est exploité par la SAS Mistral dont EDF EN est actionnaire. Le premier candidat est le prototype à axe vertical de l’entreprise Nénuphar, d’une puissance de 2 MW, haute de 107 m pour 50 m de diamètre.
La ministre de l’Énergie, Ségolène Royal, a annoncé fin juillet 2016 les deux premiers lauréats à l’appel d’offres pour des fermes pilotes d’éoliennes flottantes au large des côtes françaises : il s’agit des projets portés par Quadran, à Gruissan (Aude) en Méditerranée, et par le consortium Eolfi (ex-filiale de Veolia)-CGN Europe Energy, au large de Groix, en Bretagne. Chacun de ces deux parcs sera composé de quatre éoliennes de 6 MW. D’autres lauréats seront désignés à la rentrée, sur deux autres zones en Méditerranée, à Leucate (Aude) et Faraman (Bouches-du-Rhône). Ces fermes pilotes bénéficieront d’une subvention à l’investissement, dans le cadre du programme des investissements d’avenir, et d’un tarif d’achat garanti pour l’électricité produite. L’enveloppe de subvention initialement évoquée par l’exécutif s’élevait à 150 millions d’euros. Le tarif devait être compris entre 200 et 250 euros/MWh !
En 2017, un démonstrateur de 2 MW équipé d’une fondation flottante est installé au large du Croisic, sur le site d’essais SEM-REV de l’École centrale de Nantes. Porté par un consortium européen baptisé Floatgen, composé notamment de la société française IDEOL (spécialisée dans les fondations flottantes) ou encore de Bouygues Travaux Publics (chargé de la construction en béton), ce projet bénéficiant de fonds européens est chargé de démontrer la faisabilité technique et la viabilité économique de l’éolien flottant.