Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 62
Conflit avec les activités militaires
La présence des éoliennes peut gêner les vols à très basse altitude et perturber la détection par radar. Les éoliennes étaient déjà interdites dans les couloirs d’entrainement des forces aériennes RTBA (réseau à très basse altitude) et dans un rayon de 30 km autour des radars militaires. Mais la croissance du parc éolien et celle de la taille des éoliennes rend le problème de plus en plus conflictuel, et l’armée a bloqué 3 000 MW de projets éoliens quasiment aboutis, dont 2 500 MW avaient pourtant déjà reçu un avis favorable de sa part. L’armée envisagerait d’élargir la zone interdite autour des radars à 50 km, voire 60 km, et de refuser désormais tout projet dans les zones d’entraînement Voltac (secteur de vols tactiques) et Setba (secteur d’entraînement à très basse altitude), ce qui menacerait 9 000 à 10 000 MW de projets ; près de 60 % du territoire seraient interdits. Des solutions existent : radars complémentaires là où les éoliennes masquent le signal, pales et mâts « discrets » dotés d’un revêtement ne perturbant pas les radars, logiciel intégrant l’existence d’un parc dans le champ de détection. Les ministères de la Défense et de l’Environnement négocient un compromis.
En Europe, selon Vestas, ce sont 20 GW qui seraient bloqués pour les mêmes raisons. Vestas teste des pales « furtives » en fibre de carbone dont l’empreinte radar serait réduite à 70 m2 au lieu de 200 m2 pour les pales classiques en fibre de verre.
En 2017, FEE estime qu’environ 6 500 MW de projets sont gelés par l’armée. Les contraintes militaires et autres (habitations, monuments, centrales nucléaires, zones Natura 2000, aéroports, radars météorologiques…) se sont multipliées : elles interdisaient 12 % du territoire métropolitain au développement des éoliennes en 2013, 50 % en 2016 et ce pourcentage, une fois l’ensemble de ces obstacles pris en compte, pourrait monter à 86 % dans un proche avenir du fait d’un projet d’extension de la zone tampon autour des radars militaires d’un rayon de 30 km (norme actuelle) à 70 km.
Politique de développement de l’éolien
Le Plan d’action national en faveur des énergies renouvelables, établi en application de l’article 4 de la directive 2009/28/CE de l’Union européenne et des décisions du Grenelle Environnement, prévoyait pour 2020 une production éolienne de 57 TWh grâce à une puissance installée de 25 GW, dont 6 GW d’éoliennes en mer (les premières installations en mer étaient censées entrer en service en 2013). La durée annuelle de fonctionnement retenue était de 2100 heures pour les éoliennes terrestres et 3000 heures pour les éoliennes en mer.
L’ADEME a élaboré en 2013 un scénario qui prévoyait pour l’éolien une puissance installée en 2030 de 34 GW à terre et 12 GW en mer et en 2050 : 40 GW à terre et 30 GW en mer ; la capacité des STEP (centrales de pompage-turbinage) passerait de 5,5 GW en 2012 à 7 GW en 2030 ; en 2050, une STEP marine pourrait être construite. Les objectifs de la PPE fixés en 2016 en application de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte étaient de : 15 GW en 2018 et ceux de la PPE 2019, prévoient 24,6 GW d’éolien terrestre en 2023 et 34,1 à 35,6 GW en 2028, et pour l’éolien en mer 2,4 GW en 2023 et 4,7 à 5,2 GW en 2028.
Au 31 décembre 2018, les projets en développement représentaient un volume de 11 593 MW, quasi stable sur un an; 5 070 MW sont en file d’attente sur le réseau de RTE (dont 3 027 MW en mer), 5 941 MW sur le réseau d’Enedis, 564 MW sur celui des ELD et 6 MW en Corse.