Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 64
ni forcément les pays montagneux, ni les pays les plus pluvieux qui ont le plus gros potentiel. Les grands bassins versants, même s’ils sont peu élevés et peu arrosés, peuvent engendrer de grandes productions. C’est pourquoi les cinq plus grands, pays producteurs sont des pays de plaine (Canada, Etats-Unis, ex-URSS, Brésil, Chine) et fournissent à eux seuls environ la moitié de la production mondiale.
De nombreuses estimations ont été faites du potentiel hydroélectrique exploitable dans le monde. Il faut ici distinguer le potentiel théorique brut (résultant, comme on vient de le voir, de l’altitude, de la pluviométrie et de la surface du bassin versant) du potentiel techniquement exploitable (en tenant compte des contraintes topographiques, géologiques, humaines, environnementales qui pèsent sur chaque site). On considère que le potentiel théorique mondial est d’environ 36 000 TWh et le potentiel exploitable de 14 000 TWh (à comparer à la production électrique mondiale actuelle, qui est de l’ordre de 12 000 TWh). Ce potentiel exploitable est surtout situé en Asie (27%), en Amérique latine (24 %) et dans la CEI (24%).
Le potentiel hydraulique actuellement exploité
En 1990 le potentiel exploité à l’échelle mondiale n’était que d’environ 2 200 TWh, soit le sixième de ce qui serait exploitable. Mais les choses varient beaucoup d’un continent à l’autre, car si l’Europe et l’Amérique du Nord ont déjà exploité environ 50 % de leurs possibilités, en revanche l’Asie (11 %), la CEI (7 %) et l’Afrique (4 %) sont très loin d’avoir exploité les leurs. La puissance hydraulique installée dans le monde était de 700 GW à la fin 2000 produisant 2 600 TWh.
Actuellement, deux pays sur trois dans le monde exploitent l’énergie hydraulique, mais de manière très inégale. Les cinq plus gros producteurs (Canada, Etats-Unis, ex-URSS, Brésil, Chine) dépassent chacun 200 TWh et représentent à eux cinq plus de la moitié du total mondial. La France arrive en dixième position avec un potentiel de 69 TWh. Si l’on se rapporte au nombre d’habitants, la Norvège est championne; elle est d’ailleurs le seul pays au monde pour lequel toute l’électricité produite est d’origine hydraulique. En France, l’électricité d’origine hydraulique, qui avait culminé à 56 % en 1960 (la grande période de construction des barrages s’est située avant et après la seconde guerre mondiale), s’est réduite à 12 % en 2018, du fait de la percée du nucléaire.
Dans le monde, l’hydroélectricité représente à peu près 18 à 20 % de la production totale d’électricité. Si on compare à l’énergie primaire mondiale totale (et non plus à la seule énergie électrique), l’hydroélectricité comptée en énergie finale ne représente qu’environ 2 %. L’énergie hydraulique s’est développée à un rythme de croissance de 2,5 à 3 % l’an dans le monde ces vingt dernières années. On pense que le développement continuera à ce rythme, mais beaucoup plus dans les pays en voie de développement – qui, on l’a vu, sont sous-équipés -qu’en Europe ou aux États-Unis où le développement s’est beaucoup ralenti depuis les années 70.
Le coût de l’énergie hydraulique
Le coût de l’énergie hydroélectrique est variable en fonction de la topographie (il y a de bons sites de barrages qui, à peu de frais, retiennent beaucoup d’eau), de l’hydraulicité, de la distance entre le site du barrage et les lieux de consommation (les sites de barrage n’ont hélas aucune raison d’être proches des lieux de consommation !). De toutes manières, l’énergie hydraulique est coûteuse en investissement et assez peu en fonctionnement et en maintenance. Ce gros investissement peut être amorti sur une très longue durée de vie. En France, une fois l’investissement initial amorti sur une période de trente ans, le coût de l’électricité produite n’est plus que de 13 €/ M Wh, correspondant aux dépenses d’exploitation et d’entretien-maintenance, qui restent réduites, même