Quelle électricité en france pour 2035 ar v6 © alain ricaud nov-d


Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 74

Le stockage d’électricité en France passe par les STEP.

Depuis 1990 la France brade à vils prix ses GWh nucléaires excédentaires à nos voisins helvétiques qui les stockent dans leurs réservoirs de STEP (notamment au-dessus de Montreux) et nous les revendent à prix d’or aux heures critiques d’hiver (en général, le 8 Février vers 8h du matin, les gestionnaires du réseau sont dans l’angoisse du collapse et appellent nos voisins au secours)80. N’est-il donc pas grand temps de relancer ces projets de grandes STEP, « immenses batteries vertes », non seulement pour la France, mais aussi pour l’interconnexion avec les autres projets de grandes STEP de Norvège, de Suisse, d’Italie, d’Autriche ou d’Espagne ? Nous pourrions ainsi éviter l’expérience bien risquée de la transition énergétique solitaire allemande qui, après la fermeture de ses centrales nucléaires, est obligée de recourir massivement à ses centrales à lignite polluantes.

Le 10 mai 2018, lors de la cérémonie de remise du Prix Charlemagne le Président de la République Emmanuel Macron, affirmait que la « transformation énergétique et climatique » de l’Europe figurait au rang des priorités à mettre en oeuvre pour relancer la construction européenne ( … ) la solution durable ne sera construite que si nous savons nous organiser au niveau européen … en matière de stockage de l’énergie renouvelable qui, seule, permettra de tourner une page complète de notre aventure énergétique et d’être à la hauteur de nos engagements climatiques. »

Pour pouvoir atteindre les objectifs de la « Cop 21 » et dans la continuité des décisions gouvernementales d’économies d’énergie, de suppression à terme des énergies fossiles et de diminution de notre dépendance au nucléaire, il faut poursuivre une promotion vigoureuse des énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien. Pour ce faire il nous faut absolument rendre opérationnelles à grande échelle ces deux EnR critiquées pour leur intermittence, en leur adjoignant, outre la gestion intelligente des réseaux, des possibilités de stockage et de modulation de puissances à la taille de ce qu’elles représenteront en 2030…

Avec 36 TWh produits en 2017 (7%), la problématique du stockage ne se pose pas encore. Mais au rythme de croissance de ces énergies, elles produiront probablement 50 TWh en 2020 (10 %) et près de 120 TWh en 2030 (28 %). Pour se passer des énergies fossiles et fissiles, l’ADEME, dans son scenario 2050, estime la capacité de stockage des ENR à mettre en place à 30 GW.

Or à l’heure actuelle, parmi les possibilités de stockage et de modulation à l’échelle des puissances en jeu, on sait utiliser des centrales hydroélectriques alimentées par de grands lacs-réservoirs. Les sites classiques ou par alimentation gravitaire étant en pratique tous équipés, il reste encore en France de grands réservoirs qu’il est possible d’alimenter par des EnR en pompant en heure creuse pour produire en turbinage en heure de pointe ou suivant les besoins : technique classique des STEP (station de transfert d’énergie par pompage)… Actuellement, il n’y a que 4,8 GW de STEP en activité en France, le lancement des 5 GW saisonniers suivants (avec de grands réservoirs amont) ayant été interrompu en 1985, pour réserver la totalité des investissements au « Tout nucléaire ». Peu de décideurs savent qu’une vingtaine de ces projets dorment dans les archives du CIH (Centre d’Ingénierie Hydraulique)-EdF de Chambéry, avec notamment plusieurs projets déjà officiellement étudiés dans les Alpes pour plus de 7 GW et 5 projets défrichés dans les Pyrénées, pouvant totaliser quelques 3 GW… 81

80 On a vu des cas où une électricité achetée par la Suisse à la France à 30 € /MWh en période creuse nous a été revendue 3 000 € /MWh !

81 En Haute Tarentaise (le Clou et Moutiers, la Gde Combe), en Hte Romanche (le Goléon, le Plan de l’Alpe, le Rif Tort et le Gd Chambon)… et sur le Vénéon et la Mariande.

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