Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 11
La transition dans le bâtiment
C’est un secteur à très lente évolution puisque les bâtiments neufs construits chaque année ne représentent que 1% du parc existant. Agir sur les normes des constructions neuves ne peut donc suffire, mais on sait en outre les difficultés rencontrées par la rénovation thermique de l’ancien 17. On avait prévu au Grenelle de l’environnement en 2007 sous présidence Sarkozy, d’imposer à tous les immeubles construits à partir de 2012 le niveau de performance du label BBC dont l’association Effinergie assurait la promotion. En 2019, on peut dire que c’est finalement entré dans les pratiques de tous les constructeurs. Il était aussi prévu qu’à partir de 2020, tous les bâtiments neufs soient conçus à énergie positive (BPOS)… qui en parle aujourd’hui ? Le troisième engagement spécifiait que la consommation totale du parc immobilier soit réduite en 2020 de 38% par rapport à ce qu’elle était en 2007 … Il fallait rénover pendant 10 ans l’équivalent de 500 000 logements par an en divisant par 4 leur consommation de chauffage à 50 kWh/m².an. Où en est-on ? De l’ordre de 350 000 logements par an, malgré une campagne téléphonique forcenée auprès des propriétaires 18.
Les directives européennes
Dès 2001, une directive européenne avait fixé pour chaque Etat un objectif de la part des renouvelables dans la consommation d’électricité à l’horizon 2010. La France devait porter ce chiffre de 14 à 21 %. Le solaire et l’éolien n’ayant pas décollé, elle n’atteignit que 15 %.
Plus tard, le « paquet énergie-climat » adopté en 2008, donnait comme objectif commun à tous les Etats de passer la part des énergies renouvelables dans la consommation moyenne européenne d’énergie finale à 20% pour 2020. Concernant la France il s’agissait d’atteindre 23 % tous usages confondus, se traduisant en 27% pour l’électricité, 33% pour la chaleur et 10% pour les transports, représentant environ un doublement de la production renouvelable pour chacun des trois secteurs. L’objectif ne sera atteint que pour l’électricité. Malgré la mise en place du « Fonds chaleur » en 2009 et des tarifs d’injection du bio-méthane en 2011, la chaleur renouvelable n’atteindra pas son objectif. Quant aux transports, de sérieux doutes sur le bilan énergétique des agrocarburants de première génération (éthanol et bio-diesel) ont conduit l’Etat à geler à hauteur de 5% leur taux d’incorporation dans les carburants courants. Les biocarburants ligno cellulosiques (issus de la tige des végétaux) de deuxième génération n’en étant qu’au stade de prototypes, et le méthane renouvelable n’ayant pas vraiment décollé, c’est le véhicule électrique qui à grands renforts d’aides directes en a profité depuis 2013, à la grande satisfaction d’EDF pour qui cette augmentation de consommation électrique pour le transport ne peut aller que dans le sens de la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires et/ou de leur renouvellement.
17 A cause de la très faible rentabilité de l’investissement dans l’isolation (en moyenne 26 000 € par logement, et un temps de retour supérieur à 20 ans compte tenu du bas prix de l’énergie), les propriétaires d’immeubles anciens ne se sont pas précipités.
18 L’actuel gouvernement a cru trouver la parade. On reçoit plusieurs appels par jour sur le tel fixe pour isoler notre maison pour 1€. Qui a eu cette idée saugrenue de faire financer ces travaux par les grandes entreprises en dette de carbone ? Les aigrefins du solaire photovoltaïque ont trouvé là un nouveau fromage… Donc, travaux bâclés et suspicion généralisée du grand public sur le sujet : juste l’inverse de ce qui était souhaitable. Il faut maintenant changer de braquet : non plus l’incitation financière qui implique toujours des opportunistes, mais l’obligation règlementaire avec vérification de la qualité des travaux réalisés.