Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 99
Quel bouquet de production d’électricité pour 2035 ?
Notre proposition
Si l’on prend en compte les avantages et les inconvénients des trois scenarii présentés dans cette étude, le scenario A emporte largement notre adhésion car lui reviennent :
une consommation intérieure qui baisse de 2,5%/an soit -32% entre 2020 et 2035, prouvant par là que les citoyens et le gouvernement ont enclenché la bonne démarche de sobriété.
le coût d’investissement le plus faible 269 milliards d’euro répartis sur 15 ans dont 106 milliards seulement pour arrêter le nucléaire existant dans de saines conditions.
le cumul de déchets nucléaires à retraiter le plus faible avec 107 000 m3
la plus forte production ENR, notamment grâce à l’utilisation extensive de la biomasse en appoint si possible dans des centrales à cogénération.
seul point faible, le plus fort bilan carbone avec 92 M teq C cumulées sur 15 ans (soit 21 Mt eq CO2 en moyenne par an) à cause du maintien temporaire de centrales thermiques car la période 2027-2033 présente un déficit dû à la fermeture des centrales nucléaires construites entre 1985 et 1991, déficit qui ne peut être comblé que par le redémarrage de turbines à gaz, ce qui n’est évidemment pas bon du point de vue de l’effet de serre. Ce point est toutefois à relativiser, sachant que le bilan carbone de la France en 2017 était de 465 Mt eq CO2.
Le seul point noir dans tous les scenarii est le montant de l’investissement requis pour le photovoltaïque intégré au bâti chez les particuliers. Le fait d’avoir tablé sur un prix d’installation constaté relativement élevé de 2,6 € /Wc en 2018 du fait de marges cumulées très importantes (fabricant x grossiste x distributeur x installateur), contre 1,5 € /Wc pour le PV en plein champ – plus proche des pratiques industrielles avec des effets de volume important dans les grandes centrales – n’y est pas étranger. Cette anomalie pourrait être corrigée par l’obligation de construire tous les bâtiments neufs à énergie positive (donc intégrant du photovoltaïque) dès 2020 comme le prônait le Grenelle de l’Environnement.
En affirmant en Novembre 2017 : « Je préfère le réalisme et la sincérité à la mystification » Nicolas Hulot admettait que l’échéance des 50% de nucléaire en 2025 ne soit pas tenable. Le ministre a-t-il pratiqué le pragmatisme, a-t-il été trop précis, ou a-t-il subi une niéme fois les pressions des lobbies qui ont fini par le faire démissionner ?
Nous montrons par cet exercice que certes l’engagement de F. Hollande n’était pas tenable en 2025, mais qu’avec un peu de volontarisme, dans le scenario A, la part du nucléaire peut tendre vers 50% de la production totale d’électricité dès 2027-2028. Peut-être eut-il fallu rencontrer les conseillers du ministre pour vérifier leurs hypothèses ?
Les experts sont partagés … on laisse le lecteur en juger !
« 2025 est une échéance tenable » 92
« Le scénario de réduction à 50% dès 2025 est parfaitement tenable. Et je crois que Nicolas Hulot aurait été bien inspiré de dire : ‘‘D’accord, ce ne sera pas facile, mais nous allons tout faire pour y parvenir’’. Rien ou presque n’ayant été accompli depuis la Loi de transition énergétique de Ségolène Royal, cela signifie que beaucoup de
92 Stéphane Chatelin, directeur de Négawatt, suite à la déclaration de Nicolas Hulot