Quelle électricité en france pour 2035 ar v6 © alain ricaud nov-d


Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 101

Et maintenant, que faire ?

Les petits gestes seraient-ils insuffisants ?

Le discours écologique dominant nous interpelle comme si nous étions à priori coupables, sous la pression constante d’un surmoi écologique ; « qu’as -tu fait aujourd’hui pour sauver la planète ? As-tu bien jeté tes vieux papiers dans le bon conteneur de recyclage ? Et les cannettes d’aluminium à recycler, et les bouteilles en verre ? As-tu bien pris ton vélo pour aller acheter ta baguette ? As-tu bien signé la pétition citoyenne sur la disparition des oiseaux des champs ? » Tout occupé à faire mon examen de conscience, j’en oublie de me poser les questions bien plus importantes sur notre civilisation industrielle dans son ensemble. Pourquoi, maintenant que l’humanité entière est en jeu, nous retranchons-nous derrière ces petites solutions ? Pour Derrick Jensen, cette résistance des petits gestes est très insuffisante. Prendre une douche de 30 l plutôt qu’un bain ne permettra pas d’économiser les ressources hydriques de la planète, car en réalité, 92% de l’eau douce utilisée sur Terre l’est par l’agriculture (70%) et l’industrie (22%). Nous trions, nous compostons, nous recyclons ? Mauvaise nouvelle ! Les déchets des ménages représentent seulement 3% de la production totale aux USA et 8 % en Europe. Idem pour l’énergie où les consommations individuelles ne représentent que 25% de la consommation globale.

La paralysie des politiques

Les gouvernements seuls, sont bien souvent impuissants (ou réticents) pour opérer des transformations d’envergure. Tout va trop vite ; noyés dans un déluge d’informations, de réactions médiatiques, mobilisés en permanente par des agendas délirants, de visites officielles en réunions de cabinet, d’inaugurations en tournées commerciales, les ministres n’ont pas le temps d’anticiper, de mobiliser leurs administrations, de prendre du recul, le plus souvent cantonnés à réagir à la petite phrase du jour95. La vie de Nicolas Hulot en était un parfait exemple. Comme l’a dit François Mitterrand en 1983 : « Nous avons gagné le gouvernement, mais pas le pouvoir ». Les hommes politiques sont donc réduits à gérer la réalité, ils n’ont plus la capacité de l’orienter. Ils sont en perpétuelle adaptation car la complexité est devenue trop grande…Le décalage entre la politique et la réalité que nous vivons, c’est aussi qu’elle est encore construite dans une forme dépassée : à partir des années 80, toutes les institutions ont été reconstruites au bénéfice du marché. D’après Geneviève Azam, l’idéologie « TINA »96 a gagné tous les esprits. L’ONU et Bruxelles sont colonisés par les lobbies industriels et financiers et même la COP 21 de Paris était sponsorisée par les entreprises du CAC 40. D’après Dominique Bourg, l’association « Libéralisme-Démocratie- Marché » conduit à l’oligarchie et au déni de démocratie97.

Quel chemin pour atteindre le but ?

Imaginons que nous sommes en 2035. La limitation du réchauffement à 2°C semble acquise. La pollution est maîtrisée. L’Europe fédérale est au cœur de ces transformations. Le chômage est vaincu. Nous vivons entre un pôle urbain et industriel renouvelé et un pôle rural et agro-écologique. L’ensemble forme un continuum le long duquel se déplacent les individus. La société solidaire a remplacé l’Etat providence. Tout ceci a été rendu possible grâce à un basculement progressif et

95 « A force de privilégier l’urgent devant l’essentiel, on en vient à oublier l’urgence de l’essentiel »

96 « There is no alternative »

97 Interventions de cette économiste et de ce philosophe aux Assises Chrétiennes de l’Écologie à Saint Étienne le 30 août 2015.

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