Quelle électricité en france pour 2035 ar v6 © alain ricaud nov-d


Quelle électricité en France pour 2035 AR v6 © Alain RICAUD Nov-Déc 2019 Page 102

annoncé de tous les prélèvements obligatoires dans l’UE, notamment sur une taxation reposant sur deux critères: la production de GES et la pollution.98

Revenons sur terre, nous sommes encore en 2019 et l’actuel gouvernement n’a pas fait de la lutte contre les GES et la pollution sa priorité ; ne souhaitant pas mobiliser l’outil budgétaire, ni l’outil règlementaire et risquer d’affronter de multiples groupes de pression, il tend à privilégier le seul instrument de la fiscalité verte avec la montée de la taxe carbone : malheureusement, ses recettes supplémentaires (3,7 milliards € en 2018 selon l’OFCE) qui ponctionnent proportionnellement davantage les plus pauvres, ont été neutralisées par des cadeaux fiscaux faits aux plus riches (3,2 milliards de manque à gagner au titre de l’exonération de la partie mobilière de l’impôt sur la fortune) et ont déclenché l’ire de « Gilets jaunes ». En outre ces recettes fiscales tombent dans le budget général et ne sont pas fléchées vers la transition écologique. Et pour finir le montant encore trop faible de la taxe à 45 € /tonne est inopérant pour rentabiliser la rénovation thermique des logements. A 466 Mteq CO2, nous sommes sur une trajectoire d’augmentation des émissions de GES , ce qui ne va pas très bien avec le slogan « make our planet great again » ! 99

De nouveaux comportements des peuples 100

« Au désoeuvrement de sociétés désabusées et au désaveu de la classe politique de la part des populations, des réponses sont apportées qui présagent peut-être un scénario alternatif à la déflagration et à la violence sociale. Que l’on partage ou non leurs aspirations, les mouvements tels que PODEMOS, Les Indignés, Occupy Wall Street ou Nuit Debout, expriment en tous cas la détermination de leurs adhérents à ré-enchanter l’avenir […] Encore très minoritaires à l’échelle des classes moyennes mondiales, ils incarnent cependant un élan plus vaste et de plus en plus visible en Europe et dans certains états américains : celui des transitionnistes. Si leur diversité culturelle et leur parcimonie politique limitent encore leurs convergences vers un dispositif d’actions et un processus de changement global, ils partagent déjà une aspiration sincère au changement et une volonté d’en devenir les défricheurs.

La force d’être jeune et de ne rien avoir à perdre d’un futur incertain, leur niveau moyen d’éducation et de responsabilité, cette charge d’utopie enfin, donnent à chacun d’eux la confiance et l’énergie pour tenter de subvertir le système économique mondial grâce à une multitude d’initiatives d’échelle limitée. Agriculture de proximité, entreprises solidaires, mobilités douces, énergies renouvelables, monnaies locales, recyclage; à force d’essaimer leurs expériences, les mouvements transitionnistes ont déjà converti une part des sociétés occidentales à l’économie circulaire, à la sobriété énergétique, aux produits biologiques, à l’éco – responsabilité, au recul de l’automobile en ville, et à la modération dans la consommation de viande.

Sans chercher à le démontrer, ils rappellent avec le passé, que les révolutions ont toujours procédé de minorités conscientes et agissantes. Consommateurs, mais responsables, ils amènent ainsi progressivement les groupes industriels à s’emparer de leurs exigences écologiques dans le secteur du bâtiment, de l’hygiène, de la cosmétique, de l’agriculture, de l’investissement, de la distribution, du transport… Usagers intransigeants, ils sont aussi de plus en plus volontiers co- gestionnaires des territoires où ils vivent. Pour cela, ils préfèrent décliner ensemble des initiatives collectives locales et agir en réseau plutôt que de déléguer leur mobilisation par les urnes que d’ailleurs ils désertent un peu plus à chaque scrutin […] Peu prosélytes et davantage tournés vers leurs homologues éparpillés dans le monde que concernés par la guerre et la pauvreté, ils ajustent le dialogue social et l’action politique à leur individualisme, à leur désir de bienveillance, et à la conscience qu’ils ont de faire le bien.

Suspectés d’angélisme et de naïveté par une partie de la classe politique, ils suscitent davantage de bienveillance dans la société civile et sur les réseaux sociaux. Car ils rencontrent le besoin diffus de renouveau qui gagne les sociétés industrialisés. Incarnent-ils une initiative occidentale de niche ou un modèle précurseur à vocation mondiale ? Proposent-ils une réforme ajustée aux pays scandinaves ou une opportunité pour l’Afrique de sauter les étapes ?

98 Voir La métamorphose, réintroduire l’humain dans les écosystèmes, Etienne LEVESQUE, L’Harmattan, Juillet 2016.

99 Les chantiers urgents de François de Rugy, Antoine de Ravignan, Alternatives économiques, Octobre 2018.

100 Virginie Raisson-Victor, dans « 2038, les futurs du Monde », Robert Laffont, Oct 2016

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